Alors que la justice israélienne remet Amnesty à sa place, le Maroc pourrait porter plainte contre l’ONG
En déboutant la demande d’Amnesty International qui avait engagé en mai 2019 une action contre la société israélienne NSO group, c’est finalement la juge Rachel Barkai qui apporte au chef du gouvernement marocain, Saad Eddine El Otmani la réponse qu’il attendait depuis le 22 juin.
Saad Eddine El Otmani exigeait des preuves suite à la publication du rapport de l’ONG de défense des droits de l’Homme qui y accusait les services de sécurité marocains d’avoir acquis le logiciel Pegasus de NSO Group pour espionner les journalistes et activistes marocains. Il n’y en a pas. Pas l’ombre d’une preuve selon la juge du tribunal de Tel Aviv.
Une source gouvernementale marocaine déclare à AtlasInfo.fr considérer « sérieusement » l’éventualité d’une action en justice contre l’ONG.
Un coup violent porté par la justice israélienne à Amnesty International
C’est un coup violent qui vient d’être ainsi porté par la justice israélienne à Amnesty International. La juge Rachel Barkai a estimé qu’«il n’est pas prouvé qu’une tentative a été faite pour surveiller un militant des droits humains en tentant de pénétrer dans son appareil téléphonique ».
Une formule juridique qui n’est en réalité qu’une manière élégante de signifier à l’ONG que lorsque l’on use d’approximations dans ses « expertises » et que les manquements s’accumulent sans qu’aucune preuve ne vienne étayer les accusations, le verdict ne saurait être que celui-là.
Un verdict qui ajoute au trouble suscité par l’acharnement mis par Amnesty International dans sa croisade contre la firme israélienne depuis près de 5 ans, entraînant avec elle les journalistes du réseau de Forbidden Stories qui doivent être aujourd’hui dans une situation bien inconfortable. Ils avaient fait preuve d’une ferveur assez spectaculaire, disons-le, pour relayer le rapport d’Amnesty International faisant état de l’espionnage au Maroc de journalistes avec ce logiciel que les services de sécurité du Royaume Chérifien auraient acquis en 2018, selon Amnesty International.
Le New York Times supprime l’article sur le rapport d’Amnesty sur le Maroc
Rendant compte du verdict dans un article mis en ligne ce 13 juillet 2020 à 8H42 le New York Times ne parle à aucun moment du Maroc dans le rappel des faits concernant la campagne d’Amnesty contre NSO Group.
Evoquant le travail de Citizen Lab qui avait fait les expertises sur lesquelles est basé le rapport, le New York Times écrit :« une étude réalisée par le Citizen Lab de l’Université de Toronto a lié la technologie NSO à la surveillance politique au Mexique, aux Emirats arabes Unis et en Arabie Saoudite ».
Rétropédalage du quotidien américain ? Toujours est-il que l’article consacré par la publication au rapport et publié le 22 juin dernier dans le cadre de l’opération médiatique coordonnée par Forbidden Stories, est aujourd’hui introuvable sur le site du New York Times.
A croire que la manœuvre à charge contre le Maroc dans laquelle ont été entraînés certains de nos confrères était si grossière qu’ils ont commencé à quitter le navire.
Que vaut en effet, surtout après ce verdict, le rapport de 18 pages (dans sa version en langue française), médiatisé « en exclusivité » grâce au réseau des journalistes de l’ONG, Forbidden Stories ? Que dire après que la juge ait estimé que le département qui a la charge du contrôle des exportations au sein du ministère de la défense, fait preuve « d’une grande vigilance » avant d’accorder une licence de commercialisation ou d’exportation ?
Enfin, quel commentaire possible quand Rachel Barkai considère que le département en question est « particulièrement sensible à la question des atteintes aux droits humains » ?
N’apportant aucun élément de preuve sur la possession par le Maroc de ce logiciel espion, l’association des droits de l’Homme pointait pourtant avec insistance les service de sécurité marocains, sachant que 9 mois plus tôt, un précèdent rapport de la même teneur concernant deux autres « activistes » marocains, avait été publié par l’ONG .
NSO Group : Le Maroc « dans le viseur » de l’ONG que depuis ces 9 derniers mois
Il est intéressant de relever qu’au moment où Amnesty International a engagé cette action visant à faire annuler l’autorisation d’exportation de l’entreprise israélienne spécialisée dans les systèmes de surveillance, le Maroc et ses services de sécurité n’étaient pas « dans le viseur » de l’ONG.
Il suffit de lire le communiqué mis en ligne par Amnesty International sur son propre site le 13 mai 2019 pour s’en rendre compte. Sous le titre « Israël. Amnesty International engage une action judiciaire pour mettre fin au système de surveillance créé par NSO Group ».
Les Emirats Arabes Unis, L’Arabie Saoudite et le Mexique étaient alors les trois pays cités en exemple par l’organisation pour parler du logiciel Pégasus :
« Des recherches ont montré que le logiciel espion Pegasus de NSO Group a été utilisé pour attaquer un large éventail de représentants de la société civile, dont au moins 24 défenseurs des droits humains, journalistes et parlementaires au Mexique, un membre du personnel d’Amnesty International, les militants saoudiens Omar Abdulaziz, Yahya Assiri et Ghanem Al Masarir, le militant des droits humains Ahmed Mansoor (lauréat du prix Martin Ennals pour les défenseurs des droits humains) et, selon certaines informations, Jamal Khashoggi, un dissident saoudien qui a été assassiné ».
Pas un mot évoquant le Maroc dans ce communiqué de l’ONG qui a entrepris cette action judiciaire « dans le cadre d’un projet mené conjointement par la Bernstein Institute For Human Rights de la faculté de droit de l’Université de New York et Global Justice Clinic, qui vise à obtenir justice pour les défenseurs des droits humains victimes de logiciels malveillants », peut-on lire dans le communiqué du 13 mai 2019.
Amnesty International a réagi à la décision de la justice israélienne en dénonçant « l’impunité » dont bénéficierait NSO : « le groupe NSO continue de tirer profit d’abus des droits humains en toute impunité,» affirme l’ONG qui ajoute : « nous continuerons de mettre tout en œuvre pour empêcher que le logiciel d’espionnage de NSO soit utilisé pour des atteintes aux droits humains ».
Continuer de tout mettre en œuvre au bénéfice de qui ?
C’est une question fondamentale que les autorités marocaines doivent certainement se poser pour des raisons politiques évidentes. Là-dessus, une source gouvernementale proche du dossier déclare à AtlasInfo.fr que l’éventualité d’une action en justice contre Amnesty International est « sérieusement » posée.
Sans verser dans la complotite, cette question interpelle avec tristesse.Tout individu à la recherche de la vérité ne peut qu’être affligé à la découverte de tentatives d’instrumentalisation de la cause des droits de l’Homme et de la liberté d’expression pour servir des intérêts qui restent pour le moment obscures.
Peut-être faudra-il chercher la réponse à ces interrogations dans le profil de l’uns des bailleurs de fond d’Amnesty International.