Création du Conseil National des Imams: le recteur de la grande mosquée de Paris isolé

Après un retrait théâtralisé du projet du Conseil National des Imams (CNI), le recteur de la grande mosquée de Paris (GMP), Chems-eddine Hafiz, paraît isolé au sein du Conseil français du culte musulman, avec comme seul soutien celui d’Assani Fassassi, responsable de la fédération FFAIACA.

Avec les trois fédérations qu’il accuse aujoud’hui de propager l’islam politique, Foi et Pratique, MF et CIMG, le recteur Hafiz semble avoir oublié les accords et les alliances d’hier.

Mercredi 30 décembre, six fédérations, CCMTF, , UMF, MF, RMF et Foi et Pratique, membres du CFCM, ont décidé de poursuivre le travail relatif au projet de création du CNI et de sa charte, approuvée par le recteur de la GMP, avant de la désavouer sous prétexte qu’elle faisait la part belle aux islamistes du CFCM.

Le recteur de la GMP, qui est membre fondateur du CFCM, vient-il juste de découvrir que l’islam politique grangère cette instance ?  Ignorait-il que la CIMG est proche d’Erdogan quand il a participé et pris la parole à son congrès l’année dernière? Ou quand il a noué des alliance et signé des accords, jusqu’à hier, avec la fédération FM, ex-Union des organisations islamiques de France, créée par des proches de la confrérie des Frères musulmans? Et même avec Foi et pratique?

Il est de notoriété publique, même pour les pouvoirs publics, que les trois fédérations font dans l’islam politique. Faire croire le contraire relève de la fourberie et de la tromperie.

La sortie du recteur Hafiz a le mérite au moins de jeter la lumière sur deux points. Le premier est que la GMP n’a jamais voulu de ce Conseil National des Imams qui risque de mettre en déroute sa mainmise sur les imams algériens, notamment les 120 détachés d’Alger, ni même du CFCM qu’il lui a ravi son ambition de dominer l’islam en France.

Le second point réside dans la réponse très attendue que les autorités françaises comptent donner après cette sortie fracassante du recteur Hafiz, qui se prévaut d’avoir l’oreille du ministre de l’Intérieur, chargé des Cultes, Gérald Darmanin.

Elles doivent aussi clarifier leur position quant aux trois fédérations composant le CFCM, lequel a été reçu à plusieurs reprises par Emmanuel Macron et son ministre de l’Intérieur pour discuter de la création CNI et de sa future charte.

Quant aux six fédérations (Foi et Pratique, CCMTF, CIMG, MF, RMF, UMF),  membres du CFCM, elles ont fait savoir qu’elles poursuivront le travail sur le projet de création du CNI et la finalisation de sa charte.

Déplorant « unanimement les graves accusations du Recteur de la Grande Mosquée de Paris dans son communiqué du 28 décembre 2020 », elles  estiment dans un communiqué que « la création du Conseil National des Imams (CNI), décidée à l’unanimité par toutes les composantes du CFCM le 18 novembre 2020, est née d’une volonté commune des responsables musulmans et des pouvoirs publics, comme l’a rappelé le Président de la République qui s’est engagé pleinement pour créer les conditions de sa réussite. »

Rappelant que la mouture de la « charte des principes » du CNI du 15 décembre 2020 a été également actée à l’unanimité, y compris par la GMP, comme étant la base de discussion et de concertation avec les pouvoirs publics », les six fédérations réaffirment leur « engagement » de poursuivre les « travaux dans l’unité et la cohésion avec lesquelles nous les avons conduites jusqu’au 28 décembre 2020 ».

« Nous formons le vœu que toutes les fédérations qui se sont engagées dans cette voie puissent participer à l’inscription d’une page importante dans l’organisation du culte musulman en France par l’installation imminente du Conseil National des imams », soulignent-ils dans un communiqué.

Réagissant au fracas, le ministre de l’Intérieur a déclaré au Parisien que « ce n’est pas fini ». « Je recevrai séparément les différentes fédérations qui forment le CFCM début janvier », a–t-il affirmé.

Et de souligner: « Il vaut mieux que deux ou trois fédérations signent un texte qui respecte clairement les valeurs de la République plutôt qu’une mouture light soit signée par tous les participants d’une photo de famille ».

« On va se donner le temps qu’il faut », a dit Gérald Darmanin.

« Se disputer comme des chiffonniers autour d’une charte qui ne résoudra vraisemblablement rien, c’est désolant. Le vrai travail se fait sur le terrain. C’est là le véritable défi de la lutte contre les dérives et les discours extrémistes », confie à Atlasinfo un observateur de cet épineux dossier.

Pour notre observateur, « se montrer toujours si conciliant avec la grande mosquée de Paris n’est pas la meilleure solution pour gérer l’islam en France. Il est temps que la France fasse la part des choses dans sa relation avec l’Algérie ».

Selon lui, une charte résoudra-t-elle la question de la formation des imams et leur engagement à respecter les valeurs de la république ? « On n’en sait rien ».

« Nous sommes en train de perdre un temps fou dans des chamailleries de chefferie, alors que sur le terrain, l’extrémisme progresse et se nourrit des divisions. Personne ne doit être dupe car c’est de la cohésion nationale de la France dont on parle et de sa capacité à éradiquer les foyers qui veulent miner cette cohésion », se désole cet observateur.

 

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