Guinée-Bissau : le « oui » l’emporte à 70% au référendum sur un régime présidentiel fort

Les Bissau-Guinéens ont approuvé à 70% un projet de nouvelle Constitution instaurant un régime présidentiel fort, selon les résultats provisoires du référendum organisé dimanche dans ce pays dirigé par une junte censée organiser le retour au pouvoir des civils début décembre.

Un basculement institutionnel validé par les urnes

Les Bissau-Guinéens ont approuvé un projet de nouvelle Constitution qui vise à faire passer le pays d’un régime semi-parlementaire à un régime présidentiel fort, une étape cruciale dans ce pays dirigé par une junte censée organiser le retour au pouvoir des civils début décembre. Selon les résultats provisoires annoncés mardi par la Commission nationale électorale après le dépouillement de l’ensemble des votes du référendum organisé dimanche, le oui l’emporte à 70%. Les résultats définitifs doivent être annoncés dans quelques jours par la Cour suprême, qui n’avait à ce stade pas été saisie de recours.

Un exemple parmi d’autres révisions constitutionnelles en Afrique

Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l’Ouganda ou le Tchad ces dernières années, il s’agit du dernier exemple en date d’un pays africain ayant souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d’âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.

Une junte au pouvoir depuis novembre 2025

La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre dernier, veille de l’annonce prévue des résultats provisoires des élections présidentielle et législatives, par des militaires qui ont renversé le président sortant Umaro Sissoco Embalo et suspendu le processus électoral. Le général Horta N’Tam, un proche de M. Embalo, a été désigné pour diriger une transition d’un an. Selon la Charte de la Transition adoptée en décembre 2025, il ne peut pas se présenter à la prochaine présidentielle.

Un scrutin jugé « réussi » par la commission électorale

La présidente de la commission nationale électorale, Carmen Izaura Lobo, a qualifié le référendum de « succès » grâce au « professionnalisme » des commissions régionales et des agents déployés dans les bureaux de vote. Elle s’est félicitée de la « transparence » et de la « crédibilité » du processus référendaire, qui n’a toutefois pas suscité l’engouement des votants, venus en ordre dispersé à travers le pays.

Un pouvoir présidentiel considérablement renforcé

Le projet de nouvelle Constitution vise principalement à remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort, en octroyant au chef de l’État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre, le gouvernement et de dissoudre le Parlement. Elle abandonne l’ancien modèle où le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles, comme après les législatives de 2023, lorsque le président Embalo avait dissous le Parlement dominé par l’opposition à la suite de ce qu’il avait présenté comme une tentative de putsch. L’objectif affiché par les autorités de transition est de stabiliser les institutions avant la présidentielle, en évitant les conflits entre la présidence et la Primature qui ont miné la stabilité du pays par le passé, marqué par cinq coups d’État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance.

Une contestation vive de l’opposition et de la société civile

Ce scrutin précède de quelques mois les élections générales prévues le 6 décembre pour un retour au pouvoir des civils, dans un climat politique tendu. L’opposition avait appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l’indépendance en 1974, qui a dénoncé l’organisation d’un référendum « dans un contexte de restriction des libertés publiques ». Une partie de la classe politique et de la société civile conteste avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu. « Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie », a déclaré Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits humains.

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. J'accepte Lire la suite