Nucléaire contre normalisation : le nouveau levier de Washington après l’échec des F-35
Après avoir déjà tenté de conditionner la vente de F-35 à une normalisation avec Israël, sans succès, Washington relance la pression sur Riyad avec l’accord nucléaire civil.
Un accord nucléaire annoncé, puis conditionné
Le président Donald Trump a affirmé jeudi que l’approbation de l’accord de coopération nucléaire civile conclu entre les États-Unis et l’Arabie saoudite dépendrait de l’adhésion du royaume aux accords d’Abraham et, par conséquent, d’une normalisation de ses relations avec Israël. « L’accord sur le nucléaire civil (…) sera approuvé, mais il est entièrement conditionné à l’adhésion de l’Arabie saoudite aux très respectés et fructueux accords d’Abraham », a affirmé le président américain sur Truth Social.
Un premier levier déjà tenté avec les F-35, resté sans effet
Ce n’est pas la première fois que Washington tente de lier un dossier militaire sensible à la normalisation saoudienne. Lors de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à Washington en novembre 2025, Donald Trump avait annoncé la conclusion d’un accord portant sur la vente de chasseurs F-35 à l’Arabie saoudite, qui deviendrait ainsi le premier pays arabe à intégrer ce programme. Des responsables israéliens avaient alors demandé à l’administration américaine de subordonner cette vente à une normalisation des relations entre Riyad et Tel-Aviv, jugeant qu’agir autrement serait « contre-productif ». Malgré cette pression et malgré l’enthousiasme affiché par Donald Trump, qui assurait vouloir conclure « un accord » incluant l’achat de F-35, l’Arabie saoudite a maintenu sa position : pas de normalisation sans « feuille de route irréversible » vers la création d’un État palestinien. Le dossier F-35 reste à ce jour non finalisé, se heurtant notamment aux réserves du Congrès américain sur le transfert de cette technologie sensible.
Un deuxième levier avec le nucléaire civil
Faute d’avoir obtenu gain de cause avec les avions de combat, Washington mise désormais sur la coopération nucléaire civile, un dossier tout aussi stratégique pour Riyad, comme nouveau moyen de pression. L’accord, connu sous le nom d' »accord 123″, doit permettre au royaume de construire des réacteurs nucléaires avec la technologie américaine, sans pour autant autoriser l’enrichissement d’uranium sur son sol. Il doit encore recevoir l’aval du Congrès et prévoit un partenariat de plusieurs décennies impliquant des entreprises américaines.
Riyad tiendra-t-elle sa position sur l’État palestinien ?
Reste à savoir si l’Arabie saoudite maintiendra, face à ce nouveau levier, la ligne rouge qu’elle a opposée jusqu’ici à Washington sur la question palestinienne. Depuis le début de la guerre à Gaza, Riyad a constamment rejeté toute normalisation sans progrès tangible vers un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale, une position réaffirmée à plusieurs reprises malgré les sollicitations directes de Donald Trump auprès de Mohammed ben Salmane. Rien n’indique à ce stade que le royaume soit disposé à assouplir cette exigence en échange de la coopération nucléaire, mais l’enjeu économique et stratégique de l’accord, susceptible de générer des milliards de dollars et de renforcer la position de Riyad face à l’Iran, pourrait peser différemment dans les calculs saoudiens que ne l’avait fait le seul dossier des F-35.
Israël salue un « bond historique » pour la paix régionale
Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a salué la perspective d’une adhésion saoudienne aux accords d’Abraham, la qualifiant de « bond historique pour la paix » au Moyen-Orient, sans faire mention de l’accord nucléaire lui-même. L’Arabie saoudite n’a pas réagi officiellement dans l’immédiat à la déclaration de Donald Trump.
