“Voix de la Méditerranée” : une campagne portée par des personnalités pour promouvoir un nouvel agenda dans la région

Commémorer le 25éme anniversaire du processus de Barcelone dans un moment d’incertitude aussi grand pour l’espace euro-méditerranéen est un exercice périlleux. La pandémie de la Covid-19 et ses graves répercussions sur les plans économique et sociale imposaient de donner la parole à des voix suffisamment légitimes, lucides et sincères pour qu’elles puissent porter d’une part, et convaincre de la nécessité de renouveler l’agenda pour la méditerranée, d’autre part.

Dans ce contexte, « la dimension humaine du partenariat euro-méditerranéen est plus que jamais d’actualité », soutient Elisabeth Guigou, présidente de la Fondation Anna Lindh pour le dialogue des cultures, créée en 2004. A l’ancienne ministre de la justice française d’ajouter que « seule la coopération entre les personnes et les Etats peut permettre le retour à une vie sociale, à la mobilité raisonnée des personnes, à la reprise économique et à la création d’emplois ». *

Cerner les contours d’un nouveau rôle stratégique de la Méditerranée

A la voix de cette native du Maroc, sont venues s’ajouter celles de personnalités telles que Romano Prodi, ancien président de la Commission Européenne et ancien premier ministre italien, Mohamed Boudra, maire de la ville de Al Huceima, José luis Rodriguez Zapatero, ancien chef du gouvernement espagnol, Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre franco-marocaine de l’éducation nationale, Fatahallah Sijelmassi, ancien Secrétaire Général de l’UpM, le Roi Felipe VI d’Espagne ou encore Habib Malki, figure du parti socialiste marocain (USFP) et actuel président du parlement. Dans leurs contributions respectives qui a pris la forme de tribunes, ces personnalités ont cerné les contours d’un nouveau rôle stratégique du bassin méditerranéen. Il exige que le respect des différences prévale et que ce qui unit les 42 pays membres de l’organisation intergouvernementale l’emporte sur les divergences.
Bien plus qu’une exigence, il y a urgence aujourd’hui pour que l’ensemble méditerranéen joue son rôle de lien géographique, culturel et économique entre l’Europe et l’Afrique.
Najat Vallaud-Belkacem

Une société civile engagée

Des voix de la société civile issue du monde des arts, du sport, de l’entreprise ou de la recherche  comme celles du  violoniste libanais Ara Malikian, Linah Khalifeh, championne  jordanienne de Tae Kwando, la scientifique Maria Snoussi à la tête de l’Institut français de Recherche pour le Développement (IRD), Ouidad Bouchamaoui, entrepreneuse qui a partagé avec trois autres tunisiens le prix Nobel de la paix 2015, l’explorateur et aviateur Bertrand Piccard, l’écrivain franco-algérien Karim Amellal, ou encore l’acteur égyptien Hussein Fahmi ont témoigné, à travers leur propre parcours personnel sur ce qu’est cette « identité » méditerranéenne et ont raconté pourquoi elle leur tient  tant à cœur.
Hussein Fahmi, célèbre acteur égyptien

L’enjeu majeur du changement climatique en Méditerranée

Cette région du monde est depuis toujours l’épicentre de cultures et de religions qui ont largement contribué à la coexistence. Les couloirs et les passerelles par lesquelles ont toujours circulé les idées et les opinions entre les deux rives, ont contribué à la création de réseaux solides. La chercheuse Maria Snoussi fait partie de l’un des plus actifs d’entre eux, depuis que la Méditerranée est devenue l’une des régions les plus vulnérables au changement climatique.
Professeure à l’université Mohamed V de Rabat cette chercheuse marocaine spécialisée en géosciences marines est la première femme et première personnalité non française à présider le conseil scientifique de l’Institut français de Recherche pour le Développement (IRD). Reconnue et primée pour ses recherches sur les conséquences du changement climatique sur l’environnement côtier, Maria Snoussi est membre du comité de pilotage du MedECC, groupe d’experts méditerranéens en changement climatique. Elle a également travaillé aux côtés d’autres experts sur l’ouvrage « La Méditerranée face au changement climatique » produit par l’alliance AllEnvi.
Pour Maria Snoussi, les nombreux défis notamment climatiques, sanitaires ou migratoires qui attendent la région imposent une réponse collective car aucun pays « ne pourra y répondre individuellement ».
Pour le violoniste Ara Malakian, le défi culturel est tout aussi essentiel pour construire la paix et la prospérité que tous les autres qui sont posés aujourd’hui à la Méditerranée. D’origine libanaise, il a appris à jouer du violon dans les abris anti-bombardements pendant la guerre civile qui a divisé son pays natal pendant 25 ans. A 15 ans il étudiait la Musique à Hanovre et sa carrière l’a mené à séjourner à Londres, Paris, Buenos Aires pour finalement poser définitivement ses valises en Espagne dont il est tombé amoureux. « Toutes les cultures méditerranéennes s’y côtoient. J’ai eu le sentiment de revenir à mes racines », raconte ce véritable génie de la musique qui s’est nourri de toutes sortes d’influences pour, à son tour nourrir son public de sonorités uniques que l’on peut retrouver dans son dernier album « Royal Garage ».

La culture pour « survivre »

Reconnu partout à travers le monde, Ara Malakian plaide pour que la culture ne soit plus le parent pauvre de la politique des Etats.
Pour le musicien, lorsque l’on vit des heures difficiles comme celles que nous impose la pandémie de la Covid_19, l’art est essentiel pour « survivre ».

Au cours des 25 dernières années qui ont vu jeter les jalons d’un « ensemble méditerranéen », des centaines d’initiatives de l’UpM ont permis de commencer à ancrer cette Union inédite dans la réalité des habitants de ce pourtour secoué par des crises et des conflits exacerbés par la crise sanitaire.

Un partenariat plus nécessaire que jamais

Plus de 50 projets labellisés, 300 forums d’experts et réunions ministérielles ayant réuni plus de 25 000 acteurs ont ponctué l’itinéraire difficile de la construction de cet ensemble euro-méditerranéen.
L’amplitude des répercussions de la pandémie de la Covid_19 a rendu ce partenariat plus nécessaire que jamais. Il doit être consolidé dans un esprit de solidarité entre les personnes et les Etats suffisamment fort pour relever les défis des inégalités sociales, de la lutte contre le changement climatique, des mutations technologiques, du renforcement du dialogue interculturel et de la lutte contre l’extrémisme violent.

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