Calendrier électoral intense en Amérique du Sud : trois scrutins présidentiels sous la loupe en 2026
Plusieurs pays clés d’Amérique du Sud s’apprêtent à retourner aux urnes en 2026 dans un contexte particulièrement tendu, marqué les récents événements au Venezuela, une instabilité politique persistante et une fragmentation accrue du paysage politique.
A ce titre, l’année 2026 s’annonce comme un moment charnière pour l’Amérique du Sud. Elle s’inscrit dans le prolongement immédiat d’une séquence électorale dense en 2025, au cours de laquelle plusieurs pays ont connu des alternances, des confirmations de pouvoir ou des ruptures idéologiques significatives.
Les élections de 2025 ont déjà esquissé un mouvement de reflux du cycle progressiste entamé au début de la décennie. La réélection de Daniel Noboa en Équateur, la victoire de Rodrigo Paz en Bolivie mettant fin à deux décennies de domination socialiste dans ce pays, ainsi que l’alternance observées au sommet de l’Etat au Chili avec José Antonio Kast, ont permis à une droite modérée et conservatrice de regagner du terrain.
En 2026, l’enjeu ne sera plus seulement la conquête du pouvoir, mais sa conservation dans des contextes institutionnels fragilisés. Les forces de la gauche, qui ont longtemps dominé le panorama tenteront de maintenir le pouvoir alors que les partis de droite galvanisés chercheront à capitaliser sur la lassitude électorale, l’insécurité et les difficultés économiques.
Au Pérou, le scrutin prévu le 12 avril est sans doute le plus imprévisible. Depuis 2016, le pays a connu sept chefs d’Etat, la plupart emportés par des crises politiques ou des affaires judiciaires. La condamnation de l’ancien président Pedro Castillo à plus de onze ans de prison pour sa tentative de coup d’Etat en décembre 2022 a profondément ébranlé la confiance dans les institutions.
Sa successeure, Dina Boluarte, a été destituée en octobre 2025, dans un climat de rejet populaire et de crise sécuritaire persistante. Le pouvoir exécutif est aujourd’hui exercé de manière intérimaire par José Jeri, président du Congrès, jusqu’à l’installation du prochain gouvernement.
La campagne électorale est marquée par une extrême dispersion des candidatures. Aucun des 36 prétendants à la présidence officiellement inscrits ne dépasse 14 % des intentions de vote. L’homme d’affaires Rafael Lopez Aliaga arrive en tête avec un score modeste, suivi de Keiko Fujimori, fille de l’ancien président Alberto Fujimori. Cette fragmentation rend quasi inévitable un second tour et laisse présager une gouvernabilité fragile, quel que soit le vainqueur.
En Colombie, l’élection présidentielle du 31 mai 2026 sera observée de près par les marchés et les partenaires internationaux. Après un mandat marqué par des réformes controversées et une polarisation accrue, la succession de Gustavo Petro cristallise les tensions.
Les premiers sondages placent en tête le sénateur de gauche Ivan Cepeda, devant l’avocat conservateur Abelardo de la Espriella et l’ancien gouverneur Sergio Fajardo. Toutefois, l’entrée en lice attendue de la droite traditionnelle, sous l’égide du Centre démocratique fondé par l’ancien chef d’Etat Alvaro Uribe, pourrait rebattre les cartes.
Le scrutin législatif du 8 mars, préalable à la présidentielle, constituera un baromètre essentiel pour mesurer l’évolution du rapport de forces idéologique. Dans un contexte où la Colombie affiche de solides performances macroéconomiques au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’enjeu portera autant sur la stabilité institutionnelle que sur la continuité des politiques économiques.
Dernier grand rendez-vous électoral de l’année, le scrutin brésilien du 4 octobre 2026 s’annonce comme un affrontement à haute intensité politique. Le président Luiz Inacio Lula da Silva brigue un nouveau mandat dans un contexte international tendu et de polarisation interne persistante.
Fait inédit, l’ancien président Jair Bolsonaro, actuellement incarcéré, a apporté son soutien à la candidature de son fils Flavio Bolsonaro, écartant celle du gouverneur de Sao Paulo, Tarcisio de Freitas, pourtant perçu comme plus rassurant par les milieux économiques.
Ce choix fragilise le camp conservateur et renforce la dynamique de Lula, dont la popularité bénéficie notamment des tensions commerciales avec les États-Unis.
Selon un sondage DataFolha, Lula s’imposerait avec une avance confortable. Toutefois, un second tour, prévu le 25 octobre en cas d’absence de majorité absolue, pourrait raviver les fractures sociales et institutionnelles.
Au-delà des résultats des scrutins, ces trois élections pèseront lourdement sur l’orientation idéologique de l’Amérique du Sud. Elles détermineront la capacité des gouvernements à coopérer sur les dossiers stratégiques, tels que la sécurité, le commerce, l’énergie et l’intégration régionale, dans un contexte mondial marqué par les rivalités géopolitiques et les transitions économiques.
L’année 2026 pourrait ainsi consacrer soit une stabilisation conservatrice, soit un retour des progressistes sur le devant de la scène, mais surtout confirmer une constante régionale, à savoir la fragilité des majorités politiques et la difficulté à gouverner durablement dans des sociétés profondément polarisées.

