Présidentielle française : “Tout change pour que rien ne change”

Par Abderrahim Hafidi* –

Tel pourrait être le slogan qui caractériserait le paysage politique français au soir du premier tour d’une Présidentielle aussi inédite que franchement déroutante.
Que peut en tirer comme premiers enseignements :

1- malgré les crises successives qu’à connu la France durant ce quinquennat de François Hollande et en dépit du caractère désuet des institutions de la 5e République, le socle s’avère solide. La forte participation (8 Français’ sur 10 ont voté) lors du premier scrutin du 23 avril montre la vitalité de la démocratie française et son enracinement profond dans la culture et l’inconscient français. Et c’est heureux.
Et tout laisse à croire que les Français continuent à se passionner pour la "chose" publique malgré les désenchantements successifs et les amertumes qu’ont engendrés trente années de promesses non tenues et de parole trahie. Trente années au cours desquelles, le visage de la France s’est littéralement métamorphosé.
En trente ans, c’est à vrai dire le destin collectif de l’humanité qui s’est trouvé bouleversé et son logiciel géopolitique transformé.

De 1989 avec l’effondrement du mur de Berlin et l’implosion du défunt empire soviétique, aux guerres successives du Golfe et les métastases dramatiques auxquelles elles ont donné lieu, en passant par l’éclosion d’une mondialisation économique et financière qui a aboli les frontières pour laisser libre cours aux flux financiers mais en érigeant des murs et des " lignes Maginot " entre Les peuples.

En France, ces "révolutions coperniciennes" se sont rajoutées au marasme économique et leur corollaire la fragilisation du lien social Et l’aggravation de la précarité. Qu’ils semble loin, très loin "Les trentes glorieuses" (1945-1975 ) qui ont vu prospérer un "État Providence " protecteur et redistributeur des ressources engendrées par un chômage quasi nul et une société bercée par le rêve hédoniste.

La fin de cette "utopie heureuse" qui avait sonné le glas du modèle français de l’après-guerre sera vécue et continu de l’être, comme un traumatisme social et narcissique ! Mais rien, absolument rien ne viendra bouleverser ce paysage en miettes et les Français rentreront dans une sorte de fatalité que la dure réalité du quotidien ne fera qu’aggraver !
C’est à l’aune de cet inventaire qu’il faille comprendre l’impasse de la démocratie française et ses conséquences sur les Français. Et c’est dans Le miroir de ces mutations qu’il convient de comprendre les attitudes du monde à son égard et des citoyens quant à leur vision de leur présent et de leur avenir.

2- L’autre caractéristique de cette élection est qu’elle a passionné la presse. La présence de centaine de journalistes du monde entier venus couvrir les séquences de cette élection en témoigne.
Les observateurs n’ont pas manqué de relever l’autre "nouveauté " qui modifie singulièrement ce " paysage après la campagne". Les deux partis qui ont structuré sans interruption la vie politique française depuis 1958 à savoir Le Parti socialiste et la droite gaulliste bonapartiste et libérale sont exclus du second tour et mis en minorité.

Certes, les affaires des emplois fictifs, les coutumes et " les costumes" du candidat Fillon ont assombri le ciel de cette campagne ! Elles n’ont fait qu’aggraver le jugement des Français sur leur classe politique !
La fin de cette bipolarisation -qui dure depuis 1958 -est en soi une rupture institutionnelle, Le fait que les deux formations qui restent pour le second tour à savoir le tout nouveau mouvement "En Marche !" (Qui a vu le jour il y a juste un an dans l’indifférence quasi générale) et Le Front National sont chacun à sa façon (ne pas amalgamer) se présentent comme l’expression d’un nouvel ordre "anti système" désireux de rompre avec "l’ancien régime" institutionnel qualifié de caduque.

Ainsi, au soir de ce premier tour de l’élection présidentielle, la France se présente sous un visage inédit : une explosion du paysage politique et une implosion des partis traditionnels et voici le pays désormais fracturé en quatre Blocs :
1/ Une extrême droite nationaliste, anti immigration et hostile à l’Europe et à la mondialisation
2/ À l’extrême de l’échiquier, une extrême gauche, souverainiste et alter- mondialiste.
3/ Une droite gaullienne et bonapartiste devenue sensible aux sirènes des thèmes autoritaires de l’extrême-droite.
4/ Et enfin, une sociale démocratie issue du congrès d’Epinay en déliquescence avancée à force de compromis et compromissions.

L’émiettement de la carte politique de la France permet ainsi de comprendre l’irruption volcanique du candidat Mélenchon, et son antidote:la chute de la "maison socialiste".

Ainsi, le second tour donnera toute la mesure de ce chamboulement et mettra face à face deux France diamétralement opposée : Une France mondialisée, celle des classes moyennes, d’une jeunesse qui espère trouver un arrimage au Monde de demain et une partie de l’opinion à la recherche d’un renouveau. Et de l’autre côté, une France nationaliste, en rupture avec les illusions du passé, traversée par un sentiment de trahison et d’abandon , celle des classes populaires déclassées , en quelque sorte une alliance des " paumés de la mondialisation ".

C’est face à ce choix Que les Français vont choisir, le 7 Mai, celui ou celle qui prendra le gouvernail d’une France "Qui ne sait plus à quel saint se vouer".

*Abderrahim Hafidi, politologue, éditorialiste

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