“La défaillance” de l’Algérie à l’origine du recours des autorités maliennes à l’ancienne puissance coloniale (Lahouari Addi)

Le chercheur algérien Lahouari Addi a épinglé l’Algérie pour sa "défaillance" dans la gestion de la crise malienne et son "indisponibilité" qui a poussé les autorités de Bamako à faire appel à l’ancienne puissance coloniale, la France, pour les aider à repousser les islamistes radicaux du nord du Mali.

"Les autorités du Mali n’avaient pas les moyens de les arrêter et elles auraient dû compter sur le grand voisin algérien, qui s’était dérobé de son devoir de puissance régionale", écrit l’expert international, dans une tribune parue lundi au journal français +Libération+.

De ce point de vue, la responsabilité de l’Algérie est "pleine et entière, car elle aurait dû intervenir militairement dans le cadre de résolutions de l’Union africaine et du Conseil de sécurité de l’ONU pour aider les autorités de Bamako à rétablir la paix, ce qui aurait évité le recours à une puissance occidentale", explique cet universitaire de l’Institut d’études politiques (IEP) de Lyon et membre de Triangle, laboratoire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français.

"C’est l’indisponibilité d’Alger qui a poussé les autorités de Bamako à faire appel à l’ancienne puissance coloniale.

Cette défaillance de l’Algérie aura des conséquences néfastes dans les rapports avec des voisins qui cherchaient l’aide du grand frère", soutient-il.

Dans sa tentative de décrypter l’attitude contradictoire de l’Algérie qui a refusé de prendre ses responsabilités régionales tout en étant hostile à la solution militaire "alors que, s’agissant de ses propres islamistes, elle s’était opposée à toute négociation, notamment lors du +contrat de Rome+ en 1995, privilégiant la +guerre totale+", le chercheur estime qu’il faut aller chercher la réponse dans la nature du régime algérien dans lequel les civils "n’ont qu’un rô le de figuration".

La cause de l’"indécision" de l’Algérie au Mali est donc à rechercher, affirme-t-il, "dans cette structure éclatée du pouvoir politique qui paralyse le sommet de l’Etat".

L’expert retient que "malgré les apparences d’unité et les nécessités de solidarité de corps, le commandement militaire est composé d’appareils concurrents", avec une domination du Département du renseignement et de la sécurité (DRS) qui, au fil des ans, a "étendu son pouvoir tentaculaire dans les casernes, l’administration et les médias, ne rendant compte désormais à aucune instance hiérarchique supérieure".

Ainsi, dit-il, le DRS qui apprécie la situation intérieure et extérieure et confectionne les rapports pour évaluer les intérêts du régime, rapports sur la base desquels est décidée, entre autres, la politique étrangère, a estimé que "l’intervention militaire au Mali était contraire aux intérêts du pays, +vendant+ d’abord aux journaux – sur lesquels il fait pression par le chantage à la publicité – le discours sur le retour du colonialisme français dans la région".

La presse anglo-saxonne, ajoute-il, rapporte souvent que les services algériens ont "des agents doubles parmi les rebelles du Nord-Mali, fournissant une partie de la logistique au Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), à Ansar ed-Dine et même à Aqmi".

"La réalité est que le DRS ne veut pas que l’armée régulière remporte des victoires contre les islamistes, cherchant à être seul sur ce terrain avec sa propre stratégie pour combattre ces organisations en les infiltrant et en les manipulant pour les affaiblir. Cette stratégie a eu quelque succès en Algérie mais, sur le plan international, elle rencontre des limites", conclut l’expert.

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