Marine Le Pen travaille au Portugal son image de présidentiable

Marine Le Pen vient soutenir à Lisbonne ce week-end le petit candidat populiste à la présidentielle portugaise André Ventura, l’occasion de mettre en lumière sa propre candidature en France, éclipsée par la crise sanitaire et la virulence de la droite.

La présidente du Rassemblement national doit tenir avec le chef du parti anti-système Chega une conférence de presse vendredi avant de partager samedi un dîner avec quelques militants.

Bien que le président sortant de droite, Marcelo Rebelo de Sousa, soit le grand favori de la présidentielle du 24 janvier, André Ventura espère continuer sa percée. Son élection au Parlement en octobre 2019 (1,3% des voix) avait marqué le retour de l’extrême droite au Parlement portugais, pour la première fois depuis la chute de la dictature en 1974. Il est crédité pour la présidentielle de 8% des voix.

Ce déplacement portera un message européen, alors que le Portugal vient de prendre la présidence tournante de l’Union européenne et que le RN a abandonné l’idée de quitter l’UE (Frexit) autant que l’euro, comme Chega.

Les deux partis font tous les deux campagne contre le Pacte européen sur la migration et l’asile, associé à un “plan organisé de submersion” par une “immigration de peuplement”, selon le RN.

Il s’agit de “faire vivre l’alliance de nos partis nationaux et faire vivre du coup l’Europe des nations” que le RN appelle désormais de ses vœux, explique Nicolas Bay, vice-président du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen et artisan du rapprochement.

 

 Leadership

 

En ralliant Chega, Marine Le Pen assoit aussi son leadership en Europe, qui lui est disputé depuis les européennes par la Ligue italienne de Matteo Salvini. “Elle est dans son rôle de moteur dans l’Europe des nations”, dit son conseiller, l’eurodéputé Philippe Olivier.

La dirigeante d’extrême droite jette aussi une petite passerelle en direction du Fidesz de Viktor Orban, qui est sur la même ligne “nationale conservatrice” que Chega mais ne souhaite pas rejoindre ID, et dont l’un des proches conseillers est le Portugais Mario David, ancien secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et ami de M. Ventura.

Le RN se dote ainsi d’un allié “prometteur” selon M. Olivier, et aussi “présentable” parce qu’issu de la droite, explique le politologue Jean-Yves Camus. Même si l’ancien commentateur sportif est coutumier de saillies à la Trump, contre les Roms ou récemment une députée noire.

Le député avait provoqué un tollé en janvier 2020 en proposant qu’une collègue noire, qui proposait de restituer des oeuvres d’art à d’anciennes colonies, soit “rendue à son pays d’origine” en Afrique de l’ouest.

L’intempérance du Portugais, qui contraste avec le ton plus mesuré désormais emprunté par Marine Le Pen pour apparaître crédible, ne gêne pas le RN. “On ne partage pas tout ce que dit M. Ventura mais on lui laisse la liberté de le dire”, glisse M. Olivier.

 

 “Gérante”

 

En allant au Portugal, Marine Le Pen s’adresse aussi à la communauté portugaise en France, qui représentait en 2011 environ 1,5 million de personnes et “ne sera pas insensible” à ce déplacement, espère M. Olivier.

Ce rapprochement permet à Marine Le Pen d’afficher une alliance, alors qu’en France elle peine à trouver des partenaires. Elle a accueilli récemment à bras ouverts des dissidents de Debout la France, présidé par Nicolas Dupont-Aignan, sans parvenir à rallier son ancien allié en 2017, qui a choisi cette fois de faire cavalier seul.

Il apporte également un semblant de dynamisme à sa campagne présidentielle en France où, à 15 mois de l’échéance, elle a du mal à se faire entendre, tant la droite est virulente sur ses thèmes favoris, l’islamisme, l’insécurité et l’immigration.

Les restrictions sanitaires, qui compliquent les campagnes politiques, pèsent aussi.

Mais le parti donne aussi “l’impression d’être stérilisé”, sans débat ou production internes, estime Jean-Yves Camus, alors que les conséquences économiques de la crise pourraient alimenter les votes en sa faveur. Marine Le Pen “donne l’impression d’être une gérante de société qui n’a pas envie d’augmenter ses parts de marché” électorales, selon l’expert.

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