Le Premier ministre et chef de la diplomatie qatarie se rend à Téhéran ce jeudi
Le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, se rend ce jeudi à Téhéran pour tenter de relancer la diplomatie entre les États-Unis et l’Iran, malgré les attaques iraniennes ayant visé son propre pays depuis le début du conflit.
Une première visite en Iran depuis le début de la guerre
Le Premier ministre qatari, qui occupe également le poste de ministre des Affaires étrangères, cheikh Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, doit se rendre ce jeudi à Téhéran pour des entretiens consacrés à la désescalade des tensions et à la relance du dialogue entre l’Iran et les États-Unis. Il s’agit de son premier déplacement en Iran depuis le début de la guerre, le 28 février. Un porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, a annoncé ce déplacement mercredi.
Le Qatar lui-même visé par l’Iran depuis le début du conflit
Cette visite intervient pourtant alors que le Qatar a lui-même été directement pris pour cible par des attaques iraniennes répétées depuis février. Dès le 2 mars, un drone iranien avait contraint la compagnie énergétique publique QatarEnergy à suspendre toute sa production de gaz naturel liquéfié sur le site de Ras Laffan. Le 4 mars, un missile balistique iranien avait frappé la base d’Al-Udeid, la plus importante installation militaire américaine de la région, poussant les autorités qataries à évacuer par précaution les habitants proches de l’ambassade américaine à Doha dès le lendemain. Les forces armées qataries avaient également revendiqué l’interception de deux avions de chasse iraniens Su-24 au-dessus du Golfe persique début mars, ainsi que l’interception de neuf drones supplémentaires début mars, un dixième ayant frappé une zone inhabitée. Dix personnes avaient par ailleurs été arrêtées début mars, soupçonnées d’espionnage pour le compte de l’Iran. Malgré ce passif, Doha et Téhéran entretenaient des relations cordiales avant le conflit et partagent le plus grand gisement gazier au monde, connu sous le nom de North Field côté qatari et South Pars côté iranien.
Le détroit d’Ormuz au centre des discussions
Selon le ministère qatari, le cheikh Mohammed doit évoquer avec les responsables iraniens la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz et la nécessité qu’elle « retrouve le statu quo antérieur » au 28 février. Le porte-parole iranien Esmail Baghaei a confirmé cette visite, précisant qu’elle porterait sur les relations bilatérales et « la poursuite des efforts et initiatives de médiation du Qatar », ainsi que sur d’autres développements régionaux.
Une médiation qatarie déjà éprouvée
Le Qatar, voisin de l’Iran dans le Golfe et allié des États-Unis, sert de canal de médiation discret entre les deux belligérants depuis le début du conflit, et avait joué un rôle déterminant dans l’obtention du cessez-le-feu de juin, qui avait brièvement suspendu les hostilités. Cette visite intervient après l’échec du protocole d’accord conclu en juin, en partie en raison de désaccords persistants sur ce couloir maritime par lequel transitait, avant la guerre, un cinquième des approvisionnements pétroliers mondiaux.
Une séquence diplomatique régionale intense
Le déplacement du chef du gouvernement qatari s’inscrit dans une séquence de visites rapprochées à Téhéran : le ministre omanais des Affaires étrangères, Badr Albusaidi, avait rencontré son homologue iranien Abbas Araghchi mardi, débouchant sur un accord évoqué autour d’un couloir de navigation temporaire et d’un projet conjoint de déminage du détroit d’Ormuz, que Téhéran a toutefois qualifié de toujours « militairement fermé ». Le chef d’état-major pakistanais, Asim Munir, s’était également rendu à Téhéran plus tôt dans la semaine, les autorités pakistanaises évoquant des « progrès significatifs » dans leurs discussions. Cette activité diplomatique intervient alors que Washington vient d’annoncer un élargissement de ses sanctions contre l’Iran, baptisé « Opération paria économique », que Téhéran a promis de contrer.
