Le rapport, publié par Food Forward SA, une ONG spécialisée dans la redistribution alimentaire en Afrique du Sud, souligne que ce chiffre de 10,8 millions de personnes (sur une population totale de plus de 63 millions d’habitants) illustre l’ampleur croissante de l’insécurité alimentaire dans le pays.
Il s’agit, selon le document, d’ »une réalité frappante qui met en lumière la crise de la faim qui s’aggrave dans le pays, où l’accès à une alimentation de base reste hors de portée pour beaucoup ».
L’étude, réalisée en collaboration avec l’Unité de recherche sur le développement et le travail en Afrique du Sud (SALDRU), relevant de l’Université du Cap, indique que l’incapacité de la majorité des ménages à assurer tous les repas les contraint à rationner les portions, exposant ainsi leurs membres à la malnutrition.
Elle précise que les ménages les plus démunis ne parviennent même pas à acheter des denrées alimentaires de base simples telles que la farine de maïs ou le pain, en raison de la hausse des coûts et du poids des pressions économiques.
Selon le rapport, l’incapacité d’un grand nombre de personnes à couvrir le minimum requis pour répondre aux besoins énergétiques quotidiens, estimé à environ 28,5 rands par jour, conduit inévitablement à une « insécurité alimentaire aiguë », certains passant des journées entières sans manger ou se rabattant sur des options moins nutritives pour combler le manque.
Les enfants constituent la catégorie la plus touchée : près de 29 % d’entre eux souffrent de retard de croissance dû à la malnutrition, avec des répercussions négatives sur les fonctions cérébrales. Les ménages à faibles ou modestes revenus sont « souvent contraints de choisir entre la nourriture et d’autres besoins essentiels tels que le loyer et l’électricité ».
Si le rapport note que le nombre de personnes se couchant le ventre vide a diminué ces dernières années pour atteindre 5,1 millions, il fait observer en revanche qu’environ 13,8 millions d’autres personnes (soit 25,2 % de la population) vivent sous le « seuil de pauvreté alimentaire » et ne parviennent pas à satisfaire le minimum vital.
L’étude signale que des enquêtes ont également révélé que le fait de sauter des repas est courant : sept ménages sur dix sont confrontés à une insécurité alimentaire modérée à sévère, et une personne sur quatre passe une journée entière sans nourriture.
Elle indique en outre que le nombre de personnes touchées par l’aggravation de l’insécurité alimentaire est passé de 14,25 millions en 2019 à plus de 20 millions en 2023, tandis qu’au moins 15 millions ne bénéficient pas quotidiennement de repas suffisamment nutritifs, ce qui se traduit par une baisse de l’immunité, une augmentation des maladies et une recrudescence des troubles de la santé mentale.
Elle ajoute que, dans les zones rurales, les ménages dépendent, en raison de l’accès limité aux commerces et aux produits frais, « d’aliments bon marché et transformés, pauvres en nutriments », une situation qui affecte particulièrement les enfants, dont des millions souffrent de conséquences à long terme telles qu’un faible rendement scolaire et des maladies chroniques.
Enfin, le rapport met en garde contre l’impact de la malnutrition sur l’économie nationale qu’il qualifie de manifestation d’une « pauvreté intergénérationnelle » susceptible de compromettre la cohésion sociale et de freiner les capacités d’apprentissage et de travail, dans un contexte déjà marqué par les chocs climatiques, tels que les sécheresses et les inondations, ainsi que par de profondes inégalités sociales et territoriales.

