À l’approche de la fête la plus importante du calendrier chinois, moment où les retrouvailles familiales s’accompagnent souvent d’interrogations insistantes sur le mariage et les enfants, le ton se durcit. Dans un communiqué, l’Administration Chinoise du Cyberespace (CAC) a dénoncé les contenus “incitant aux antagonismes de genre” et “exagérant la peur du mariage et l’angoisse de la parentalité”, les qualifiant de messages “malveillants attisant des émotions négatives”.
Objectif affiché : instaurer une atmosphère en ligne “festive, paisible et positive” pendant les célébrations qui débuteront le 17 février pour neuf jours. En toile de fond, une préoccupation structurelle : le recul persistant des naissances et le vieillissement accéléré de la population, alors qu’une part croissante des jeunes diffère – ou renonce – au projet d’avoir des enfants.
La campagne, prévue pour durer un mois, dépasse la seule question matrimoniale. Le régulateur vise aussi les “déchets numériques”, ces contenus produits à la chaîne, souvent générés par intelligence artificielle, jugés sensationnalistes ou vides de substance. Sont particulièrement ciblés les récits amplifiant les conflits familiaux – favoritisme parental, tensions belle-mère/belle-fille, rivalités entre frères et sœurs – accusés d’exploiter les fractures intergénérationnelles pour capter l’audience.
Les plateformes seront tenues de constituer des équipes dédiées, de renforcer la modération et d’intensifier les inspections en ligne. Les sites hébergeant des contenus jugés problématiques s’exposent à des enquêtes et à des sanctions, sans que la nature précise des mesures ne soit détaillée.
Cette offensive s’inscrit dans un dispositif plus large visant à infléchir la trajectoire démographique du pays, confronté à une érosion continue de la natalité. Après avoir mis fin, début janvier, à une exonération fiscale de plus de trente ans sur les contraceptifs, les autorités ont procédé ce mois-ci au déploiement national du versement direct des allocations de maternité, des ajustements à forte portée symbolique dans un pays où le taux de fécondité figure parmi les plus bas au monde.
En 2024, la population chinoise est tombée à environ 1,409 milliard d’habitants, en recul pour la troisième année consécutive, tandis que le taux de fécondité est resté proche de 1,0 enfant par femme, bien en deçà du seuil de renouvellement des générations, selon les statistiques officielles.
Face à cette dynamique, Beijing multiplie les leviers économiques et les signaux politiques en faveur de la parentalité. L’an dernier, les aides à la garde d’enfants ont été exonérées de l’impôt sur le revenu et une subvention annuelle dédiée a été instaurée, dans le cadre d’un ensemble de mesures présentées comme “favorables à la fertilité”.
Héritage de la politique de l’enfant unique, urbanisation rapide, coût élevé de l’éducation et de la garde d’enfants, incertitudes professionnelles et conjoncture économique plus atone continuent de peser sur les choix des jeunes générations, de plus en plus réticentes à fonder une famille.

