Le Tchad annonce son retrait de la Cour pénale internationale

Le Tchad a officiellement notifié lundi son retrait de la Cour pénale internationale, une décision qui intervient trois jours seulement après une annonce similaire du Venezuela, dans un contexte de contestation croissante de la juridiction de La Haye.

Le Tchad officialise son retrait
Le gouvernement tchadien a notifié lundi 27 juillet au secrétaire général des Nations unies, dépositaire du Statut de Rome, sa décision souveraine de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI), conformément à l’article 127 du traité. Dans un communiqué signé par le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, de l’Intégration africaine et des Tchadiens de l’étranger, Ibrahim Adam Mahamat, N’Djamena justifie cette décision par un bilan de la Cour jugé « limité et à géométrie variable » depuis sa création en 2002, et dénonce une « sélectivité indéniable » dans son action : sur treize enquêtes ouvertes, neuf concernent des pays africains, contre quatre pour le reste du monde, selon des statistiques citées par le gouvernement tchadien et arrêtées au 11 mai 2026.

Le Venezuela, parti quelques jours plus tôt
Cette annonce intervient trois jours à peine après celle du Venezuela, qui a notifié le 24 juillet son propre retrait « ferme et irrévocable » du Statut de Rome. Le ministre vénézuélien des Affaires étrangères, Félix Plasencia, a affirmé sur X que la Cour « présente un biais géographique avéré » concentrant son action de façon disproportionnée sur les pays africains et latino-américains. L’Assemblée nationale vénézuélienne avait voté en décembre 2025 en faveur de ce retrait, dans un contexte de relations très dégradées avec la Cour depuis l’ouverture, en 2018, d’une enquête sur d’éventuels crimes contre l’humanité liés à la répression des manifestations de 2017. Cette rupture survient également après la capture, le 3 janvier, de l’ancien président Nicolas Maduro par les États-Unis.

Deux décisions présentées dans des termes similaires
Le Tchad comme le Venezuela justifient leur départ par une même critique : celle d’une justice internationale jugée sélective, focalisée sur le Sud global. N’Djamena affirme conserver son « attachement irréversible à la lutte contre l’impunité », tandis que Caracas revendique une justice « véritablement équitable, respectueuse de la souveraineté et de l’autodétermination des peuples ».

Un mouvement plus large amorcé par les pays du Sahel
Ces deux retraits s’inscrivent dans la continuité d’une dynamique lancée par les trois pays de la Confédération des États du Sahel (AES) : le Burkina Faso, le Mali et le Niger avaient officiellement notifié leur retrait entre le 18 et le 24 juin 2026, après avoir annoncé leur intention de quitter la CPI en septembre 2025, avec une argumentation quasi identique sur la partialité de la Cour envers l’Afrique.

Des précédents remontant à plusieurs années
Avant cette vague de 2026, deux pays seulement avaient mené à terme leur retrait de la CPI : le Burundi, en octobre 2017, après l’ouverture d’une enquête sur des violences politiques dans le pays ; et les Philippines, en mars 2019, sous la présidence de Rodrigo Duterte, après l’ouverture d’une enquête sur sa campagne contre le trafic de drogue. L’Afrique du Sud et la Gambie avaient annoncé une intention similaire en 2016, avant d’y renoncer. La Russie, non membre à part entière du Statut de Rome, avait retiré sa signature du traité en 2016, après une enquête de la CPI sur l’annexion de la Crimée. Les États-Unis n’ont, pour leur part, jamais ratifié le Statut de Rome, et le secrétaire d’État Marco Rubio a récemment affirmé la volonté de Washington d’affaiblir l’institution.

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