L’invasion de l’Ukraine impose-t-elle une reconduction tacite de Macron ?

Il règne en France une étrange atmosphère. Logiquement à cette distance de l’élection présidentielle, le seul bruit qu’on pouvait entendre est celui du slogan électoral qui déstabilise l’adversative, de l’affiche politique qui résume le projet, du meeting qui enflamme les foules et les militants. Or, on n’entend que le cliquetis des armes, les bruits de bottes et les harangues mobilisatrices. La guerre en Ukraine a cannibalisé l’élection présidentielle.

Il est vrai que l’opposition dans ses multiples visages est tombée à bras raccourci sur le président Emmanuel Macron, lui reprochant de retarder au maximum l’annonce de sa candidature pour ne pas avoir à descendre sur l’arène politique. Les gains pour lui étant une économie d’exposition et d’occasions pour évoquer les facettes de son bilan.

Cet angle d’attaque était pertinent quand Vladimir Poutine n’avait pas encore envahi l’Ukraine et qu’il était dans une logique de menaces et d’exhibition de force. Aujourd’hui l’atmosphère a complètement changé. Une violente guerre déchire l’Europe et menace de s’étendre à son flanc Ouest.  Un homme, Vladimir Poutine, a militairement défié l’Occident. Européens et Américains, dans une inédite union sacrée, ont répondu à cet acte militaire russe par une stratégie de sanctions massives qui ont provoqué un isolement de la Russie et de son économie.

La guerre en Ukraine et ses impacts économiques, militaires et sociaux, sont aujourd’hui le seul sujet de préoccupation de l’électeur français. Même le Covid qui avait rythmé leur vie pendant presque trois ans a soudain disparu des radars, laissant la place au seul cauchemar de la guerre et ses conséquences sur leur niveau de vie et leur pouvoir d’achat. Certains  sondages vont jusqu’à laisser apparaître une volonté partagée par les français de se déterminer par rapport à la gestion de cette guerre par l’actuel locataire de l’Élysée.

Cette situation politique ressemble à un goulot d’étranglement pour l’opposition. Si elle veut débattre avec Emmanuel Macron, c’est de la guerre en Ukraine et ses conséquences sociales et économiques. Sur ce terrain, les candidats qui disposaient, avant le déclenchement des opérations militaires russes d’un crédit et d’une capacité à challenger le président sortant subissent un terrible effet de la guerre. Les liaisons équivoques qu’ils avaient avec Moscou ou les admirations coupables qu’ils exprimaient a l’égard de Vladimir Poutine leur sont revenues comme un effet boomerang.

Aussi bien Marine Le Pen qu’Eric Zemmour ont en commun une fascination assumée pour Vladimir Poutine, chacun pour des raisons différentes. Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a opéré une volte-face un peu acrobatique, imposée par des événements qu’il refusait d’envisager. Même s’il n’a jamais rêvé d’un “Poutine français” comme Zemmour, il ne cachait pas non plus une certaine admiration pour cette grande Russie qui tient tête aux Etats-Unis.

Et même si sur les plateaux de télévisons, ils s’échinent à prendre de la distance et à condamner la stratégie militaire russe, leur image et leurs postures politiques en sont sérieusement écornées.

En quelques jours, de grande puissance qui compte dans le jeu des nations, Vladimir Poutine s’est transformé en paria et en pyromane de la paix et de la stabilité dans le monde. Dans le discours sur l’état de l’Union prononcé par Joe Biden , le président américain a d’ailleurs parlé de Poutine comme d’un “dictateur” et d’un “autocrate”.

Au cours des quelques jours qui séparent les Français du premier tour de cette présidentielle, Emmanuel Macron n’aura qu’une idée à faire passer auprès de l’opinion française: qu’il est et demeure le seul pôle de stabilité, le seul détenteur de l’expertise et du savoir-faire nécessaire pour accompagner et gérer cette période à la fois sensible et explosive.

Gérer l’effervescent et anticiper l’inattendu. Le tout dans une atmosphère où la guerre économique, pour reprendre l’expression du ministre Bruno Lemaire est déjà là et que la guerre tout court lorgne à l’horizon.

Vladimir Poutine aurait rendu à Emmanuel Macron un précieux service en démagnétisant ses adversaires et en lui offrant la possibilité d’endosser le costume de chef régalien que certains, par opportunisme ou par conviction, lui déniaient. Aujourd’hui, la manière avec laquelle le président a géré cette guerre entre la Russie et l’Ukraine légitime ses chances et ses prétentions pour un second mandat. Il était déjà bien placé pour cause d’absence de compétiteur sérieux. Aujourd’hui il paraît incontournable pour cause de situation nationale et internationale extrêmement inflammable.

 

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