Washington met à prix l’arrestation de Maduro: 15 millions de dollars

Washington a offert 15 millions de dollars pour toute information menant à l’arrestation de Nicolas Maduro, inculpé de “narcoterrorisme”. S’il s’agit d’un nouveau levier de pression sur le président vénézuélien, les analystes n’y voient pas un facteur de sortie de la crise politique.

Voici divers scénarios envisageables au sein du pouvoir vénézuélien, au moment où la pandémie de coronavirus risque de submerger un système de santé aux abois et une économie en déliquescence.

L’administration de Donald Trump compte enfoncer un coin dans l’appareil de gouvernement par le biais de l’inculpation du président socialiste et de 14 autres responsables vénézuéliens, selon les analystes interrogés.

“C’est comme une partie de billard (…). La boule est mise en jeu, elle entre en collision avec d’autres boules et ces boules entrent à leur tour en collision avec d’autres boules, provoquant des réactions en chaîne”, explique le politologue vénézuélien Luis Salamanca.

Les accusations de narcotrafic “mettent en jeu une nouvelle boule dans les arcanes du pouvoir”, ajoute-t-il, ce qui pourrait déboucher sur des tensions internes.

Le chef de file de l’opposition Juan Guaido, qu’une soixantaine de pays reconnaissent comme président par intérim, s’emploie d’ailleurs depuis plus d’un an à fracturer l’entourage de Nicolas Maduro. En vain.

L’héritier politique de Hugo Chavez (1999-2013) a toujours la haute main sur les forces armées, malgré les sanctions prises par les Etats-Unis contre le Venezuela et son industrie pétrolière, qui ont aggravé la crise économique.

“Il est impossible” de prédire “s’il en ira autrement cette fois-ci”, prévient Peter Hakim du centre de réflexion Dialogue interaméricain. “Ce qui semble évident”, ajoute-t-il, c’est que “la pression et le stress vont augmenter sur le gouvernement et les militaires”.

Justement, insiste le politologue Ricardo Sucre, cette pression pourrait renforcer la cohésion au sein du pouvoir plutôt que de le diviser.

Après l’annonce de son inculpation par les Etats-Unis, Nicolas Maduro a tenté de projeter l’image d’un homme à poigne. “Tu es un misérable, Donald Trump!”, a-t-il lancé à la télévision. “Un cowboy raciste!”.

Le message de Washington est destiné en premier lieu à l’état-major, clef de voûte du système politique vénézuélien.

“On est passé des menaces (de sanctions, nldr) pour obtenir un renversement à un +achat de renversement+”, souligne Ricardo Sucre. Les Etats-Unis “misent sur le fait que quelqu’un soit disposé à +vendre+ Maduro” au sein de l’état-major.

Mais vendredi, les forces armées ont réaffirmé leur “loyauté absolue” envers le pouvoir chaviste et le ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino, lui aussi accusé de “narcoterrorisme” par Washington.

Et le général Padrino a lu samedi un communiqué à la télévision dans lequel il a assuré qu'”aucune puissance” ne le pousserait à “abandonner”.

Depuis son ascension en 2013, Nicolas Maduro a donné d’amples pouvoirs aux militaires: la compagnie pétrolière publique PDVSA, par exemple, est dirigée par un général, Manuel Quevedo.

Le président socialiste a survécu à deux vagues de protestation populaire — en 2014 et en 2017 — qui ont fait quelque 200 morts et ont été violemment réprimées par l’armée et la police.

Et l’appel au soulèvement des casernes lancé le 30 avril 2019 par Juan Guaido a fait long feu.

Avec l’arrivée du Covid-19 dans un Venezuela économiquement à genoux, certaines voix au sein de l’opposition se sont élevées pour demander des négociations avec Nicolas Maduro pour répondre à la crise.

Mais “accuser Maduro de narcotrafic sous-entend qu’on ne peut plus négocier avec lui, qu’il doit être évincé du pouvoir et puni”, note Peter Hakim.

“Cela ne fait qu’augmenter le prix de son départ”, résume un rapport du centre de réflexion Eurasia Group.

Nicolas Maduro est le premier dirigeant étranger accusé de narcotrafic par les Etats-Unis depuis le Panaméen Manuel Antonio Noriega, renversé en 1989 à la faveur d’une invasion militaire.

Mais Peter Hakim croit “improbable” un scénario semblable au Venezuela. “La plupart des pays d’Amérique latine et d’Europe si opposeraient et Maduro a des alliés comme la Chine et la Russie dont Noriega ne disposait pas”.

Au final, souligne-t-il, la posture de Donald Trump a des motifs purement électoraux. Il veut s’allier le vote des exilés cubains et vénézuéliens de Floride, un Etat “décisif pour sa réélection”.

 

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