L’idée d’un gouvernement économique européen progresse parmi les Vingt-Sept

La crise grecque a accéléré le débat, sans le faire décoller vraiment. A tour de rôle, les dirigeants européens appellent à approfondir la “coordination” économique entre les Vingt-Sept. Désormais, Angela Merkel parle même de créer un “gouvernement économique” européen, une expression longtemps restée du seul usage des dirigeants français

L’idée d’un gouvernement économique européen progresse parmi les Vingt-Sept
Pour la chancelière allemande, comme pour de nombreux homologues, c’est le Conseil européen, où siègent les chefs d’Etat et de gouvernement, qui doit être aux avant-postes pour piloter la stratégie commune. José Manuel Barroso devait synthétiser les réflexions en cours, mercredi 3 mars, dans un document qui sera soumis aux chefs d’Etat et de gouvernement lors de leur sommet, à la fin du mois.

D’après le président de la Commission européenne, "la prise de conscience est générale: la crise démontre que nous sommes tous interdépendants, et qu’il nous faut travailler davantage ensemble pour éviter le déclin". Mais les contours du "gouvernement économique" en gestation restent encore très flous.

Les Vingt-Sept sont certes d’accord sur un point: afin de surmonter la crise, le moment est venu de définir une nouvelle stratégie économique d’ici à 2020. Il s’agit, dans leur esprit, d’aller au-delà de l’agenda dit de Lisbonne, qui devait faire de l’Union la région la plus compétitive du monde en 2010.

Lancé voici dix ans, ce catalogue de mesures d’inspiration libérale est resté, quasiment, lettre morte. Par exemple, rares sont les Etats qui consacrent 3% de leur richesse à la recherche. Et la récession a fait exploser le chômage.

REBONDIR D’ICI À 2020

"L’Europe ne peut se contenter d’une croissance de 1% par an pour préserver son modèle social", martèle le président stable du Conseil européen, Herman Van Rompuy depuis sa nomination. Pour rebondir d’ici à 2020, l’idée est de réduire le nombre de grands objectifs communs : hausse du taux d’emploi (à 75%), recherche & développement, lutte contre le changement climatique, éducation, devraient constituer les principaux axes de la future stratégie. La Commission propose de surcroît de réduire de 20millions en dix ans le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté. Elle suggère entre autres de consolider la base industrielle du Vieux Continent.

Cependant, les capitales résistent à tout objectif contraignant, et refusent la moindre idée de sanctions. "Parler de sanctions, c’est la meilleure façon de tuer à la fois l’idée de réformes, et celle d’intégration européenne", justifie un diplomate de haut rang. Dans ses propositions, la Commission se contente mercredi d’encourager les Etats membres à tenir leurs futurs engagements par le biais des fonds européens. L’idée est de fixer des objectifs modulables, en fonction des possibilités, et des performances passées, de chaque pays.

A ce stade, le rôle des différents pôles de pouvoir européens n’est pas non plus très clair. Mme Merkel soutient la montée en puissance du Conseil européen. Pour elle, il s’agit de la meilleure façon de faire en sorte que les chefs d’Etat et de gouvernement s’approprient les décisions communes, les réformes étant pour l’essentiel du ressort des politiques nationales.

NE PAS "POLITISER INUTILEMENT"

Dans un récent courrier, la chancelière exige néanmoins de bien faire la distinction entre, d’une part, le pilotage de la future stratégie etd’autre part le pacte de stabilité et de croissance – le seul instrument collectif de discipline budgétaire – qu’elle refuse de "politiser inutilement" en le plaçant sous la tutelle des chefs d’Etat et de gouvernement. Dans l’esprit de la chancelière, il s’agit surtout d’éviter l’émergence de l’Eurogroupe, dont elle craint qu’elle se fasse au détriment de l’indépendance de la Banque centrale européenne.

Au contraire, Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, et les dirigeants français mettent en avant la crise grecque pour muscler le gouvernement économique de la zone euro. Une zone, plus que jamais, considérée comme le cœur de l’intégration européenne.

De leur côté, le président stable du Conseil, Herman Van Rompuy, et le président de la Commission, José Manuel Barroso, rivalisent de propositions pour se placer au centre du dispositif. Soutenu par les Français, et les Allemands, M.Van Rompuy se verrait bien donner les grandes impulsions au nom des membres du Conseil européen. Il suggère, sans grand succès, de réunir cette instance une fois par mois.

M.Barroso brandit au contraire les traités pour défendre les prérogatives de la Commission européenne. Le traité de Lisbonne, fait-on valoir dans son entourage, introduit une palette de nouveaux outils qu’il suffit d’utiliser : la Commission pourrait ainsi lancer des mises en garde, et des recommandations aux capitales lorsque leur politique économique divergera trop de celle de leurs voisins.

Des recommandations sans réelle portée faute de mécanismes de sanctions: "Le traité de Lisbonne n’a pas créé un super Etat, il n’a pas mis les gouvernements sous tutelle du niveau communautaire", observe un proche de M.Barroso, comme pour rassurer les capitales.

Les cinq objectifs proposés par la Commission d’ici à 2020Emploi : Un taux d’emploi de 75 %, contre 69 % à ce jour.

Innovation : 3 % du produit intérieur brut (PIB) investi dans la recherche & développement, contre 1,9 % aujourd’hui.

Education : Un taux d’abandon scolaire ramené à 10 %, et au moins 40 % de jeunes obtenant un diplôme d’enseignement supérieur.

Pauvreté : Réduire de 20 millions le nombre de personnes menacées par la crise.

Energie : Réduire de 20 % les émissions de gaz à effet de serre, économiser 20 % d’énergie et atteindre les 20 % de renouvelable dans la consommation de l’Union.

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