Pandémie du coronavirus: les maisons de retraite ou “la tragédie silencieuse”

La pandémie du coronavirus a engendré près de 200.000 morts et plus de 2 millions de victimes à travers le monde. Des chiffres qui appellent des explications et des enseignements, que ce soit sur les plans politique, économique, social ou sanitaire.

Nous assistons à un retour en force des professionnels de la santé – personnel soignant, médecins et scientifiques de laboratoires- au-devant de la scène en tant qu’acteurs à part entière et influenceurs, que ce soit sur les décisions politiques actuelles ou dans le futur au niveau des politiques publiques. Toutes les décisions des politiques dans le monde sont alors justifiées sur la base des rapports médicaux ou prises sur la base de recherches scientifiques promettant un nouveau vaccin dans les différents laboratoires…

En toute certitude, l’humanité gagnera la bataille contre le coronavirus comme elle a pu surmonter d’autres maladies contagieuses et d’autres pandémies au fil de l’histoire. Même si l’histoire de l’humanité a pu témoigner de plusieurs remarques et plusieurs failles dans les guerres, conflits et pandémies précédents, ce qui avait engendré des pertes humaines et des blessés.

La solidarité inconditionnelle, l’engagement collectif et la détermination des populations à endiguer la propagation du virus à travers le monde sont, certes, ce qu’il y a de plus impressionnant durant cette épreuve… les générations futures pourront admirer les images de toutes ces initiatives sociales, du défi de taille qui sera relevé et du respect des règles du confinement sanitaire face à un virus des plus dangereux… les images d’encouragements des agents du pouvoir et des ambulanciers resteront éternelles, ainsi que les images des chants des hymnes nationaux dans les balcons et les images de l’aide internationale en équipements médicaux, masques et cadres de la santé.

Mais au revers de toutes ces nobles et éloquentes illustrations, nous avons vécu une profonde tristesse face aux images et rapports sur les décès des personnes âgées dans des pays occidentaux qui, avant l’emprise du coronavirus, se prévalaient de défendre les animaux, les plantes, l’écologie ou les énergies renouvelables…

Quel choc de compter par milliers les pertes humaines causées par le coronavirus… des vies livrées à elles-mêmes dans des maisons de retraite et des Ehpad… des personnes âgées à qui on a ôté la vie pour la donner à des plus jeunes… ces faits réels et historiques en Italie, en Espagne, en Grande-Bretagne, en France, etc., sont derrière les chiffres alarmants déclarés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour alerter sur le danger qui s’éprend des habitants des maisons de retraite (personnes âgées, à besoins spécifiques, atteints de maladies chroniques…)…

Quelques plumes occidentales décrivent cette situation comme une « catastrophe silencieuse », des maisons de retraite devenues pendant cette pandémies comme des « îles » isolées des sociétés car, même s’ils sont relatifs et ne reflètent pas toute la réalité, les chiffres déclarés sont catastrophiques.

Les maisons de retraite sont devenues le maillon faible de cette guerre contre le coronavirus. Dans son dernier discours de Pâques, le Président français Emmanuel Macron appelle alors à une nouvelle organisation des Ehpad et maisons de retraite qui puisse permettre aux patients en fin de vie de dire adieu à leurs proches, car jusqu’au 15 avril, 49,5% des décès du virus sont des habitants de maisons de retraite en France. Une proportion à peine moins importante qu’en Irlande, 55,2 % selon les statistiques du 13 avril dernier… des chiffres alarmants ont également été enregistrés en Suède, au Canada et en Belgique.

« Une tragédie humaine inimaginable » selon le directeur Europe de l’OMS, Hans Kluge, qui a appelé à repenser et adapter le fonctionnement des établissements pour séniors, affirmant que les personnes qui y travaillent manquent des équipements nécessaires pour se protéger du virus ce qui les expose à la contagion, les décrivant comme les « héros méconnus » de la pandémie.

La catastrophe des chiffres des victimes dans les maisons de retraite soulève des questions d’ordre moral et juridique sur le système de valeurs et le droit à la dignité, à la santé et à la vie… car avancer dans l’âge ou se trouver dans une maison de retraite pendant cette pandémie ne peut justifier ces chiffres, surtout que des personnes de plus de 100 ans ont fêté leur guérison et quitté les hôpitaux sous les applaudissements de leurs soignants.

Il est certain que la définition, les compétences, l’équipement ainsi que le rôle des soignants et des accompagnants dans les Ehpad et maisons de retraites seront repensés après le coronavirus. Car les habitants de ces établissements sont plus que des chiffres de décès par le virus, des histoires de vies humaines singulières constituant une partie de la mémoire collective de sociétés qui ne peuvent exister sans ces expériences et sans cette mémoire… surtout que la vieillesse est le dernier chapitre d’une vie qui s’avère toujours être le plus important et le plus précieux, car il couronne tous les chapitres précédents.

Abdellah Boussouf*,

Historien, Secrétaire général du CCME

 

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