Le Nicaragua avance vers une réforme constitutionnelle rejetant les résolutions internationales

Le Parlement nicaraguayen a approuvé samedi une réforme constitutionnelle visant à écarter l’application des résolutions internationales et des lois étrangères sur son territoire, une nouvelle étape dans le repli mené par le couple présidentiel Daniel Ortega et Rosario Murillo.

Une réforme pour s’affranchir du droit international
Le Parlement nicaraguayen a approuvé samedi une proposition de réforme constitutionnelle visant à faire fi des résolutions internationales et lois étrangères, nouvelle étape du repli mené par le couple présidentiel Daniel Ortega et Rosario Murillo. Ce texte doit être voté en septembre avec une autre proposition permettant d’exclure l’opposition des élections. Le Parlement du pays d’Amérique centrale a approuvé un amendement disposant que l’État « interdit, du moins ne permet pas, l’extraterritorialité des lois étrangères », d’après le texte lu par le président de l’institution, Gustavo Porras. « Aucune loi, aucun règlement ni aucune norme émise par un autre État, groupe d’États ou organisation internationale qui réduit et porte atteinte à l’indépendance, la souveraineté […], la paix du peuple et de la nation nicaraguayenne n’aura d’effet sur le territoire national », a-t-il précisé, ajoutant que « seules » les conventions signées par le Nicaragua seront appliquées.

Une réponse anticipée à l’OEA
La presse en exil a estimé que la décision d’ajouter cette mesure à la réforme vise à « ne pas se conformer à d’éventuelles résolutions » de l’Organisation des États américains (OEA) et des États-Unis. Mercredi, l’OEA avait voté une résolution à l’initiative des États-Unis pour convoquer une réunion « urgente » des chefs de la diplomatie afin d’évoquer le projet du gouvernement nicaraguayen de s’approprier les élections. L’OEA a tenu des dizaines de sessions sur le Nicaragua, se limitant jusqu’ici à des communiqués de dénonciation, mais une réunion des ministres des Affaires étrangères des pays membres pourrait déboucher sur des dégradations de relations diplomatiques, voire des ruptures, ainsi que des mesures de pression économique.

Un pouvoir tenu d’une main de fer depuis 2018
Ancien guérilléro marxiste, Daniel Ortega est au pouvoir depuis les élections de 2007. Avec son épouse Rosario Murillo, coprésidente, il dirige le Nicaragua d’une main de fer depuis les manifestations de 2018, qualifiant les opposants de « traîtres ». Environ 300 personnes ont été tuées durant la répression des protestations selon l’ONU, et des centaines de milliers se sont exilées.

Une diplomatie d’isolement, aux côtés d’un club restreint d’États
Cette fuite en avant juridique s’inscrit dans une trajectoire diplomatique plus large, qui a progressivement rapproché le Nicaragua d’un cercle restreint d’États eux-mêmes en rupture avec l’ordre international, à l’image de la Corée du Nord ou de certains micro-États insulaires du Pacifique. Managua compte ainsi parmi les très rares pays au monde à maintenir sa reconnaissance de la pseudo-RASD, entité proclamée par le Front Polisario, aux côtés de Pyongyang, du Vietnam, du Laos et du Timor oriental en Asie, alors que plus de cinquante pays ont retiré leur reconnaissance de cette entité ces dernières décennies, dont récemment la Colombie. Le Nicaragua figure également parmi les alliés constants de la Russie, de l’Iran, de la Corée du Nord, du Venezuela et de Cuba au sein des instances multilatérales, un axe de pays partageant un rejet commun des mécanismes de droit international qu’ils jugent instrumentalisés par les puissances occidentales.

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