Scandale de corruption : diffusion d’un nouvel enregistrement vocal compromettant attribué à Erdogan

Un 2-ème enregistrement vocal mettant en cause le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, dans une affaire de corruption, a été mise en ligne ce mercredi, dans un nouveau rebondissement dans le scandale politico-financier qui secoue fortement la Turquie depuis décembre dernier et qui en dit long sur la guerre des clans désormais engagée au sein de l’appareil de l’Etat turc à la veille des élections municipales de mars prochain.

La nouvelle bande audio, dont l’authenticité n’a pas été prouvée, a été postée ce mercredi sur la plateforme de distribution de vidéos ‘YouTube”. Elle est présentée comme étant la voix du chef du gouvernement qui demandait à son fils aîné Bilal de ne pas accepter une somme d’argent (10 million de dollars) proposée par un homme d’affaires.

Lundi soir, un premier enregistrement similaire présenté comme une conversation entre Erdogan et son fils Bilal dans laquelle les deux hommes évoquent les moyens de faire disparaître d’importantes sommes d’argent quelques heures après le déclenchement du scandale de corruption, le 17 décembre dernier.

Sitôt cet enregistrement diffusé, les services du Premier ministre se sont vus obligés de réagir par un communiqué dans lequel ils ont dénoncé fortement ces accusations comme ‘le produit immoral d’un montage complètement faux”, menaçant d’en poursuivre les auteurs devant la justice.

Le chef du gouvernement lui-même est montée au créneau pour dénoncer un "montage indécent" et une "attaque haineuse" contre sa personne et son pays, accusant son ex-allié Fethullah Gulen, cet érudit turc à la tête d’une influente confrérie islamique, d’être à l’origine de cette attaque en ‘mettant en scène une pièce (théâtrale) immorale”.

C’est la première fois qu’Erdogan et son équipe rejettent l’authenticité d’un enregistrement, qui fait partie d’une série d’écoutes téléphoniques dévoilées récemment, mais qui portaient jusqu’à présent sur des pressions directes qu’aurait exercé le chef du gouvernement sur les médias.

Suite à ces nouvelles révélations, l’opposition politique représentée essentiellement par le Parti républicain du peuple (CHP gauche), a carrément réclamé la démission du Premier ministre.

Le président du Parti du mouvement national (MHP opposition), Devlet Bahçeli, voit lui dans cette affaire ‘la fin absolue et certaine pour Erdogan”, soulignant que ‘la justice doit immédiatement lancer une enquête” au sujet de ces accusations.

La diffusion de ces écoutes téléphoniques intervient après les révélations de deux journaux proches du gouvernement du Parti de la Justice et de Développement (AKP) accusant des magistrats proches du Mouvement Gulen, d’avoir mis sur écoute des milliers de personnes, dont le chef du gouvernement.

Ce nouveau rebondissement dans l’affaire politico-financier qui agite la Turquie à quelques semaines d’échéances électorales importantes, en dit long sur la guerre des clans désormais engagée en Turquie sur fond de ce scandale sans précédent dans l’histoire de l’AKP, un parti au référentiel islamiste qui a fondé sa réputation tout au long de ses 12 années au pouvoir sur les valeurs de la probité, l’équité et la justice.

Depuis le début du scandale de corruption, Erdogan ne cesse d’accuser ses anciens alliés du Mouvement Gulen d’avoir ourdi une conspiration et constitué un ‘Etat parallèle”, notamment dans les appareils judiciaire et sécuritaire, pour manipuler l’enquête anticorruption en cours dans le but de faire tomber son gouvernement à la veille des élections municipales, mais surtout des très attendues Présidentielles qui auront lieu en août de cette année.

Dans une réponse à cette affaire, le Premier ministre a déclaré une guerre sans merci à la hiérarchie policière et l’appareil judiciaire, accusées d’abriter le noyau dur de ce complot, décliné par le Mouvement Gulen, qui revendique des millions d’adeptes et des relais influents dans des domaines aussi sensibles que l’économie, les médias, la police, la justice et le système éducatif.

Après la publication de ce 2-ème enregistrement, le Premier ministre turc a durci le ton contre son ex-allié Fethullah Gulen, en le défiant directement de venir l’affronter dans les urnes lors des prochaines Municipales, au lieu de mener ‘des actions de provocation qui pourraient menacer la sécurité et la stabilité de la Turquie”.

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