Washington et Bagdad se reparlent après des mois de tensions

Après des mois de tirs de roquettes et de relations des plus froides, l’Irak et les Etats-Unis ont repris langue jeudi lors d’un “dialogue stratégique” dont l’intérêt immédiat est d’offrir un peu de stabilité entre ces partenaires dont la marge de manoeuvre reste réduite.

A Bagdad, un nouveau Premier ministre est arrivé, l’ex-chef du renseignement Moustafa al-Kazimi, qui passe pour proche des Américains et de ses alliés arabes. Et surtout, pour le moment, les factions pro-Iran sont en retrait.

Mais la visioconférence –Covid-19 oblige– de jeudi n’est que le début d’un long processus sans aucun changement radical en perspective, préviennent experts et responsables. Ensemble, des hauts fonctionnaires des deux pays ont commencé à définir les grands sujets confiés à des comités pour des discussions au long cours.

“Les relations américano-irakiennes ne seront pas redéfinies en un jour”, estime ainsi Robert Ford, du Middle East Institute.

Mais “pour une fois, il y a les bonnes personnes, au bon endroit et au bon moment”, poursuit cet ex-diplomate américain ayant lui-même pris part au dernier “dialogue stratégique” en 2008.

A l’époque, les Etats-Unis avaient établi les conditions de leur départ après avoir envahi l’Irak. Depuis, leurs troupes sont revenues, bien moins nombreuses, à la tête d’une coalition contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

 Sentiment anti-Américains

Plus de deux ans et demi après la “victoire” sur les jihadistes, les milliers de soldats américains en Irak sont à nouveau au coeur des tensions.

Car après une trentaine d’attaques à la roquette contre des Américains, le sentiment anti-Etats-Unis a flambé avec la mort en janvier du général iranien Qassem Soleimani et de son lieutenant irakien tués à Bagdad dans un raid de Washington.

Les députés chiites ont voté l’expulsion des soldats étrangers et Washington a menacé de frapper des dizaines de sites paramilitaires.

Le secrétaire d’Etat adjoint américain pour le Moyen-Orient David Schenker a toutefois assuré qu’un retrait des forces américaines n’avait même pas été mentionné lors de ce début de dialogue.

Il a en revanche dit que l’Irak avait promis de protéger les installations militaires et diplomatiques américaines et que Washington s’était engagé à favoriser une aide économique à Bagdad.

“Nous soutiendrons le nouveau gouvernement à travers les institutions financières internationales pour l’aider à faire face aux défis du Covid-19 et à la chute des revenus pétroliers”, a-t-il expliqué à des journalistes à Washington.

L’arrivée de M. Kazimi a changé la donne. L’homme a pris les rênes d’un pays en pleine crise économique et qui réclame toujours justice pour quelque 550 manifestants tués dans la répression d’une révolte inédite.

Si son prédécesseur Adel Abdel Mahdi n’est jamais parvenu à décrocher une invitation à Washington, le nouveau Premier ministre a déjà son carton pour la Maison Blanche cette année, assurent à l’AFP deux responsables gouvernementaux.

“Il y avait un problème de confiance avec l’ancien cabinet, cela a changé”, martèle l’un d’eux.

Dans ce climat, si le lancement du dialogue est demeuré formel, les parties sont prêtes à aborder tous les sujets.

“Pourrons-nous toujours faire voler des drones de surveillance? Les Irakiens veulent-ils toujours nos informations?”, s’interroge un haut gradé américain de la coalition.

Déjà, la coalition n’est plus que sur trois bases irakiennes, contre une dizaine auparavant.

“Nous n’avons pas encore de détails sur le nombre de soldats, mais la proposition américaine évoque +une réduction de troupes+”, rapporte à l’AFP un responsable irakien.

Toutefois, une réduction drastique paraît hautement improbable tant la menace jihadiste reste présente, font valoir les autres pays de la coalition, suspendus au dialogue américano-irakien, auquel ils ne sont pas partie prenante.

“Les non Américains de la coalition resteront en Irak uniquement si les Américains restent”, affirme un diplomate à l’AFP.

Ton moins agressif

D’autres parties ne sont pas invitées, mais suivront de près le dialogue: les alliés de l’Iran en Irak.

Ahmed al-Assadi, porte-parole de leur bloc parlementaire –meneur du vote d’expulsion– a récemment redit donner six mois aux Américains pour partir.

De nouveau, lundi et mercredi, deux roquettes ont visé soldats et diplomates américains à Bagdad, comme un rappel.

Le ton est toutefois moins agressif. Les brigades du Hezbollah, faction pro-Iran la plus radicale, ont annoncé qu’elles ne donneraient leur position qu’après jeudi.

“Cette mise en retrait donne plus de marge de manoeuvre à M. Kazimi et aux Américains”, affirme M. Ford.

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