Sebta : « L’instrumentalisation tendancieuse de l’espace numérique » au cœur du bilan officiel du ministère de l’Intérieur

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Rachid El Khalfi, a attribué les événements survenus fin juillet aux points de passage vers Sebta et Melilia à une combinaison de désinformation numérique, de réseaux de traite et d’interprétations erronées de décisions judiciaires espagnoles.

Des événements jugés structurés, pas spontanés
À la suite des événements survenus récemment aux points de passage menant aux villes de Sebta et Melilia, le ministère de l’Intérieur souligne que les différentes données recueillies et analysées révèlent que ces événements ne sont pas dus à des facteurs conjoncturels ou spontanés, mais plutôt au résultat de l’interaction de plusieurs facteurs intriqués. Au premier rang de ces facteurs figure l’instrumentalisation tendancieuse de l’espace numérique et la diffusion d’informations trompeuses, relayées notamment par des réseaux de traite des êtres humains, qui ont entretenu l’illusion d’un accès facilité — et sans conséquences légales — à l’espace européen, ainsi que des interprétations erronées de certaines décisions judiciaires espagnoles.

Une traversée jugée trompeusement facile
Le porte-parole du ministère, Rachid El Khalfi, a précisé que ces décisions et leurs interprétations erronées ont nourri chez certains candidats la conviction qu’ils pouvaient éviter un renvoi immédiat, favorisant l’émergence de la traversée à la nage comme mode privilégié de tentative de passage irrégulier. Selon lui, la faible distance à parcourir, moins de 70 mètres, et une profondeur ne dépassant pas 2 mètres à certains endroits, ont nourri un sentiment trompeur de facilité, poussant certains participants à minimiser le degré de risque.

Un bilan chiffré présenté comme référence officielle
Le ministère avance des données statistiques précises, issues de dispositifs de surveillance et de suivi de terrain déployés au niveau des points de départ des candidats au passage irrégulier. Le nombre effectif des personnes impliquées s’élèverait ainsi à environ 40 000 individus en direction de Sebta, et près de 1 135 en direction de Melilia, ces derniers ayant tous été reconduits après être parvenus à rallier cette ville. Le département affirme que ce bilan, adossé à des mécanismes techniques homologués, constitue la référence à retenir, par contraste avec certains chiffres circulant sans fondement objectif ni source fiable. Selon Rachid El Khalfi, ces événements ont donné lieu, à ce stade, à un seul cas de décès accidentel, consécutif à la chute d’une zone rocheuse près de Sebta, outre le décès de dix personnes par noyade.

Une vérification en cours avec les autorités espagnoles
S’agissant des informations véhiculées au sujet d’autres cas de décès à Sebta, le porte-parole a indiqué que les autorités marocaines poursuivent, via les canaux de coopération et de coordination officiels avec leurs homologues espagnoles, les opérations de vérification de la véracité de ces données, ainsi que du nombre réel des personnes concernées, de leurs identités et de leurs nationalités.

Un rapport indépendant documente une campagne numérique, sans attribution étatique
Un rapport d’analyse de 70 pages, signé par l’analyste espagnol en sécurité et renseignement José María Gil Garre, codirecteur de l’International Security Observatory, et réalisé à la demande de plusieurs institutions espagnoles, documente une campagne numérique transnationale déployée sur TikTok, Facebook, Instagram, X, Discord et WhatsApp entre le 15 juin et le 2 août 2026.

L’étude établit, avec un niveau de confiance jugé élevé, l’existence d’une campagne de mobilisation coordonnée, ayant relayé des informations logistiques et des interprétations déformées de la décision du Tribunal suprême espagnol du 8 juillet. Le rapport identifie notamment deux groupes WhatsApp administrés depuis des numéros à indicatif algérien (+213) — l’un intitulé « Assaut pour le passage de Sebta », détecté dès le 28 juillet, l’autre baptisé « Hijma » et orienté vers Melilia, comptant environ 1 480 membres.

Les auteurs précisent toutefois explicitement que cet indicatif « ne permet pas de savoir qui administrait les comptes ni de démontrer une structure organisée derrière eux », et que le rapport « ne trouve pas d’éléments suffisants pour établir une chaîne de commandement unique » ni pour attribuer la campagne à un État, un service de renseignement ou une organisation précise, qu’il s’agisse du Maroc, de l’Algérie ou de tout autre acteur.

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