Macron rend hommage à Mitterrand sous l’oeil critique des socialistes

Une gerbe déposée devant la tombe, une minute de silence et une visite de la maison natale : Emmanuel Macron a sobrement célébré vendredi à Jarnac (Charente) le 25e anniversaire de la mort de François Mitterrand, aux côtés de grandes figures du PS attentives à souligner que les deux présidents n’avaient “rien de commun”.

C’est entouré de poids lourds socialistes – François Hollande, Ségolène Royal, Hubert Védrine, Olivier Faure –  que le chef de l’Etat a, pour la première fois, rendu hommage à son illustre prédécesseur, décédé le 8 janvier 1996 après être resté 14 ans à l’Elysée.

“25 ans après sa mort, l’héritage du Président François Mitterrand est toujours vivant. Ses deux septennats continuent d’irriguer notre histoire collective”, a souligné Emmanuel Macron dans un tweet.

Il n’a fait aucune déclaration publique durant ce court déplacement d'”hommage et de recueillement”, mais il pourrait s’exprimer à l’occasion des 40e anniversaires de la victoire du premier président de gauche de la Ve République le 10 mai 1981, puis de l’abolition de la peine de mort le 9 octobre de la même année.

Dans un deuxième tweet, il a rediffusé un extrait d’un discours de François Mitterrand au Parlement européen, en 1995, au cours duquel il défend “la construction européenne” comme “un gage de stabilité et de paix pour le continent”. “N’oublions jamais ses mots : +Le nationalisme, c’est la guerre +”, commente Emmanuel Macron.

Après le cimetière, où était présent Gilbert Mitterrand, l’un des deux fils de l’ancien président, le chef de l’Etat a visité la maison où François Mitterrand est né en 1916, et qui est devenue un musée. “Merci en ce jour pour ce cheminement sensible à travers les visages familiaux, les lieux, les livres et l’Histoire où l’on ressent comme les destins se forgent (…) En souvenir fidèle”, a-t-il écrit sur le livre d’or.

 

 “Rien de commun”

 

Sa visite dans la petite ville charentaise a été saluée par la vingtaine de mitterrandistes d’hier et d’aujourd’hui, pour lesquels le pèlerinage du 8 janvier est devenu une tradition.

Le Premier secrétaire du PS Olivier Faure a jugé “normal” et “bienvenu” que le président actuel rende hommage à un “illustre prédécesseur”, en notant qu’il avait fait de même pour Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac. “Chaque président est l’héritier de l’action de ses prédécesseurs”, a également souligné François Hollande.

Caustique, Ségolène Royal a dit espérer qu’Emmanuel Macron puisse “tirer quelques leçons” de sa visite à Jarnac. Car lorsqu’il était à l’Elysée, “François Mitterrand incarnait l’Etat” et “il n’y avait pas toute cette pagaille : l’Etat fonctionnait et était efficace”.

Et, ajoute Olivier Faure, il n’y a “rien de commun” entre les deux présidents. “Je ne vois aucune familiarité possible entre celui qui a instauré l’ISF et celui qui l’a abrogé, entre celui qui a abrogé la loi Sécurité et Liberté et celui qui veut mettre en place une loi de Sécurité globale, entre celui qui a mis en place la retraite à 60 ans et celui qui veut mettre en place un système inique, qui a pour vocation d’aller prélever sur les retraités l’argent de la dette”, a insisté le dirigeant socialiste.

“Aucun électeur de gauche ne peut croire à un clin d’oeil”, a-t-il souri, en faisant allusion à la volonté supposée d’Emmanuel Macron d’envoyer des signaux à 16 mois de la présidentielle.

Le patron des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, ancien sénateur PS et grand admirateur de François Mitterrand, s’est pour sa part emporté contre ce qu’il voit comme une tentative de récupération.

“La présence de Macron à Jarnac est écoeurante”, a-t-il tweeté vendredi. “Ça dégoûte”, a-t-il ajouté dans une interview à L’Obs, “il s’accroche à toutes les branches”.

Des élus PS, comme Anne Hidalgo, ont salué la mémoire du vainqueur de 1981. Mais des Marcheurs aussi, comme François de Rugy, lui ont rendu hommage.

L’une des rares fois où Emmanuel Macron a fait référence à François Mitterrand a été lors des obsèques en février 2020 de Michel Charasse, qu’il consultait de temps à autre et auquel il avait rendu un vibrant hommage. Il avait alors souligné que Michel Charasse avait défendu François Mitterrand “au-delà de sa disparition”, en “inlassable gardien du temple”.

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