Sur les bancs du lycée Maimonide à Casablanca, les élèves juifs et musulmans s’imprègnent du vivre ensemble

Alors que la décision d’intégrer la culture juive dans le cursus éducatif au titre de la rentrée scolaire 2020-2021, est accueillie comme un progrès inédit, au lycée Maimonide elle est monnaie courante. Sur les bancs de cet établissement scolaire situé à Casablanca, des élèves juifs et musulmans cohabitent et prônent le vivre ensemble depuis plus de 60 ans.

Au sein de cette structure créée en 1950, les élèves apprennent l’hébreu et l’arabe, c’est ce qui le rend unique. Aujourd’hui, environ 90% de son effectif sont des Marocains musulmans.

Une cohabitation dans le cadre de laquelle les enfants israélites et musulmans étudient côte à côte et se retrouvent ensemble dans la cour de récréation et en dehors, jusqu’à dans les familles, où ils leurs arrivent de célébrer aussi bien les fêtes religieuses juives que musulmanes.

Ce fait n’est pas exceptionnel, car le Maroc a toujours été pionnier dans la préservation de sa mémoire juive. Ainsi, la constitution de 2011 consacre dans son préambule la richesse et la diversité des composantes spirituelles et culturelles (y compris l’affluent hébraïque) qui forgent l’identité des Marocains.

Cette culture de tolérance et de cohabitation a été protégée et promue par les monarques de la dynastie Alaouites pendant des siècles.

L’intérêt accordé à la préservation et à la promotion de la composante hébraïque de l’identité nationale, dont le Roi Mohammed VI en a fait une priorité, à travers notamment la réhabilitation du patrimoine juif marocain, appelant à la restauration des synagogues, sanctuaires ainsi que des cimetières juifs à travers le Royaume.

Le lycée Maimonide fait partie du réseau de l’Alliance israélite universelle, appelée depuis l’indépendance du Maroc “Ittihad”, qui a créé une dizaine d’écoles au Maroc, la première à Tétouan en 1862, a indiqué le directeur de l’établissement, Simon Cohen, dans une interview accordée à la MAP.

Au début de sa création, quelque élèves marocains musulmans étaient admis, à un seuil qui oscillait entre 5% et 10%, a-t-il précisé.

Sur les bancs de ce lycée, on ne pense jamais à la différence et le respect et la tolérance se font sentir naturellement. Des valeurs qui reflètent la singularité de l’expérience du Royaume en matière de coexistence des religions et des cultures.

Pour M. Cohen, cette affluence de Marocains musulmans au lycée s’explique par les valeurs communes et partagées et les liens étroits ancrés qui les unissent avec leurs concitoyens juifs, qui vont au-delà du commerce, de l’industrie et de l’éducation, pour englober les plats partagés, tels que la Dafina, préparée le samedi ou encore les galettes.

“On retrouve certaines vertus chez les musulmans marocains comme la modestie, l’humilité et la chaleur humaine, qui n’a pas de prix, et que chaque Marocain dégage aussitôt qu’on le voit et qu’on lui parle”, a dit M. Cohen d’un air joyeux.

Ce sont ces valeurs qu’il faut enseigner et entretenir, a-t-il préconisé, ajoutant “je souhaiterais que cet établissement soit un exemple pour les autres établissements scolaires d’ici et d’ailleurs”.

Au-delà de la rigueur, de la qualité de la formation et des enseignants hautement qualifiés, qui sont la clé de la réussite des établissements scolaires, c’est l’esprit de famille qui règne dans cet établissement, où sont inscrits quelque 400 élèves.

Ces efforts, a décrit M. Cohen, sont une sorte de goutte dans l’océan, notant que “chacun parmi nous doit donner du sien et contribuer, même avec le peu de choses qu’il a, à la promotion de la connaissance mutuelle entre juifs et musulmans”.

Pour Ilyas El Houari et Laila Mourtaki, deux élèves en terminale, le lycée représente, pour eux, un espace d’apprentissage, mais aussi un lieu d’échange et de vivre-ensemble.

“L’expérience du Lycée et les valeurs qui nous ont été inculquées, telles que le respect de l’autre et la tolérance, forgerons nos personnalités dans l’avenir”, ont-ils affirmé.

En effet, l’exemplarité de l’établissement a fait écho et suscité l’admiration des uns et la curiosité des autres, ce qui a conduit plusieurs délégations à lui rendre visite, notamment celle du parlement arabe.

“J’avais reçu un groupe de parlementaires arabes et parmi eux il y avait leur représentant palestinien, qui n’a pas caché son admiration des valeurs ancrées au sein de cet établissement”, a relevé M. Cohen.

Ainsi, des décennies durant, le lycée a contribué à la pérennisation des bonnes relations entre les juifs et les musulmans, des relations de voisinage, de respect mutuel et de la tolérance.

“Une exemplarité qu’on trouve non seulement dans les grandes villes du Royaume, mais aussi dans les villages”, a insisté M. Cohen, formulant le souhait que ce vécu entre Marocains musulmans et israélites se maintient dans le temps.

Selon M. Cohen, l’établissement porte dignement le nom du philosophe et homme de loi Maimonide, qui a vécu au 12e siècle, dont les écrits sont en hébreu et en arabe. Chaque Marocain de confession juive porte en lui effectivement cette identité.

 

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