Chloroquine, masques, tests : le débat qui rend fou en France

Pénurie de masques et de tests de dépistage, chloroquine ou pas, font l’objet à longueur de journées des sujets les plus débattus sur les chaines d’information en continu. Et pour cause ! Depuis le début de la crise sanitaire, le gouvernement semble naviguer à vue, entre annonces démenties dans la journée et opérations de communication ratées, nourrissant les procès en incompétence et en amateurisme.

Le débat sur l’utilisation ou pas de la chloroquine a atteint des sommités de propos contradictoires et de lynchage entre experts La France ne sait plus à quel saint se vouer sur ce traitement que le virologue français Didier Raoult ne cesse d’en vanter les mérites et l’efficacité.

Après avoir annoncé le 26 mars la publication d’un décret au Journal officiel (JO), autorisant la prescription de chloroquine aux malades du Covid-19 dans les établissements de santé, le gouvernement fait volte-face le 27 mars et précise que le médicament ne sera réservé qu’aux cas graves et après décision collégiale.

Le ministre français de la Santé Olivier Véran a dit baser sa décision « sur les recommandations des sociétés savantes » qui « ont été sept à dire que les données cliniques et biologiques dont nous disposions étaient bien trop insuffisantes pour prendre le risque de prescrire le traitement (autrement) que dans ces conditions ».

Cette prudence cache aussi le fait que cette « molécule miracle » préconisée par le professeur Raoult est en rupture de stock dans, même pour les malades chroniques habituels.

Qu’en est-il ailleurs ? Aux Etats-Unis, le régulateur du médicament aux États-Unis (Food and Drug Administration, FDA) a autorisé, le dimanche 29 mars 2020, la prescription de la chloroquine pour les patients atteints du coronavirus mais uniquement à l’hôpital.

Le président américain avait vanté le 24 mars les mérites de ce médicament. « Il y a de bonnes chances que cela puisse avoir un énorme impact. Ce serait un don du ciel si ça marchait », avait-il déclaré.

quant au Royaume du Maroc qui a développé une stratégie bien à lui dans la gestion de cette crise sanitaire planétaire, il s’est fié dès le départ au jugement de ses spécialistes et scientifiques qui se sont accordés sur la pertinence du recours à une molécule ayant fait ses preuves notamment en Chine.

Le ministère marocain de la Santé a engagé un débat serein et responsable. A l’issue de ce débat, la commission scientifique et technique a tranché et validé le recours à la chloroquine en milieu hospitalier.

En France, le débat sur ce traitement s’est transformé en foire d’empoigne poigne autour de la personnalité de son défenseur, l’antinomiste Pr Didier Raoult :  experts parisiens contre le médecin marseillais. On dirait un match PSG Vs OM, alors que l’urgence sanitaire imposait la sérénité et l’écoute des arguments des uns et des autres.

 

Pénurie de masques et de tests

Depuis le début de l’épidémie, le gouvernement n’a cessé de marteler que le port généralisé du masque dans la population n’est pas « l’alpha et l’oméga » de la lutte contre le Covid-19, et qu’il « ne sert à rien » d’en porter quand on n’est pas soignant. « Je ne sais pas utiliser un masque, ce sont des gestes techniques [sic] », affirmait quelques jours plus tôt la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye pour justifier l’absence de masques. Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, l’a aussi répété : « Il est inutile de porter un masque si l’on n’est pas malade », notamment car celui-ci peut provoquer « un faux sentiment de sécurité ». Il a fallu deux mois (fin janvier-fin mars) pour que reconnaissent un manque flagrant de stocks.

Claude Got, professeure de médecine, et de Catherine Hill, épidémiologiste, ont réagi dans une tribune accusatrice sur « Le Parisien » : « Faute de disposer d’un nombre suffisant de masques, la position du gouvernement et de la direction générale de la santé a été de dire qu’ils ne servaient à rien en dehors de l’équipement des personnels hospitaliers. Ceci est faux. Ils protègent doublement : ils évitent à ceux qui sont porteurs du virus (souvent sans le savoir) de le transmettre et évitent à ceux qui ne le sont pas de le récupérer. Les pays du sud-est asiatique arrivent à maîtriser l’épidémie sans confinement et le port généralisé du masque est un des éléments de leur stratégie. »

Quant aux tests, le dépistage sélectif, ciblant les malades atteints de symptômes, a d’abord été un choix assumé du gouvernement. Avec des effets délétères : un nombre de cas Covid-19 sous-évalué et une mortalité plus élevée qu’ailleurs. En Allemagne, le taux de létalité du virus est de 0,5 % contre 5,2 % en France. « On a vu des dizaines de patients tous les jours sans savoir si on était contaminant, ce qui a créé des clusters de contamination », déplore un médecin hospitalier positif au Covid-19.

Sous la pression de l’OMS, le gouvernement a changé de pied. Le 24 mars, le ministre de la Santé, Olivier Véran, assurait que la France allait « démultiplier le nombre de tests sur le territoire ». Samedi, il l’a répété. De 10 000 tests par jour, la France devrait atteindre 30 000 tests quotidiens d’ici au 6 avril. « Nous sommes dans le désespoir, alarme François Blanchecotte, président national du Syndicat des biologistes. L’histoire des masques se répète. On ne peut pas tester comme il le faudrait. On manque de tout, on est à poil. »

Dans une « opérations de transparence », le Premier ministre Édouard Philippe a tenu samedi 28 mars une conférence de presse pour faire le point sur la stratégie gouvernementale contre l’épidémie. «Je veux parler clair», a promis le Premier ministre sans parvenir à éteindre les critiques du personnel soignant ou des oppositions.

Édouard Philippe assure qu’il «ne cherche pas à justifier l’action du gouvernement» pour l’instant. «Le moment venu, nous tirerons les leçons de la crise. Le premier ministre que je suis répondra à toutes les questions. Je ne suis pas de ceux qui se défaussent de leurs responsabilités», a-t-il martelé. Et de fustiger ceux qui «donnent des leçons et formulent des critiques a posteriori» : «je leur laisse ce luxe».

 

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