Un colonel français livre sa vision de l’armée afghane

Le colonel Jean-François Martini, qui fut commandant de la “brigade OMLT” en Afghanistan d’avril à novembre 2009, a donné quelques informations sur sa mission aux députés de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale.

Chargé avec les soldats français des OMLT (Operational Mentoring Liaison Team) de la formation de la 1ère brigade du 201e corps d’armée de l’armée nationale afghane (ANA), l’officier français s’est trouvé en bonne position pour en juger des qualités et des défauts.

Commençons par les nombreuses mauvaises nouvelles : "L’armée afghane doit faire encore beaucoup de progrès notamment en matière de commandement, ses officiers devant évoluer du concept de chef de bande à celui de chef militaire." Pour cette armée chargée de remettre de l’ordre sur son propre terrain, avec des forces exclusivement terrestres, les compétences sont encore à affiner : "la dimension interarmes est encore très lacunaire. Ils peinent à utiliser leurs canons, leur génie ou encore leur aviation naissante. Au niveau des états-majors, la planification est quasi inexistante." Et encore : "L’ANA n’a pas de culture du renseignement, se contentant souvent d’informations achetées à des indicateurs à la crédibilité très variable." Selon le colonel Martini, la structure même de l’ANA est équivoque : "Le système ethnique est au coeur du problème. L’ANA doit être neutre ethniquement et pour cela elle doit reproduire toutes les composantes de la population, rendant les recrutements très difficiles. Ainsi, un commandant d’unité et son adjoint doivent obligatoirement être issus de deux ethnies différentes. De ce fait, un élément brillant que nous soutenons ne pourra progresser que si des places sont libres pour son ethnie. Cette situation constitue bien évidemment un frein, mais c’est aussi une garantie de la neutralité de l’ANA."

Mais il y a aussi de bonnes nouvelles. Ainsi, Jean-François Martini affirme que : "Les soldats afghans sont des hommes de grande valeur, d’excellents combattants avec beaucoup de courage et une très grande réactivité." Et de souligner que les soldats afghans "sont fidèles à l’État", ce qui n’est pas le cas des policiers de l’ANP (Afghan National Police) : "Les relations entre l’ANA et l’ANP sont mauvaises (…) certains policiers s’enrichissent particulièrement vite. Un grand nombre de mafieux se retrouvent au sein de l’ANP." Et l’officier français d’observer que "l’ANA respecte le gouvernement afghan, qui est perçu comme le chef dont on doit exécuter les ordres." Dernière note d’optimisme : "Je pense que les Afghans vont être capables de prendre en main la sécurité de leur pays, sans que je puisse toutefois avancer un délai. Ils le font déjà à Kaboul, par exemple. Il y a eu certes des attentats récemment mais il faut surtout retenir leur réaction extrêmement positive : les Afghans ont manoeuvré et retrouvé eux-mêmes les auteurs de ces attentats sans être supervisés. Cela aurait été impossible il y a un an."

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