Droits de douane : le Canada riposte, les États-Unis menacent de surenchérir
Faute d’accord de dernière minute, de nouveaux droits de douane américains de 50% contre le Canada sont entrés en vigueur samedi, Ottawa promettant une riposte « au dollar près » dans une relation commerciale de plus en plus dégradée entre les deux voisins.
Un ultimatum qui expire sans accord
Faute d’accord de dernière minute, les nouveaux droits de douane de 50% voulus par Donald Trump contre un certain nombre de produits canadiens sont entrés en vigueur samedi, Ottawa promettant une riposte « au dollar près ». Les deux voisins, dont les relations se sont nettement dégradées depuis le début du deuxième mandat de Donald Trump, ont pris acte de leur incapacité à s’entendre quelques minutes avant l’échéance fixée par le président américain. Ils se sont renvoyé la responsabilité de cet échec, qui fait craindre une surenchère commerciale. Donald Trump avait initialement menacé d’imposer ces nouveaux droits de douane en juillet et fixé au 19 août la date limite pour parvenir à un accord avec le Canada sur un certain nombre de questions. Peu avant cette échéance, le président américain avait déclaré qu’il suspendait l’application des droits de douane prévus, le temps que les deux parties règlent les détails d’un accord commercial — un sursis qui n’aura finalement pas suffi.
Des surtaxes visant 20 milliards de dollars d’importations
Les nouvelles surtaxes punitives américaines, en vigueur depuis 00h01 samedi, s’appliquent à un total de 20 milliards de dollars d’importations canadiennes, dont le ciment et les crosses de hockey. Le ministre canadien chargé du commerce entre les États-Unis et le Canada, Dominic LeBlanc, ainsi que la négociatrice en chef, Janice Charette, se trouvaient à Washington depuis près de deux semaines d’affilée pour tenter de parvenir à un accord, sans succès.
Des points de friction multiples
Les États-Unis avaient invoqué un certain nombre de points de friction pour justifier la menace de droits de douane, notamment des plaintes concernant l’accès américain au marché laitier canadien et le fait que la plupart des provinces continuaient d’interdire la vente d’alcool américain dans leurs magasins. Les provinces canadiennes avaient retiré les alcools américains des rayons des magasins l’année dernière après que Donald Trump eut imposé de premiers droits de douane. Selon le chef de l’opposition officielle à Ottawa, Pierre Poilievre, les exigences américaines allaient au-delà des seules questions commerciales : « Le Canada ne peut pas accepter des droits de douane unilatéraux qui vont désindustrialiser notre pays », a-t-il écrit sur X, ajoutant que les États-Unis voulaient également restreindre le soutien public à la culture et à la protection de la langue française. « Les menaces contre la langue française, la culture québécoise et la culture canadienne. Ce n’est pas acceptable, jamais acceptable », a renchéri le Premier ministre canadien Mark Carney.
Carney dénonce des conditions « injustes »
Mark Carney a dénoncé des conditions posées par Washington qui « étaient injustes, non économiques et remettaient en question la fiabilité de tout accord ». « Le Canada appliquera des droits de douane équivalents, au dollar près, afin de protéger nos travailleurs et nos entreprises », a-t-il indiqué dans un communiqué, précisant que le gouvernement allait également mettre en place des mesures de soutien aux travailleurs et aux entreprises canadiennes dans les jours à venir. « Nous exercerons des représailles. Nous allons fournir des protections contre les droits de douane », a-t-il ajouté.
Un optimisme de façade côté américain
Le président américain avait pourtant affiché son optimisme vendredi, mettant en avant sa « bonne relation » avec Mark Carney, allant jusqu’à affirmer, depuis le Bureau ovale, que les Canadiens avaient besoin des États-Unis et que « sans eux, ils n’ont aucune chance de survivre ». Mark Carney n’a pour sa part pas caché son amertume vendredi soir : « Nous avons pris conscience du fait que l’Amérique a changé et que nous ne reviendrons pas à notre ancienne relation. »
Une dépendance commerciale qui pèse sur le rapport de force
Très dépendant économiquement des États-Unis, le Canada s’est retrouvé en première ligne dans la guerre commerciale lancée par Donald Trump, qui a dit à plusieurs reprises vouloir en faire le « 51e État » américain. Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2025, Mark Carney tente de son côté de réduire la dépendance de son pays à l’égard de son grand voisin en cherchant de nouveaux partenaires commerciaux en Asie ou en Europe. Les États-Unis restent toutefois de très loin le premier partenaire commercial du Canada, les exportations canadiennes vers ce pays représentant actuellement autour de 70% du total. Ce nouvel épisode s’inscrit dans une escalade tarifaire déjà ancienne entre les deux pays, marquée notamment par un premier cycle de droits de douane réciproques sur l’acier et l’aluminium dès mars 2025.
