Macron/Le Pen, un remake douloureux !

Dés l’annonce des résultats de ce premier tour de la présidentielle française, une petite musique, d’abord comme un murmure avant de se transformer en spectaculaire affirmation, a commencé à s’installer. Aucune voix à gauche et dans une grande partie de la droite ne doit bénéficier à Marine Le Pen. La dynamique du Front républicain est en marche.

Cette clarification des choix politiques se contredit ouvertement avec l’incertitude des uns et des autres de ne pas s’engager à  ériger un barrage contre l’extrême droite dès le début de cette campagne. Les raisons résident dans le maintien des certitudes de se qualifier au second tour. Annoncer la couleur et rejoindre le Front républicain dès le départ de la course équivaut à enterrer ses chances de réaliser moindre performance.

Aujourd’hui alors que la photo politique du second tour et de ses enjeux est limpide, il n’y a aucune place à l’hésitation et au clair obscur. Il s’agit de barrer le chemin à l’extrême droite et de l’empêcher de s’emparer de l’Élysée.

En comparaison de 2017, la mission du Front républicain paraît plus compliquée. Marine Le Pen qui était le diable incarné a procédé avec un certain succès à une grande opération de lifting politique.

Son image s’est adoucie. Son verbe s’est arrondi. Sa démarche s’est assagie. Elle a beaucoup travaillé sur sa communication pour ne plus effrayer et choquer. Il faut dire qu’elle a énormément été aidée par le polémiste Éric Zemmour dont les prises de position tranchées et radicales ont fait apparaître Marine Le Pen comme une personnalité modérée et  fréquentable.

C’est la grande difficulté pour Emmanuel Macron d’ici le 24 avril. Comment retrouver ces intonations politiques qui fixent Marine Le Pen dans sa véritable identité politique ? Celle d’une extrémiste, raciste et xénophobe, portant un projet de grandes ruptures qui menacent la paix sociale et civile.

Il s’agit aussi de dévoiler son imposture sur ses propositions de protéger le pouvoir d’achat des Français. Ce thème a déjà été traité par Emmanuel Macron lorsqu’il a accusé Marine Le Pen de vouloir raser gratis, de faire des propositions fantaisistes non financées et de promettre monts et merveilles sans aucun sens de la responsabilité.

Il faut prévoir que les deux candidats vont croiser le fer sur le pouvoir d’achat, la grande préoccupation du moment .Sur ce terrain, Emmanuel Macron a des longueurs d’avance. Sa technicité affirmée, sa maîtrise des dossiers, son talent d’orateur et de débatteur feront mouche face à Marine Le Pen à qui on reproche de ne pas maîtriser ses dossiers .

Porté par un Front républicain qui ne dira sans doute pas son nom, Emmanuel Macron aura pour mission non seulement de battre Marine Le Pen mais de montrer que son projet politique et ses idées sont dangereux pour la France. En ligne de mire les prochains élections législatives et la nécessité de disposer d’une majorité pour gouverner un pays dont les clivages sont tels qu’il lui faut imaginer  de nouvelles alliances et d’innovantes coalitions .

Emmanuel Macron devra gérer un pays où les “héritiers” du général De Gaule ne parvient même pas à atteindre les 5% pour se faire rembourser les frais de campagne, où le le Parti socialiste, avec sa candidate Anne Hidalgo, peine à atteindre les 2%  bien derrière le candidat de la ruralité Jean Lassale, et où le candidat de la France insoumise Jean Luc Mélenchon a raté de quelques miettes la seconde place.

Si un second mandat paraît à portée de main, Emmanuel Macron devra composer avec un pays profondément divisé entre un centre droit assumé et des extrêmes, de gauche comme de droite déterminés à imposer leurs agendas par tous les moyens, y compris celui de recourir à la contestation de rue.

Toute proportion gardée, la France d’aujourd’hui a un air de famille avec l’Amérique qu’a légué le républicain populiste Donald Trump au démocrate Joe Biden. Un pays lourdement clivé, prompt à s’enflammer à n’importe quelle occasion et dont les composantes sociales et communautaires se regardent en chiens de faïence. Tout indique que le second mandat d’Emmanuel Macron, une fois Marine Le Pen battue, ne sera ni une promenade de santé ni un long fleuve tranquille .

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