Yémen: les Houthis prennent Mokha et s’approchent du détroit de Bab al-Mandab

Les rebelles houthis ont pris le contrôle jeudi de la ville portuaire de Mokha et de l’île de Zouqar en mer Rouge, une avancée vers le détroit stratégique de Bab al-Mandab qui a fait grimper les cours du pétrole et provoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU.

Une percée vers le détroit stratégique

Les rebelles houthis, soutenus par l’Iran, ont pris jeudi 10 septembre le contrôle de la ville de Mokha, sur la mer Rouge, une avancée notable dans leur progression vers le détroit de Bab al-Mandab. Des témoins ont rapporté avoir vu des combattants houthis entrer dans cette ville portuaire située à 70 kilomètres au nord du détroit, en scandant des slogans hostiles aux États-Unis et à Israël. Selon une source militaire au sein des forces gouvernementales citée par l’AFP, les Houthis se sont également emparés de l’île de Zouqar, dans le sud de la mer Rouge, après des tirs de roquettes et un assaut terrestre mené à l’aide d’embarcations transportant des combattants.

Un verrou maritime déjà tenu au nord

Les Houthis contrôlaient jusque-là une grande partie du nord du Yémen, dont la capitale Sanaa ainsi que le grand port de Hodeïda, à environ 200 kilomètres au nord de Mokha, mais ne disposaient pas jusqu’ici de secteurs donnant directement sur Bab al-Mandab. Selon Andreas Krieg, chercheur au King’s College de Londres, le contrôle des zones côtières proches du détroit pourrait leur permettre de renforcer leur pression maritime, ce passage reliant l’Asie à l’Europe via la mer Rouge et le canal de Suez ayant gagné en importance depuis le verrouillage par l’Iran du détroit d’Ormuz.

Une flambée du pétrole

Les Houthis ont annoncé un blocus maritime visant l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, pour lequel Bab al-Mandab est devenu une voie de contournement vitale depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Ils ont ciblé des navires pétroliers ainsi que des infrastructures saoudiennes, dont une raffinerie. Le prix du baril de Brent, référence internationale, est monté jeudi à plus de 106 dollars, son plus haut niveau depuis mai.

Une riposte saoudienne et des combats meurtriers

L’Arabie saoudite, pays frontalier allié du gouvernement yéménite, a mené des dizaines de frappes aériennes depuis mercredi à l’aide d’avions de combat F-15 et Typhoon pour tenter de repousser l’avancée houthie. Tarek Saleh, commandant des forces qui contrôlaient Mokha au sein des forces gouvernementales, a annoncé avoir déplacé son centre de commandement dans un lieu sûr, évoquant une offensive houthie « planifiée et soutenue par l’Iran » et reconnaissant que ses troupes avaient payé un lourd tribut ces derniers jours. Les affrontements de la semaine écoulée ont fait des centaines de morts dans les deux camps, principalement des combattants, et poussé près de 20.000 personnes sur les routes vers Aden, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité

La situation a fait l’objet d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies jeudi. L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Hans Grundberg, a appelé à « l’engagement actif de chaque membre de cette instance » pour éviter un basculement vers un conflit plus large. À l’initiative de cette réunion avec Bahreïn, le Royaume-Uni a exhorté le Conseil à envoyer un message clair appelant les Houthis à désamorcer les tensions et à cesser leurs attaques.

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