Après le 1er mai, mobilisation en berne pour les “gilets jaunes”

La "colère" toujours, et "une lassitude" aussi: nombreux dans le cortège syndical du 1er mai, les "gilets jaunes" n’étaient que quelques milliers dans les rues ce samedi pour leur 25e acte, qui s’annonce comme leur plus faible mobilisation depuis le début du mouvement en novembre.

Selon un décompte à 14H00 du ministère de l’Intérieur régulièrement contesté par les manifestants, ils étaient 3.600 personnes en France, dont un millier à Paris sous un temps orageux.

Une mobilisation en baisse depuis plusieurs semaines, où les manifestations avaient souvent été émaillées de violences et dispersées dans un déluge de lacrymogènes. Le week-end dernier, lors de l’acte 24, 23.600 manifestants ont été recensés par les autorités en fin de journée.

Pour leur premier acte, le 17 novembre, les "gilets jaunes", qui contestaient la politique fiscale du gouvernement d’Emmanuel Macron, avaient rassemblé 282.000 personnes en France.

A Bordeaux, une des places fortes de la mobilisation, José, auxiliaire de vie scolaire de 61 ans, reconnaît que "ça s’essouffle un peu". "Il y a une lassitude. Ca fait 25 semaines que nous avons momentanément arrêté de vivre pour retrouver au minimum une sorte de dignité".

Au-delà des rassemblements du samedi, le mouvement social entre en politique : sur les trente-trois listes validées vendredi pour les élections européennes, trois se revendiquent du mouvement des "gilets jaunes".

Sans susciter d’engouement dans les rues de Paris, où l’AFP a surtout rencontré des manifestants hostiles à tout engagement partisan. "C’est des opportunistes" pour Louise, professeur des écoles de 35 ans, qui redoute la "récupération politique". Marc, 59 ans, veut avant tout "faire barrage à Macron", semblant encore indécis sur son vote.

A Paris – où trois manifestations étaient autorisées -, le principal cortège s’est élancé à 13H00 de l’hôpital Lariboisière (Xe) en direction de la place de la Nation (XIe).

Sur leur trajet, les manifestants sont passés à proximité de plusieurs centres hospitaliers de l’est de la capitale (Saint-Louis, Tenon, Saint-Antoine).

"Pour l’hôpital public on veut du fric", ont repris en coeur les "gilets jaunes" passant l’hôpital Tenon. Aux fenêtres, des aides soignants les ont salués, d’autres sont sortis pour expliquer leurs revendications: parce que "le reste du temps on est invisible", a dit Nicolas, aide-soignant devant une banderole demandant plus de personnel et de moyens.

En fin de matinée, une vingtaine de "gilets jaunes" avaient distribué des tracts à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle pour protester contre la privatisation d’ADP. "On est là pour demander l’annulation de cette vente", a dit à l’AFP Guillaume, un Parisien de 29 ans.

"Reprendre" les ronds-points

Ces rassemblements ont lieu trois jours après les heurts entre manifestants et forces de l’ordre lors du 1er mai, marqué par l’irruption de plusieurs dizaines d’entre eux dans l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, après un mouvement de panique.

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, sous le feu des critiques après avoir parlé d’"attaque", a reconnu vendredi qu’il n’aurait pas dû employer ce mot.

La préfecture de police de Paris a reconduit son arrêté d’interdiction de manifester sur les Champs-Elysées, et dans un périmètre incluant l’Assemblée Nationale, le palais de l’Elysée et le secteur de la cathédrale Notre-Dame, touchée mi-avril par un incendie.

A La Roche-sur-Yon, 500 personnes ont défilé, répondant à un appel à manifester interrégional. Quelques heurts ont éclaté dans l’après-midi et une manifestante, blessée au nez, a été évacuée par les pompiers, a constaté un correspondant de l’AFP.

A Montpellier, ils étaient près d’un millier à manifester, selon la préfecture, brandissant des pancartes "Castaner menteur" ou "Mon pote est interdit de manifester, pas grave je le remplace". Slogans similaires à Marseille, où plusieurs centaines de personnes ont défilé dans les rues.

A Toulouse, un petit rond-point du centre-ville a été décoré de ballons jaunes, "pour rappeler aux gens qu’il est important de revenir aux ronds-points, là où tout a commencé", a expliqué Annie, une retraitée.

Dans plusieurs villes, comme à Chateau-Thierry (Aisne) ou Castelnau-de-Médoc (Gironde), les ronds-points ont été réinvestis par des poignées de manifestants.

A Lyon, la manifestation des "gilets jaunes" s’est rattachée au cortège (déclaré) répondant à l’appel du mouvement "Youth for Climate". A Montluçon (Allier), 400 personnes ont participé à un rassemblement contre les violences policières, à l’appel de "street medics".

Des "barbecues anti-Macron" doivent se tenir sur plusieurs ronds-points, partout en France, à l’initiative du député de la France Insoumise François Ruffin, qui y projettera son film "J’veux du soleil" sur les "gilets jaunes".

Dans une tribune intitulée "Gilets jaunes: Nous ne sommes pas dupes !", publiée sur le site de Libération, des comédiennes comme Juliette Binoche ou Emmanuelle Béart, des écrivains comme Édouard Louis ou Annie Ernaux ainsi que 1.400 autres acteurs du monde de la culture ont apporté samedi leur soutien au mouvement.

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