Les Algériens “ont compris qu’il n’ y a rien à attendre d’un système grippé” (Yasmina Khadra)

“Après avoir bu la calice jusqu’à la lie, les Algériens ont compris aujourd’hui qu’il n’ y a rien à attendre d’un système grippé”, déplore l’écrivain algérien Yasmina Khadra, de son vrai nom Mohammed Moulessehoul, dans un entretien publié dans le denier numéro du mensuel “Afrique Magazine”.

Pour cet homme qui se lance dans la course à la présidentielle, l’Algérie, qui "se contente d’une rente pétrolière sans pour autant se préoccuper des générations de demain, est en danger de mort". Il relève que la politique algérienne n’est pas claire et le social se complaît dans l’improvisation et l’assistanat lorsqu’il ne s’agit pas de mesures d’apaisement pour amadouer une jeunesse livrée à elle-même.

Au sujet de sa candidature à la présidentielle, il explique qu’elle est motivée par son statut de "citoyen en colère", incapable de se résoudre à l’idée de voir son pays se décomposer à l’ombre d’un monde impitoyable et terriblement mutant. Il explique en outre que l’axe principal de sa politique, ira à l’assainissement des mentalités en accordant toute la priorité à la citoyenneté.

"L’Algérien n’est ni respecté ni écouté. Il a le sentiment d’évoluer en territoire ennemi, où il n’est ni citoyen ni sujet mais une victime itinérante", observe-t-il, notant que les institutions l’angoissent, le service public l’éprouve et le fonctionnaire le méprise.

Dans un entretien à l’hebdomadaire français Marianne en février dernier, l’écrivain à succès avait dénoncé des manœuvres pour empêcher sa candidature, notant au passage que l’Algérie est une "comète qui risque de se désintégrer».

Yasmina Khadra a écrit un nouveau roman dont la publication est prévue en avril prochain. Intitulé "Qu’attendent les singes?", l’ouvrage est une radioscopie d’une Algérie livrée aux opportunismes et aux chimères.

Les forces de l’ordre ont par ailleurs interpellé jeudi à Alger une quarantaine de manifestants opposés à un 4e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, les autorités semblant déterminées à étouffer dans l’œuf la contestation avant le scrutin du 17 avril.

Après l’annonce de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika par son Premier ministre Abdelmalek Sellal le 22 février, les manifestations se sont multipliées et ont donné naissance à un mouvement, "Barakat" ("ça suffit"), comprenant notamment des militants des droits de l’Homme, des étudiants et des journalistes.

Réunis en plein centre d’Alger face à la faculté, sur la principale artère Didouche Mourad, les protestataires, majoritairement jeunes, ont lancé des slogans hostiles à la candidature de M. Bouteflika, âgé de 77 ans et au pouvoir depuis 15 ans.

L’image du président amoindri nourrissent les interrogations sur ses capacités à diriger le pays et relancent de nouvelles critiques.

Outre le président et l’ancien Premier ministre Ali Benflis, dix autres personnalités ont soumis un dossier de candidature au Conseil constitutionnel. La liste des candidats retenus sera annoncée d’ici le 14 mars et le lancement officiel de la campagne électorale débutera le 23.

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