L’ONU adopte une résolution pour une carte du monde reflétant la taille réelle de l’Afrique

L’Assemblée générale de l’ONU a adopté vendredi une résolution portée par les pays africains encourageant l’abandon de la projection de Mercator, qui déforme la taille réelle de l’Afrique et d’autres régions du globe, au profit de la projection Equal Earth.

Une résolution portée par le Togo et l’Union africaine

L’Assemblée générale des Nations unies a adopté, vendredi 4 septembre, une résolution pour promouvoir une représentation cartographique mondiale plus fidèle à la taille réelle des continents, agrandissant notamment l’Afrique et rétrécissant les États-Unis sur les cartes couramment utilisées. Le texte, intitulé « Corriger la carte : rééquilibrage de la représentation cartographique mondiale et promotion d’une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l’Afrique », a été présenté par le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, au nom du Groupe africain. Il a été adopté par 164 voix pour, une voix contre, celle des États-Unis, et six abstentions, celles de l’Estonie, la Géorgie, la Lituanie, la République de Moldova, la Serbie et l’Ukraine.

Une projection vieille de près de cinq siècles mise en cause

La projection de Mercator, conçue en 1569 pour faciliter la navigation maritime, agrandit artificiellement les continents des zones tempérées et polaires au détriment des régions situées près de l’équateur. Cette distorsion, qui s’explique par la difficulté à représenter une planète sphérique sur une surface plane, a pour conséquence de faire apparaître l’Afrique comme équivalente en superficie au Groenland sur les planisphères traditionnels, alors que le continent africain, avec ses 30,3 millions de km², est en réalité environ quatorze fois plus vaste que le territoire groenlandais, et dépasse la superficie cumulée des États-Unis, de la Chine, de l’Inde et de l’ensemble de l’Europe.

Vers l’adoption de la projection Equal Earth

La résolution encourage les États membres et les organisations internationales à adopter, diffuser et utiliser la projection cartographique Equal Earth, conçue en 2018 par des cartographes indépendants, qui offre une représentation plus fidèle des dimensions relatives des continents, au prix de certaines distorsions dans leurs formes. Le texte ne bannit toutefois pas la projection de Mercator, pas plus qu’il n’impose une carte unique : il invite également à mieux enseigner les limites inhérentes à toute tentative de représenter la Terre sur une surface plane, et encourage les gouvernements, les établissements scolaires, les organisations internationales et les entreprises technologiques à recourir à des cartes dites « équivalentes » lorsque les superficies relatives sont déterminantes.

Un soutien appuyé de la France

La France, ancienne puissance coloniale, a apporté un soutien appuyé à cette résolution, au moment où elle cherche à renouer avec l’Afrique, où son influence s’est fortement érodée ces dernières années. Dans un discours prononcé vendredi à la Sorbonne, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a déclaré que « changer de carte ne change évidemment pas le monde (…) mais corriger une représentation qui le déforme, c’est déjà faire œuvre de vérité ».

Les États-Unis dénoncent un « programme idéologique »

Les États-Unis, seul pays à avoir voté contre la résolution, ont estimé que le texte promeut un « programme idéologique », mais détourne l’attention des « véritables problèmes liés à la paix internationale, à la prospérité ou aux bonnes relations ».

Une portée pour l’instant essentiellement symbolique

 

Des diplomates africains ont qualifié ce vote de correction symbolique. La résolution n’a pas de caractère contraignant, et le calendrier de son application effective dans les manuels scolaires, les outils numériques et les documents officiels des organisations internationales reste incertain.

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