La France se dote d’une stratégie pour lutter contre la désinformation en santé
Le gouvernement français a annoncé le lancement cette semaine d’une stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé.
« La désinformation en santé fragilise la prévention, la confiance et parfois même l’accès aux soins. Avec cette stratégie nationale, nous faisons le choix de l’écoute, de la transparence et de la science, pour permettre à chacune et chacun de disposer d’une information fiable et compréhensible, condition indispensable pour faire des choix éclairés en matière de santé », a expliqué dans un communiqué la ministre de la Santé et de la Famille, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist.
Amplifiée par les réseaux sociaux, la désinformation en santé, qu’elle concerne la vaccination, les traitements médicaux ou certaines pratiques de soins non conventionnels, peut détourner des patients des soins, fragiliser la prévention et nourrir une défiance durable envers la science et les institutions sanitaires, prévient-on en présentation de la stratégie.
Soulignant que « dans un contexte marqué par une défiance croissante envers la science et les institutions sanitaires, la lutte contre la désinformation constitue une priorité de santé publique », l’exécutif français se dit convaincu que « garantir l’accès à une information fiable est une condition essentielle pour permettre à chacun de faire des choix éclairés en matière de santé ».
Issue d’une démarche « collective » appuyée sur « une expertise indépendante », la stratégie française de lutte contre la désinformation en santé s’articule autour de quatre axes « structurants » pour « une action coordonnée et durable ».
En plus d’« une phase nécessaire d’écoute et de consultation citoyennes », elle prévoit la constitution d’«un Observatoire de la désinformation en santé en vue d’identifier, d’analyser et de documenter ses phénomènes.
Il s’agit aussi de « déployer un dispositif d’infovigilance en santé » afin de détecter rapidement les fausses informations en santé, d’en analyser les ressorts et de diffuser des réponses fiables et pédagogiques, ou encore de « bâtir un socle de confiance propice à l’information en santé ».
Sur ce dernier axe, la stratégie vise, en effet, à agir sur « le long terme en renforçant l’éducation critique à la santé dès le plus jeune âge, en poursuivant la responsabilisation des plateformes numériques et en intégrant la désinformation en santé au sein des programmes de recherche ».
Engagée dès 2025, la stratégie française repose sur une mobilisation collective associant professionnels de santé, chercheurs, journalistes, enseignants, associations, créateurs de contenus, plateformes numériques et citoyens.
Selon les conclusions de la mission d’expertise indépendante publiées à cette occasion, la France subit, comme de nombreux autres pays dans le monde, une intensification de la désinformation en santé.
Les crises sanitaires récentes, comme la pandémie de Covid-19, ainsi que l’émergence de menaces infectieuses récurrentes, ont eu pour effet paradoxal d’accroître la circulation de fausses informations, d’interprétations scientifiquement infondées et de contenus manipulés, relèvent les experts qui estiment que la population « n’est pas assez armée pour résister à la désinformation ».
Ils identifient « trois fragilités » qui ressortent nettement : « une éducation (une littératie) scientifique et en santé insuffisante » ; « une difficulté réelle à juger la fiabilité des sources d’information disponibles » ; et « un rapport à l’information bouleversé par le numérique ».
Les réseaux sociaux constituent, selon l’étude, la principale source d’information pour la moitié des 15-30 ans (53 %), en particulier Instagram, TikTok, et YouTube, « où les contenus arrivent sans filtre, portés par des algorithmes qui favorisent l’émotion et la rapidité de réaction, au détriment des faits et de la réflexion ».
La mission sur l’information en santé avait été conduite entre les mois d’août et de novembre 2025, auprès de 270 personnes, membres d’agences sanitaires, d’associations, de l’assurance maladie, d’établissements de santé, de journalistes, de médias, de mutuelles, d’organismes nationaux de recherche, de partis politiques, de personnes de la société civile, de plateformes, de professionnels de santé, de scientifiques, de services de l’État, de sociétés savantes et d’universités.

