IA et médias au Maroc : de l’alerte de la HACA à la stratégie Digital Morocco 2030

L’intelligence artificielle n’occupe plus une place périphérique dans l’action publique marocaine. Les documents institutionnels publiés entre 2024 et 2026 montrent qu’elle s’inscrit désormais dans une séquence structurée, où se croisent diagnostic sectoriel, impulsion stratégique, encadrement des données et projection continentale. Dans ce cadre, les médias et l’audiovisuel apparaissent comme l’un des terrains les plus directement exposés aux effets de cette mutation.

L’alerte sectorielle de la HACA

L’un des apports les plus significatifs de cette séquence est venu de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle. La HACA a publié une étude intitulée « Intelligence artificielle et production audiovisuelle et numérique au Maroc », présentée publiquement en mars 2024. La présentation officielle indique notamment que 67 % des professionnels interrogés estiment que la préparation du secteur est faible et que l’étude recommande la mise en place d’une « boussole éthique » pour encadrer l’innovation. La HACA rattache ce travail à un groupe présidé par Mme Narjis Rerhaye.

Le fait vérifié est donc clair : l’institution de régulation audiovisuelle a formalisé un diagnostic public sur les effets de l’IA dans les secteurs audiovisuel et numérique. La lecture analytique que l’on peut en tirer est la suivante : dans le champ médiatique marocain, le débat sur l’IA ne relève plus seulement de la promesse technologique ; il touche déjà à la formation, à la responsabilité éditoriale et à l’encadrement éthique.

Le moment d’impulsion publique

Cette alerte sectorielle a trouvé un prolongement institutionnel avec les premières Assises nationales de l’intelligence artificielle, organisées à Rabat les 1er et 2 juillet 2025. Le ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration a ensuite publié, le 29 septembre 2025, un Rapport de synthèse des Assises nationales de l’intelligence artificielle. La page officielle du ministère confirme cette date et la mise à disposition du rapport en plusieurs langues.

Les documents officiels du ministère montrent aussi que le périmètre retenu dépasse les seuls usages techniques : infrastructures, administration, éducation, agriculture, industrie, santé, sécurité, culture, médias et coopération internationale font partie du cadrage public présenté autour de cette séquence. Le fait vérifié est donc double : les Assises ont bien eu lieu, et un rapport de synthèse a bien été publié. La lecture analytique la plus solide est que l’IA est désormais traitée par les pouvoirs publics marocains comme un sujet transversal de transformation.

Le cadre de référence : Digital Morocco 2030

Cette séquence s’inscrit dans un cadre plus large de transformation numérique. Le ministère présente officiellement la stratégie Digital Morocco 2030 comme la feuille de route nationale en matière de transformation digitale. Dans le présent texte, il est donc plus rigoureux d’utiliser cette appellation officielle.

Le fait vérifié est l’existence d’une stratégie nationale formalisée par le ministère. La lecture analytique permise par cette source est que les travaux engagés sur l’IA s’insèrent dans une architecture plus large de modernisation numérique de l’État et de l’économie.

Les piliers de mise en œuvre : ADD et CNDP

Dans cette architecture, l’Agence de Développement du Digital intervient comme un instrument de déploiement et d’accompagnement. Sa Note d’orientations générales pour le développement du digital au Maroc constitue un document-cadre de l’action publique numérique sur plusieurs années. Sur la base de cette source, l’ADD peut être décrite avec précision comme un opérateur de coordination et d’appui à l’exécution.

Le second pilier est celui de la protection des données. La CNDP a ouvert un dossier public consacré à « IA et protection des données à caractère personnel ». Ce dossier indique qu’à partir du 18 mars 2025, la Commission a lancé des auditions avec des acteurs institutionnels, professionnels, politiques et experts afin de recueillir leurs avis. Le communiqué PDF publié le même jour précise que lorsque les traitements d’intelligence artificielle utilisent des données à caractère personnel, ils sont encadrés par la loi 09-08.

Le fait vérifié est donc que la CNDP a formellement ouvert un chantier sur l’interface entre IA et données personnelles. La lecture analytique que l’on peut en tirer est que le débat marocain sur l’IA est déjà relié, dans les sources officielles, à la confiance, à la conformité juridique et à la responsabilité publique.

Marrakech comme point de convergence continental

La dimension africaine de cette séquence est portée par GITEX Africa Morocco 2026, annoncé à Marrakech du 7 au 9 avril 2026. Le site officiel de l’événement met explicitement en avant un Africa AI Governance Forum, présenté comme un sommet consacré aux cadres responsables, à la préparation des compétences et à l’avenir économique d’un monde propulsé par l’IA. Il met aussi en avant The Connected Future Summit, présenté comme un forum stratégique réunissant gouvernements, investisseurs et responsables technologiques autour de la construction d’écosystèmes numériques souverains, évolutifs et finançables en Afrique.

Le constat factuel est donc clair : Marrakech doit accueillir, dans ce cadre, un espace continental où la gouvernance de l’IA figure explicitement dans l’agenda officiel. La lecture analytique que l’on peut en tirer, sans surinterprétation, est que politique publique nationale et visibilité africaine commencent à se rejoindre dans la séquence numérique marocaine.

La séquence ouverte entre l’étude de la HACA, les Assises nationales de l’IA, la stratégie Digital Morocco 2030, les travaux de la CNDP, la feuille de route de l’ADD et l’accueil de GITEX Africa 2026 dessine un fait désormais documenté : l’intelligence artificielle est entrée dans l’agenda institutionnel marocain à plusieurs niveaux à la fois. Les médias y occupent une place particulière, parce qu’ils concentrent à la fois les enjeux de création, de formation, de régulation, de confiance et de responsabilité.

La question qui s’ouvre désormais n’est donc plus celle de la simple découverte de l’IA. Elle est celle de la capacité à transformer cette séquence en résultats durables, en compétences réelles et en cadre crédible pour les secteurs les plus exposés, au premier rang desquels figure l’audiovisuel.

Ressources documentaires
HACA, « Intelligence artificielle et production audiovisuelle et numérique au Maroc », présentation officielle de l’étude.
Ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Rapport de synthèse des Assises nationales de l’intelligence artificielle, publié le 29 septembre 2025.
CNDP, dossier IA et protection des données à caractère personnel et communiqué du 18 mars 2025.
GITEX Africa Morocco, pages officielles 2026 sur l’événement et ses forums liés à l’IA.

 

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