Covid-19: la Russie accusée de piratage pour s’emparer des recherches pour un vaccin

Le Royaume-Uni, les Etats-Unis et le Canada ont accusé jeudi les services de renseignement russes d’être derrière des attaques menées par des hackers pour faire main basse sur des recherches concernant un vaccin contre le coronavirus, ce qu’a vivement démenti le Kremlin.

Cette accusation survient dans un ciel sombre entre Londres et Moscou, où plane déjà l’ombre de soupçons d’interférences russes dans les campagnes des législatives britanniques de décembre dernier – qui ont vu triompher les conservateurs du Premier ministre Boris Johnson – et du référendum de 2016 qui a abouti au Brexit.

Jugeant “totalement inacceptable que les services de renseignement russes ciblent ceux qui travaillent à la lutte contre la pandémie de coronavirus”, le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a averti que ceux qui mènent de telles attaques devront tôt ou tard “rendre des comptes”.

“Alors que certains courent imprudemment après leurs intérêts égoïstes, le Royaume-Uni et ses alliés poursuivent leur dur labeur pour trouver un vaccin et de protéger la santé mondiale”, s’est-il indigné dans un communiqué.

Selon l’organisme gouvernemental britannique chargé de la cybersécurité, un groupe de hackers russes s’en est pris à des organisations britanniques, canadiennes et américaines pour voler leurs recherches dans la mise au point d’un vaccin contre le SARS-CoV2.

“Le groupe menaçant connu sous le nom d’APT29” ou encore des “Ducs” ou de “Cozy Bear”, “opère presque certainement dans le cadre des services de renseignement russes”, ont affirmé dans un communiqué cet organisme britannique, le National Cyber Security Centre (NCSC), et son homologue canadien, le Centre de la sécurité des télécommunications.

Dans un communiqué distinct, leur homologue américaine, la National Security Agency (NSA) a abondé les accusations et déclaré que l’APT29 “utilise une variété d’outils et de techniques pour viser principalement des cibles gouvernementales, diplomatiques, des groupes de réflexion, de soins de santé et d’énergie à des fins de renseignement”.

“Nous rejetons ces accusations tout comme les nouvelles allégations sans fondement sur une ingérence dans les élections de 2019”, a déclaré Dmitri Peskov, le porte-parole de la présidence russe, cité par l’agence de presse d’Etat Tass.

 “Théorie du complot”
Le gouvernement britannique a en effet aussi affirmé jeudi qu’il était “presque certain” que des “acteurs russes” avaient cherché à perturber le scrutin législatif du 12 décembre dernier en faisant circuler pendant la campagne des documents sur un possible accord commercial entre Londres et Washington après le Brexit.

Une enquête avait alors été lancée pour tenter d’identifier la source de la fuite de ces documents, qui avaient été publiés sur le réseau social Reddit.

“Sur la base d’une analyse complète, le gouvernement a conclu qu’il est presque certain que des acteurs russes ont cherché à s’ingérer dans les élections législatives de 2019 en amplifiant la diffusion en ligne de documents gouvernementaux obtenus de manière illicite”, a affirmé le ministre des Affaires étrangères Dominic Raab dans une déclaration écrite au Parlement.

Pendant la campagne, le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn – qui a dû quitter la tête du Labour après sa débâcle – avait brandi 450 pages de documents qui prouvaient selon lui que le gouvernement voulait “vendre” aux Américains le système de santé britannique (NHS), l’un des enjeux-clés du scrutin.

Estimant que la fuite “faisait partie d’une campagne identifiée comme provenant de Russie”, le réseau social Reddit avait fermé 61 comptes suspects. Jeremy Corbyn avait quant à lui qualifié de “théorie du complot” les affirmations sur l’origine russe de la fuite de ces documents.

Le Royaume-Uni attend par ailleurs dans les prochains jours la publication d’un rapport sensible sur d’autres possibles ingérences russes, portant notamment sur la campagne du référendum de 2016 qui a abouti au Brexit.

Les relations entre Londres et Moscou sont au plus bas depuis l’empoisonnement sur le sol britannique de l’ancien agent russe Sergei Skripal, dans la ville de Salisbury (sud-ouest).

La Russie avait démenti toute implication, mais l’affaire avait abouti à une vague d’expulsions croisées de diplomates entre Londres et ses alliés et Moscou. Les deux pays n’avaient renoué qu’en février 2019 le dialogue rompu 11 mois plus tôt.

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