Sebta: Felipe VI prépare une visite historique, dix-neuf ans après celle de Juan Carlos Ier
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a confirmé que le roi Felipe VI se rendrait prochainement à Sebta et Melilia, une visite qui serait la première d’un souverain espagnol dans ces deux villes depuis celle de Juan Carlos Ier en 2007, laquelle avait provoqué une crise diplomatique avec le Maroc.
Une visite royale en préparation depuis début septembre
Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a confirmé le 3 septembre devant le Congrès des députés que le roi Felipe VI se rendrait à Sebta et Melilia dans les prochaines semaines, à l’occasion d’un débat consacré à la crise migratoire de fin juillet. Il s’agirait du premier déplacement du monarque dans les deux villes depuis son accession au trône en 2014 ; la dernière visite royale remonte à novembre 2007, lorsque le roi Juan Carlos et la reine Sofía s’y étaient rendus, provoquant à l’époque une crise diplomatique marquée par le rappel de l’ambassadeur marocain à Madrid, Omar Azziman, et une condamnation officielle du Roi Mohammed VI. Aucune date précise n’a pour l’heure été confirmée par la Maison royale ; selon le média espagnol OKDiario, Madrid envisagerait de reporter le déplacement après les élections législatives marocaines du 23 septembre pour éviter d’aggraver les tensions.
Des prises de position espagnoles fermes
Cette annonce s’inscrit dans une séquence marquée par plusieurs déclarations espagnoles jugées fermes par Rabat. Le président de la ville autonome de Sebta, Juan Jesús Vivas, a indiqué avoir été reçu début septembre par Felipe VI, qui lui aurait exprimé son intention personnelle de se rendre dans la ville. Le 7 septembre, le roi a par ailleurs réuni au palais de la Zarzuela la ministre espagnole de la Défense et plusieurs responsables militaires pour examiner la situation à Sebta sous l’angle défense, une rencontre à la portée jugée politique par plusieurs analystes compte tenu du contexte. Le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, avait de son côté affirmé dans un entretien télévisé que « Sebta et Melilia sont espagnoles », ajoutant que Madrid ne discuterait « jamais » de la question de son intégrité territoriale.
La réponse du gouvernement marocain
En réaction à cette séquence, le ministère marocain des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger a publié, jeudi 10 septembre, un communiqué en cinq points rappelant l’attachement du Royaume à la relation bilatérale établie par la Déclaration conjointe du 7 avril 2022, tout en dénonçant une instrumentalisation politique du Maroc par certains milieux politiques et médiatiques espagnols. Le texte affirme que le Royaume « refuse d’être un fonds de commerce préélectoral », et interroge Madrid sur l’absence de réadmission des migrants en situation irrégulière et sur le maintien de mineurs non-accompagnés loin de leurs familles, malgré les engagements pris par le gouvernement marocain.
Un contentieux territorial ancien qui refait surface
Sebta et Melilia, sous administration espagnole depuis plusieurs siècles, font l’objet d’une revendication marocaine de longue date, Rabat considérant ces territoires comme des enclaves à récupérer, tandis que Madrid les considère comme partie intégrante du territoire national espagnol. Une éventuelle visite de Felipe VI interviendrait dans un contexte où ce contentieux territorial ancien se combine à la crise migratoire de fin juillet et à la campagne électorale marocaine, deux dossiers sur lesquels Rabat et Madrid se renvoient mutuellement la responsabilité des tensions actuelles.
