Moussaoui: “La reprise des cérémonies religieuses doit être progressive et différenciée selon la capacité des mosquées à respecter les mesures sanitaires”

La publication vendredi 22 mai d’un nouveau décret du gouvernement sur une reprise des cérémonies religieuses a créé la confusion. le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, réaffirme la nécessité d’attendre avant de rouvrir les mosquées pour préserver la vie. Selon M. Moussaoui, “la reprise des cérémonies religieuses doit être progressive et différenciée selon les possibilité et la capacité des mosquées à respecter les mesures sanitaires”.

Le gouvernement vient de publier un nouveau décret autorisant une  reprise immédiate des cérémonies religieuses. Ne craignez vous pas des célébrations de la grande prière de l’Aïd dans certaines mosquées, alors que le virus continue de circuler ?

Mohammed Moussaoui: Nous avons réaffirmé notre appel aux musulmans de France à ne pas célébrer la grande prière de l’Aïd El Fitr dans les mosquées. Chacun pourra l’accomplir chez soi et en famille.

Il est vrai que ce nouveau décret peut créer la confusion. C’est la raison pour laquelle nous avons rappelé le contexte dans lequel il est intervenu. En effet, par sa décision du 18 mai 2020 le Conseil d’Etat a ordonné au gouvernement de modifier le décret du 11 mai 2020 qui imposait une interdiction générale et absolue de tout rassemblement et réunion au sein des lieux de culte. Selon le Conseil d’État cette interdiction créait une discrimination entre les lieux de culte et les autres établissements recevant du public qui sont autorisés à accueillir moins de 10 personnes.

En d’autres termes, le gouvernement étant dans l’obligation d’autoriser la reprise des cérémonies religieuses, il les a strictement encadrées et les a rendues sous la responsabilité des organisateurs, tout en recommandant fortement une reprise des cérémonies à partir du 3 juin 2020. Le choix de cette date n’est pas fortuit, il faut laisser le temps de voir l’impact du lever du confinement du 11 mai 2020 sur la situation sanitaire de notre pays qui reste précaire malgré l’amélioration liée au confinement.

Il est donc plus question d’une reprise progressive sous  conditions ?

Partant du principe fondamental de préservation de la vie, cette reprise doit être progressive et différenciée selon les possibilités et la capacité des mosquées à respecter les règles et mesures de préventions édictées ci-après.

Dans une première étape qui intervient après le 3 juin 2020, nous recommanderons de débuter progressivement avec les prières journalières. Ce n’est que quelques semaines plus tard qu’il serait envisageable de reprendre la prière de vendredi. En revanche, il est plus que recommandé de différer la reprise des enseignements dans les classes adossées aux mosquées au mois de septembre 2020.

Le CFCM prépare un document portant sur la distanciation physique, gestion des flux entrants et sortants, les gestes barrières, le port du masque, la désinfections des lieux, l’adaptation des rites aux gestes barrières, une meilleure communication en direction  des fidèles s’impose.

Les cérémonies religieuses se tiennent, sous la responsabilité des organisateurs. Ces derniers doivent veiller à l’application des mesures de prévention qui seront présentées dans ce document. Ces mesures sont issues des propositions faites par les représentants des fédérations et des CRCMs et ont fait l’objet d’une concertation avec les pouvoirs publics ainsi que les représentants des autres cultes.

Quel bilan tirez-vous de ce premier ramadan confiné ?

Un bilan plutôt positif eu égard aux difficultés inhérentes au confinement. La dimension spirituelle a été préservée voir amplifiée par le retour vers soi et la méditation profonde qu’a permis le contexte de pandémie. Être conscient de notre faiblesse et de la nécessité de renforcer notre relation avec le divin et avec notre prochain font partie des leçons de ce mois particulier. L’esprit de partage et de solidarité a été également amplifié.  La distribution de milliers de repas et de colis alimentaires à nos concitoyens de toute confession ainsi que le soutien total et la pleine solidarité avec le personnel soignant et tous ceux qui sont en premières lignes face à la pandémie, marquera à jamais ce mois de Ramadan 1441. 

Quel est le fait qui vous a marqué ?

Ce que je garderai aussi en mémoire de ce mois de ramadan, c’est la mobilisation extraordinaire des jeunes depuis le début de la crise de pandémie pour venir en aide aux personnes âgées et aux familles en difficultés. Il y a eu de tels élans de solidarité, de générosité que je ne peux que m’en réjouir.  Malgré la pandémie, ces jeunes ont formé une belle chaîne solidaire pour aider et soutenir les plus fragiles. C’est un bel engagement.

Comment la communauté musulmane a vécu ce ramadan inédit ?

La communauté s’est adaptée très vite au contexte de la pandémie avant l’arrivée de Ramadan. Nous n’avons pas eu de difficulté notable à fermer nos lieux de culte dès le 15 mars 2020 , avant même que les mesures de confinement aient été prises par le gouvernement. De même l’adaptation des rites funéraires et notamment la suspension des toilettes mortuaires a été faite dans la sérénité. Tout cela nous a permis d’aborder le mois avec une communauté mieux préparée. Les imams et aumôniers ont joué un rôle très important en innovant dans la création du lien social.  

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