La guerre contre le groupe Etat islamique durera des années

La guerre des Etats-Unis contre le groupe Etat islamique (EI) ne sera pas gagnée uniquement à coups de frappes aériennes et il faudra probablement des années avant de crier victoire contre les jihadistes en Syrie et en Irak, préviennent des analystes. Le président Barack Obama a reconnu lui-même la semaine dernière à la tribune des Nations unies que sa stratégie visant à “détruire” l’organisation EI serait la “mission d’une génération”.

Composante fondamentale de cette stratégie, la formation des rebelles armés syriens modérés sera un processus extrêmement lent, qui pourrait durer "des années", a admis mercredi sur CNN le coordonnateur de la coalition internationale contre les jihadistes, le général américain à la retraite John Allen.

De fait, l’administration Obama, impliquée dorénavant dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient, "reconnaît que cela va prendre beaucoup de temps, même selon le scénario le plus optimiste", décrypte pour l’AFP Karl Mueller, politologue au centre d’études RAND Corporation.

Depuis plus de trois ans, le président américain s’était montré particulièrement réticent à intervenir militairement en Syrie, avant de lancer, le 8 août, une campagne de frappes en Irak, étendue, le 23 septembre, à la Syrie avec la participation de pays arabes.

Mais il a encore prévenu dimanche sur CBS que ce conflit serait le "défi d’une génération". Et, a insisté M. Obama, il ne s’agit "pas de l’Amérique contre l’EI", mais de "l’Amérique à la tête de la communauté internationale pour aider un pays (l’Irak, Ndlr) avec lequel nous avons un partenariat en matière de sécurité".

Les stratèges de la Maison Blanche et du Pentagone espèrent que les frappes contre les ultra-radicaux sunnites de l’organisation EI en Irak les déstabiliseront suffisamment pour permettre à l’armée irakienne de se reconstruire après sa débâcle du mois de juin.

"Nos opérations militaires peuvent simplement repousser ces réseaux et faire en sorte d’avoir du temps et de l’espace", a ainsi reconnu le président Obama sur CBS.

D’après les confidences de responsables américains, la stratégie en Irak consisterait à conjuguer les frappes avec la mise sur pied d’une force irakienne composée de soldats de l’armée fédérale, de combattants kurdes, de volontaires chiites et d’une milice, ou "garde nationale" de membres de tribus sunnites.

– Avancées politiques à Bagdad –

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Washington compte surtout sur des avancées politiques à Bagdad avec le nouveau gouvernement du Premier ministre Haidar al-Abadi, que les Américains avaient poussé contre son prédécesseur Nouri al-Maliki, un chiite accusé d’avoir marginalisé les sunnites.

Mais pour Marina Ottoway, du Woodrow Wilson Center, le changement se fait attendre. "Jusqu’ici, le gouvernement n’a pas pris une seule décision concrète qui pourrait convaincre les sunnites et les kurdes que leurs intérêts sont dorénavant protégés", dénonce-t-elle.

En Syrie voisine, les Etats-Unis renvoient dos à dos les jihadistes et le régime du président Bachar al-Assad pour tout miser sur la rébellion modérée qui se bat contre ces deux ennemis.

L’administration Obama a finalement décidé d’entraîner et d’armer ces rebelles syriens, au rythme de 5.000 combattants par an. Il faudrait ainsi au moins trois ans pour disposer d’une force capable de rivaliser avec les puissants jihadistes de l’EI, prévenait ces derniers jours le plus haut-gradé américain, le général Martin Dempsey.

Grâce au feu vert du Congrès pour ce programme de formation, "le processus est lancé, avec la recherche de camps d’entraînement et des éléments syriens qui iront dans ces camps", a précisé sur CNN le général Allen.

Accusé de mettre ainsi sous l’éteignoir la lutte contre le régime de Damas et le départ souhaité du président Assad, le secrétaire d’Etat John Kerry avait dû affirmer la semaine dernière que les Etats-Unis et la Syrie n’étaient "pas du même côté", même s’ils combattaient un ennemi commun jihadiste.

Il n’empêche, critique l’analyste Karl Mueller, la stratégie américaine à long terme relève, "d’une certaine manière", de l’improvisation. "L’objectif à court terme est de juguler les avancées (de l’EI) et d’empêcher que les choses n’empirent", dit-il.

Mais le groupe EI est loin d’être invincible, souligne Michael O’Hanlon de la Brookings Institution. "Si, comme on peut s’y attendre, (l’EI) essuie de grosses défaites en Irak dans l’année qui vient, il s’affaiblira aussi en Syrie", prédit l’expert.

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