« Les Canaries ne deviendront jamais marocaines » : la sortie du président de l’UD Las Palmas passée au crible des faits

Le président du club de football UD Las Palmas, Miguel Ángel Ramírez, a affirmé que « les Canaries ne deviendront jamais marocaines », une déclaration qui, à l’examen des faits, ne repose sur aucune revendication marocaine avérée sur l’archipel.

Une déclaration sans objet
Le président du club de football UD Las Palmas, Miguel Ángel Ramírez, s’en est pris verbalement au Maroc en marge d’un déplacement à Sebta, affirmant : « Canarias es un territorio español; nosotros no queremos la independencia y queremos ser españoles. No queremos ser marroquíes » — « Les Canaries sont un territoire espagnol ; nous ne voulons pas l’indépendance et nous voulons être espagnols. Nous ne voulons pas être marocains. »

Une déclaration qui pose un problème simple et vérifiable : aucune source, aucun texte officiel, aucune déclaration d’un responsable marocain n’a jamais formulé de revendication sur l’archipel des Canaries, ni contesté la souveraineté espagnole sur ce territoire. Le différend territorial que le Maroc porte devant les instances internationales concerne exclusivement le Sahara marocain, dont la question est inscrite à l’agenda du Conseil de sécurité des Nations unies depuis des décennies — un dossier n’ayant strictement aucun rapport géographique ni juridique avec les Canaries.

Une rhétorique récurrente dans le débat espagnol
Cette sortie n’est pas isolée puisqu’elle s’inscrit dans une rhétorique régulièrement relayée en Espagne, qui présente le Maroc comme une menace extérieure porteuse d’un projet fantasmé d' »invasion » de l’archipel. Ce récit s’active de façon quasiment automatique à chaque épisode de tension migratoire ou diplomatique entre Rabat et Madrid, sans qu’aucun élément factuel ne vienne jamais l’étayer.

L’histoire du MPAIAC
L’histoire du nationalisme canarien contredit d’ailleurs frontalement ce récit. Le Mouvement pour l’autodétermination et l’indépendance de l’archipel des Canaries (MPAIAC), fondé en 1964 par l’avocat Antonio Cubillo, s’est développé en opposition à l’identité nationale espagnole avec un soutien extérieur venu non pas de Rabat, mais d’Alger : c’est en Algérie que le mouvement a établi son siège, c’est le gouvernement algérien qui lui a fourni un appui logistique et diplomatique, notamment via Radio Alger, et c’est sous influence algérienne que l’Organisation de l’unité africaine a reconnu en 1968 le droit à l’autodétermination de l’archipel.

Les attaques du Polisario contre les Canariens, un silence assourdissant
De la même façon, les attaques armées menées par le Front Polisario contre des pêcheurs et travailleurs espagnols, majoritairement canariens, entre les années 1970 et 1980, sont documentées par des sources concordantes : entre 1973 et 1986, l’Association canarienne des victimes du terrorisme (Acavite) recense près de 300 Espagnols assassinés, blessés ou enlevés, dont le ministère espagnol de l’Intérieur a officiellement reconnu 130 comme victimes du terrorisme. Des navires comme le Cruz del Mar ou El Junquito ont été mitraillés en haute mer, leurs équipages tués ou séquestrés à Tindouf.

Naturellement, le Front Polisario n’a jamais présenté ses excuses pour ces crimes. Or ce sont précisément les héritiers politiques et médiatiques de ces victimes qui, aujourd’hui, défendent le Polisario, dans un renversement dont la cohérence intellectuelle reste encore à démontrer.

Un bouc émissaire commode
On mesure alors ce qu’il y a réellement derrière ce type de déclaration : moins un grief tangible qu’une fonction politique. Faire du Maroc un épouvantail permet de réactiver de vieux réflexes identitaires, de jouer sur la peur diffuse d’une « invasion maure » qui n’a jamais existé que dans l’imaginaire, et, ce faisant, de resouder un nationalisme espagnol fragilisé par ses propres tensions régionalistes et indépendantistes. C’est un mécanisme classique que d’inventer une menace extérieure pour faire taire une question intérieure et en l’occurence, le Maroc lui, n’est qu’un prétexte, à défaut d’être un acteur.

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