Droits de l’Homme: clientélisme et pratiques obscures, dénoncés au sein même de l’AMDH, plongent l’ONG dans une crise interne inédite

La démarche est suffisamment rare pour être relevée.17 personnalités emblématiques comme Ouafaa Badri, Naima Alami, Asmaa Elfakir, Halima Karkoubi, Nezha Elazzouzi, Alima Marsouli, Fakouk Mahdaoui, Abdelaziz Belhahcen, Said Benhamani, Ibrahim Missour, Omar Elouafi , Najji Elkarami, Brahim Hachane,Hassan Elharchi, Hussein Elhaddoudi, Rachid Rakmi et Zakaria Moulay Omar signent un communiqué écrit au vitriol pour pointer les irrégularités, les manquements et les pratiques obscures de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), en proie à un vent de contestation interne. Il entame sa crédibilité et interpelle sur les alliances « politiques » sur lesquels elle s’est engagée, sans concertation avec l’ensemble des membres de la commission administrative.

Les 17 signataires de ce communiqué rendu public samedi sont membres de la commission administrative de l’AMDH et affiliés au Parti de l’avant-garde démocratique et socialiste, le PADS. Ils n’y vont pas par le dos de la cuillère pour dénoncer « les pratiques illicites et récurrentes de telle sorte que la situation est devenue intolérable », disent-ils, précisant que leurs différentes protestations sont restées jusqu’ici lettre morte. Ils expliquent pourquoi ils ont tout simplement décidé de boycotter la 7éme session de la commission administrative qui s’est tenue hier, 10 octobre.

Des contacts contestés avec des groupes religieux

Ils dénoncent le silence de la commission administrative de l’association sur leurs différentes interpellations sur des questionnement qui engagent fortement la crédibilité de l’association dont ils jugent qu’elle s’est écartée de sa mission pour  « s’impliquer dans des dossiers qui ne relèvent pas des droits humains et qui ont servi des agendas obscurs ». Ainsi, les 17 militants dénoncent « le non-respect de la décision de l’association de ne pas prendre part aux activités organisées par certains groupes religieux ».
Les signataires du communiqué font ici, sans aucun doute, référence aux liens de certains membres de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme avec le mouvement islamiste radicale Al Adl Wal Ihssane avec lequel un rapprochement pour la constitution d’un “front insurrectionnel” a été activement nourri ces dernières années.
L’ancienne présidente de l’AMDH, Khadija Riyadi et Fouad Abdelmoumni, qui se réclame de l’ONG, sont deux des chevilles ouvrières qui œuvrent à cette alliance avec les obscurantistes de la Jamaâ fondée par Abdessalam Yassine.
Le communiqué des 17 signataires de la commission administrative révèle que ce rapprochement est loin de faire l’unanimité dans les rangs des militants de l’AMDH.

Des anciens responsables qui gardent la main sur l’AMDH

Ce pavé dans la marre s’accompagne de revendications sur « la non mise à jour de la liste des affectations au sein de l’association qui permet ainsi à certains anciens membres de conserver leur affiliation à l’association ce qui est illégal », dénonce le communiqué.
Khadija Ryadi

Ainsi, une répartition claire des missions au sein de l’AMDH n’a pas été réactualisée, selon les signataires de ce communiqué, « permettant ainsi à une poignée d’anciens responsables de garder la main sur certains mandats ou dossiers importants » de l’ONG.

Une cascade de reproches est  également notifiée dans le communiqué à l’encontre de la commission administrative pour sa politique de « deux poids deux mesures concernant les invitations à des participations à l’étranger de militants de l’AMDH ».
Des manquements dans la gestion des finances de l’association et les rapports financiers « entachés d’irrégularités » sont également abordés de même qu’ « une gestion anti-démocratique de la commission administrative et une politique du fait accompli ».

Le viol présumé de Hafsa Boutahar en toile de fond

La commission administrative est également pointée du doigt pour avoir, selon les signataires, « nourri des campagnes de diffamation à l’encontre de plusieurs plaignants et plaignantes, ce qui porte un préjudice grave à la crédibilité de l’AMDH ».
Hafsa Boutahar
Contactée par Atlasinfo.fr, l’une des signataires s’insurge contre le traitement qui a été réservé à Hafsa Boutahar, plaignante dans l’affaire de viol présumé dont est accusé le journaliste Omar Radi.
« Il est inconsidéré, quel que soit le contexte politique, que cette femme n’ait pas eu droit à la même attention et au même intérêt que Omar Radi », dénonce cette militante des droits de l’Homme et des droits des femmes.
« La présomption d’innocence vaut pour les deux parties. Jusqu’à preuve du contraire, il est innocent, mais jusqu’à preuve du contraire également Hafsa Boutahar est une victime que nous devons soutenir et ça n’a pas été le cas », conclut la militante.

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