Allemagne : un an après son arrivée au pouvoir, Friedrich Merz face à un bilan mitigé
Un an après son entrée en fonction, le gouvernement allemand, dirigé par le chancelier Friedrich Merz, revendique une première année disruptive et réformatrice, à l’heure où son volontarisme politique assumé se heurte aux soubresauts internationaux et à une opinion publique de plus en plus divisée.
Arrivé au pouvoir le 6 mai 2025, après un premier vote manqué au Bundestag, fait inédit dans l’histoire de la République fédérale, le gouvernement de coalition noir-rouge, formé par l’Union chrétienne-démocrate et sociale (CDU/CSU) et le Parti social-démocrate (SPD), présente le bilan d’une première année dense et structurante dans les domaines de l’économie, de la défense, des infrastructures, de la migration et de la cohésion sociale.
Au cœur du bilan revendiqué par l’exécutif se trouvent plus particulièrement un fonds spécial de 500 milliards d’euros pour les infrastructures et la protection du climat, des allègements fiscaux destinés à stimuler l’investissement, une baisse annoncée des coûts de l’énergie, un renforcement des dépenses de défense et un durcissement de la politique migratoire.
À travers ces mesures, Berlin dit vouloir remettre la première économie européenne en ordre de marche, renforcer sa compétitivité et préparer le pays à un environnement international traversé par de nouvelles lignes de fracture.
Mais l’élan réformateur promis par Friedrich Merz s’est rapidement heurté à une conjoncture plus difficile que prévu. Les droits de douane américains, les tensions commerciales avec Washington, le refroidissement des relations transatlantiques et les répercussions de la guerre en Iran ont pesé sur les perspectives de reprise d’une économie allemande déjà fragilisée par deux années de récession et l’affaiblissement de son appareil industriel.
La coalition, qui voulait ouvrir une séquence de redressement rapide, a vu son calendrier rattrapé par les secousses extérieures, tandis que la crise iranienne a accentué les pressions sur les prix de l’énergie, en hausse de 10,1% en avril 2026 sur un an, renforçant le sentiment d’incertitude dans un pays fortement industrialisé et très exposé aux variations des coûts énergétiques.
Ce dossier énergétique a également ravivé les critiques sur l’orientation climatique du gouvernement, accusé par ses opposants de relativiser le rythme de la transition vers les énergies renouvelables au nom de la compétitivité.
Friedrich Merz a, à plusieurs reprises, défendu l’idée que la transformation énergétique ne devait pas se faire au détriment de l’industrie allemande, une ligne également illustrée par la demande de Berlin d’assouplir l’échéance européenne de 2035 sur la fin des nouvelles voitures thermiques.
Dans ce contexte économique assombri par une série de chocs extérieurs, le gouvernement a réaligné ses perspectives en abaissant sa prévision de croissance pour 2026 à 0,5%, contre 1% auparavant, à l’instar des principaux instituts économiques du pays, qui ont également revu leurs attentes à la baisse et ne tablent désormais plus que sur une progression de 0,6% du PIB cette année.
Un signal plus favorable est toutefois venu de l’Office fédéral de la statistique (Destatis), qui a récemment fait état d’une croissance inattendue de 0,3% du PIB au premier trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. Un argument certes favorable à l’exécutif, mais insuffisant pour dissiper les doutes sur la solidité de la reprise allemande.
Sur le plan politique, alors que Friedrich Merz a voulu incarner, dès son arrivée au pouvoir, un retour à la discipline, à la compétitivité et à la clarté stratégique, les tensions au sein de la coalition ont régulièrement fait la une de la presse allemande cette année, sur plusieurs dossiers, entre désaccords internes, arbitrages difficiles et difficultés à afficher une ligne commune.
Cette dissonance alimente les critiques de l’opposition, qui dénonce un bilan “dévastateur” et reproche à l’exécutif de s’être davantage enlisé dans ses rivalités intestines que concentré sur les préoccupations immédiates du pays, pointant de facto un manque de vision ainsi qu’une hausse des dépenses militaires au détriment des investissements sociaux.
Ce décalage se lit aussi dans les enquêtes d’opinion. Selon un sondage INSA, publié à l’approche du premier anniversaire du gouvernement fédéral, 76% des personnes interrogées se disent insatisfaites de l’action de la coalition, contre 16% qui s’en déclarent satisfaites, tandis que 58% ne croient pas à son maintien jusqu’à la fin de la législature en 2029.
Dans la même enquête, le parti d’extrême droite, « Alternative pour l’Allemagne » (AfD), deuxième force politique du pays depuis les dernières élections, arrive désormais en tête des intentions de vote avec 28%, devant l’Union CDU/CSU à 24% et le SPD à 14%. Cette évolution confirme la montée de l’extrême droite, alors même que le gouvernement entendait durcir sa ligne sur la question migratoire afin de conquérir une partie de l’électorat de l’AfD.
Au lendemain de son installation, le gouvernement a engagé un durcissement des règles migratoires, avec des procédures d’asile plus rapides, des refoulements plus systématiques aux frontières des personnes en situation irrégulière, la suppression de la naturalisation accélérée après trois ans ainsi que la suspension du regroupement familial pour les bénéficiaires de la protection subsidiaire.
Un an après, si l’Allemagne n’est plus, pour la première fois depuis 2015, le pays européen enregistrant le plus grand nombre de demandes d’asile, ce virage ne semble toutefois pas avoir suffi à contenir la progression de l’AfD, qui continue de capitaliser sur le mécontentement social, les inquiétudes économiques et la défiance envers les partis traditionnels.
Après une première année sur une ligne de crête, Friedrich Merz aborde une deuxième année, déjà suspendue à l’évolution de la guerre au Moyen-orient, avec l’enjeu de transformer l’action gouvernementale en confiance politique et de montrer que la promesse de changement peut encore se traduire dans le quotidien des Allemands.
