Groenland: von der Leyen à Nuuk pour réaffirmer le soutien de l’UE face à Trump
La présidente de la Commission européenne a entamé une visite de deux jours au Groenland pour réaffirmer le soutien de l’UE au territoire autonome danois, convoité par les Etats-Unis depuis le début de l’année.
Une visite pour réaffirmer le soutien européen
Réafficher son soutien, sept mois après le pire de la crise: la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a entamé dimanche une visite au Groenland, immense île arctique convoitée par Donald Trump. La cheffe de l’exécutif européen a atterri sous un soleil éclatant à Nuuk, la capitale de ce territoire autonome danois où elle s’apprête à passer deux jours. Au programme: une visite en bateau au milieu d’icebergs, une série de rendez-vous avec le chef du gouvernement groenlandais et la Première ministre danoise, et la signature d’une déclaration commune entre l’UE et le Groenland. « Nous sommes une famille », a-t-elle déclaré à sa descente de l’avion.
Un message: exister « avec l’Europe » plutôt qu’avec les Etats-Unis
Von der Leyen fera passer, tout au long du déplacement, un même message: ce territoire doit exister avec l’Europe plutôt qu’avec les Etats-Unis. « Ce qui se passe dans l’Arctique affecte directement le reste de l’Europe, et un partenariat fort avec le Groenland est crucial pour notre position dans la région », a souligné le commissaire européen Josef Sikela, également du voyage.
Une crise déclenchée par les velléités de Trump
Les velléités de Donald Trump à l’égard du Groenland ont provoqué une crise majeure en début d’année. Médusés, les Européens ont vu leur allié de toujours, sur qui ils comptent pour leur sécurité, commencer à les menacer. Au plus fort de la crise, le président américain avait même évoqué la possibilité « d’utiliser la force » pour s’emparer du territoire de 57.000 habitants, semant l’inquiétude au sein de l’UE et de l’Otan. La tension n’est retombée que grâce à l’élaboration d’un groupe de travail Danemark/Groenland/Etats-Unis cherchant une sortie durable à la situation.
200 millions d’euros annoncés à Nuuk
Sept mois sont depuis passés, mais les Européens n’ont pas cessé leurs messages de solidarité à l’égard du Groenland et du Danemark, bien conscients que ces menaces pourraient à tout moment ressurgir. Ils assortissent ces déclarations de promesses d’investissements: la présidente de la Commission européenne devrait annoncer durant sa visite une nouvelle enveloppe de 200 millions d’euros pour le Groenland, portant notamment sur les matières premières critiques et les infrastructures numériques. Celle-ci coïncide avec le début de l’exercice Arctic Shield, qui réunit des soldats de dix pays de l’Otan, « une concomitance qui n’est pas négligeable », selon Mikaa Blugeon-Mered, chercheur en géopolitique à l’Université du Québec.
Une pression américaine toujours présente
Le signal est d’autant plus important que, si la pression américaine s’est faite plus discrète après la visite en mai de l’émissaire spécial de Donald Trump pour le Groenland, Jeff Landry, elle n’a pas pour autant disparu. « On a eu tous les mois des cartes postales de Trump ou de ses proches sur le Groenland qui montrent qu’ils n’ont pas oublié », rappelle M. Blugeon-Mered. En août, la médiatisation des préparatifs d’une compagnie pétrolière américaine dans une région isolée de l’est de l’île a ravivé les inquiétudes. Le projet, opéré par une entreprise texane sur la base de licences délivrées avant un moratoire de 2021 sur l’exploration et l’extraction d’hydrocarbures, met mal à l’aise les riverains et les autorités, qui, arguant de raisons procédurales, n’ont pas donné de feu vert à un premier forage exploratoire.
Bruxelles veut diversifier l’accès aux matières premières critiques
Très dépendante économiquement du Danemark et de son secteur de la pêche, Nuuk peine actuellement à développer les industries extractives qui pourraient contribuer à son émancipation. Aujourd’hui, quelque 135 permis miniers sont détenus par plus de soixante entreprises, mais seules deux mines sont en activité. C’est là que l’UE veut jouer un rôle en mettant la main au porte-feuille. Bruxelles espère que ces promesses d’investissements permettront à la fois de nouer une relation de confiance avec le Groenland et de diversifier l’accès européen aux matières premières critiques, jusqu’ici très lié à la Chine. Elle souhaite en parallèle encourager le développement de projets de tourisme durable et de connectivité du territoire.
Une réunion biannuelle du royaume danois
Outre le chef du gouvernement groenlandais Jens-Frederik Nielsen et la Première ministre danoise Mette Frederiksen, Mme von der Leyen rencontrera le chef du gouvernement féringien Beinir Johannesen. Danemark, îles Féroé et Groenland tiennent lundi et mardi à Nuuk leur réunion biannuelle sur les relations au sein du royaume du Danemark, dont ils sont les trois entités constitutives.
