Boko Haram, de la secte islamiste au groupe armé

Le groupe jihadiste Boko Haram, qui a revendiqué mardi l’enlèvement de plusieurs centaines de lycéens, mène une insurrection armée dans le nord-est du Nigeria et a semé la terreur sur des pans entiers de territoires sur les pourtours du lac Tchad ces dix dernières années.

Le pensionnat attaqué vendredi soir est toutefois situé dans l’Etat de Katsina, à plusieurs centaines de kilomètres de leur bastion.

Le conflit, qui s’est étendu au Tchad, Cameroun et Niger, pays voisins, a fait 36.000 morts, essentiellement dans le nord-est du Nigeria. Plus de deux millions de personnes ne peuvent toujours pas regagner leur foyer.

Depuis 2016, le groupe s’est divisé en deux factions: celle d’Abubakar Shekau, le chef historique de Boko Haram, et le groupe Etat islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap), affilié à l’EI.

 

 Secte radicale

 

Boko Haram signifie “l’éducation occidentale est un péché” en haoussa, langue la plus répandue dans le nord du Nigeria.

Dans les années 1990, les prêches de son fondateur Mohammed Yusuf drainent de nombreux fidèles à Maiduguri, capitale de l’Etat de Borno (nord-est). Mais on considère que Boko Haram est né en 2002, quand Yusuf commence à attirer l’attention des autorités et que le monde découvre al-Qaïda.

Prônant un islam radical, il accuse les valeurs occidentales, instaurées par les colons britanniques, d’être à l’origine des problèmes du pays, indépendant depuis 1960.

Il séduit la jeunesse désoeuvrée du nord-est du Nigeria, critiquant le régime central d’Abuja, gangréné par la corruption.

 

La répression, un tournant

 

En 2009, des affrontements éclatent entre Boko Haram et la police à Maiduguri. L’armée tue des centaines de personnes et capture Yusuf, exécuté sans jugement. Abubakar Shekau, son bras droit, lui succède.

Le mouvement devient clandestin, ses cadres rescapés s’enfuient pour des destinations inconnues.

A leur sortie de clandestinité en 2010, les mouvements jihadistes internationaux sont en pleine expansion, rassemblés derrière Al-Qaïda.

Abubakar Shekau ne veut plus seulement faire appliquer la loi islamique au Nigeria, mais s’engage à déstabiliser l’Etat avec une campagne de violences, de conversion en masse et de terreur.

S’ensuit une escalade, avec des dizaines d’attaques faisant plusieurs milliers de morts, prenant pour cibles des écoles, églises, mosquées et symboles de l’Etat et les forces de l’ordre, principalement dans le Nord et le Nord-Est.

Le groupe emploie également des enfants ou des jeunes filles comme kamikazes pour perpétrer des attentats.

 

 Essor et allégeance à l’EI

 

L’enlèvement en avril 2014 de 276 adolescentes d’un lycée de Chibok (Etat de Borno), dont 57 se sont enfuies juste après, confère une notoriété mondiale à Boko Haram.

Au total, 107 des 219 jeunes filles kidnappées ont été secourues ou libérées après négociations. Mais, 112 sont encore portées disparues. En 2018, plusieurs jeunes filles sont apparues dans une vidéo diffusée par le groupe, affirmant qu’elles ne veulent plus quitter le “califat”.

En août 2014, Boko Haram a en effet proclamé un “califat” dans les zones sous son contrôle, comme l’EI en Irak et en Syrie.

L’organisation engrange les conquêtes territoriales dans le Nord-Est, qui devient totalement inaccessible. En mars 2015, elle fait allégeance à l’Etat islamique.

Une offensive menée depuis 2015 par les armées de la région (Nigeria, Tchad, Cameroun, Niger) a permis de chasser les jihadistes de la plupart des localités dont ils s’étaient emparés. Mais les attentats suicide, raids sur les villages et enlèvements de masse n’ont pas cessé pour autant.

 

 Montée en puissance d’Iswap

 

En 2016, L’EI désigne un nouveau chef pour Boko Haram, ce qui entraîne la scission de Boko Haram et la création d’Iswap.

Le commandement de l’EI juge les attaques suicide ou les razzias lancées contre les civils majoritairement musulmans trop cruelles et préfère se concentrer sur les positions militaires ou des humanitaires travaillant pour des organisations internationales.

 

– Massacre –

 

Début décembre 2020, avant l’enlèvement de plusieurs centaines de lycéens dans le nord-ouest du Nigeria, Boko Haram connait un nouvel élan.

Le 28 novembre, dans le nord-est du Nigeria, au moins 76 agriculteurs travaillant dans des rizières ont été assassinés près de Maiduguri par des dizaines d’hommes armés qui les ont attachés avant de les égorger. Boko Haram a affirmé avoir lancé l’attaque pour venger certains de ses combattants arrêtés et livrés par des villageois aux autorités.

Le 12 décembre, dans le sud-est du Niger, au moins 28 personnes ont été tuées, la plupart brûlées vives, dans la région de Diffa.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite