Mehdi Kerkouche, de la “révélation” du confinement à l’Opéra de Paris

Entre deux confinements, son “rêve de gamin” est devenu réalité: Mehdi Kerkouche, chorégraphe venu du monde du hip-hop, a été invité à entrer dans la danse par la grande porte, avec une création à l’Opéra de Paris.

Un rêve presque parfait, car le deuxième confinement a stoppé net les spectacles dans la prestigieuse maison où devait se produire la première le 10 novembre. L’artiste de 34 ans ne se départ pas pour autant de son côté gouailleur et enthousiaste.

“Même si c’est un crève-coeur, on y va à 400%”, raconte-t-il à l’AFP. Les répétitions se poursuivent en effet au Palais Garnier en prévision d’une captation et peut-être d’un live feed sur internet.

La chorégraphie de 20 minutes, qui devait être présentée aux côtés d’autres créations de chorégraphes établis comme Sidi Larbi Cherkaoui, est baptisée “Et si”.

Depuis le premier confinement, “je me posais énormément cette question. Et si c’était la dernière fois que je pouvais créer?”, affirme le chorégraphe. “J’avais en tête la phrase de Pina Bausch +dansez, dansez, sinon nous sommes perdus+. Cette phrase nous a guidés (comme si c’était) les 20 dernières minutes de création possibles”, confie-t-il.

 

– “Bonheur ultime” –

Malgré le rendez-vous raté avec le public, cet ex-collaborateur de Chris(tine and the Queens) est encore sur un petit nuage. En mars, le grand public le découvre grâce à une petite vidéo devenue virale (1,5 million de vues) le montrant et des danseurs de sa compagnie EMKA dansant chacun dans leur appartement.

Puis il organise un marathon de danse en ligne qui récolte 15.000 euros pour la Fondation des hôpitaux de Paris. Brigitte Macron l’appelle pour le féliciter.

Mais c’est un autre message qui le surprend, celui d’Aurélie Dupont, directrice de la danse à l’Opéra. “Elle m’a fait le plus beau compliment possible: +j’ai vu le travail de ta compagnie, je vois complètement mes danseurs faire ça+. Je suis rentré chez moi, j’ai versé ma petite larme”, rit-il.

Pour le chorégraphe qui a grandi en banlieue parisienne, à Rueil-Malmaison, c’est le “bonheur ultime d’artiste”. “C’est un rêve de gamin. Petit, je ne savais pas que j’avais le droit d’aller à l’Opéra”, affirme ce fils de parents divorcés, une employée de maison et un plombier chauffagiste.

Pas de moyens pour aller voir des spectacles. “La culture, c’était la télé (…) mes premiers profs, c’était Michael et Janet Jackson”, se rappelle-t-il. A six ans, sa mère l’inscrit dans un cours de modern jazz où on lui dit qu’il avait “le rythme dans la peau”.

Après des essais chorégraphiques avec les copines dans la cité, l’adolescent veut devenir danseur. “Ma mère a d’abord rigolé et m’a dit +trouve-toi un autre sport histoire de te défouler un peu, et on en parlera plus tard+”.

Il ne lâche pas, se forme à tous les styles, hip-hop, jazz, salsa, street, puis rencontre Laure Courtellemont, chorégraphe de danse urbaine réputée, qui le prend sous son aile. Depuis dix ans, il chorégraphie un jeu vidéo très populaire, “Just dance” pour l’entreprise Ubisoft.

D’origine algérienne, Mehdi Kerkouche reconnaît avoir “rejeté” un temps cette appartenance. “Parce que je suis danseur, je suis homosexuel, j’ai eu des problèmes par rapport à ça”.

Mais avec le temps, “j’ai eu besoin de me reconnecter”, assure celui qui a chorégraphié pour sa compagnie la pièce “Dabkeh”, du nom de cette danse traditionnelle moyen-orientale qu’il déstructure en mode hip-hop.

Pour la pièce à l’Opéra, il ajoute un clin d’oeil en hommage aux tatouages de sa grand-mère berbère, à travers le maquillage des danseurs.

Dans cette maison, la danse contemporaine s’est installée depuis longtemps, mais “Mehdi nous a appris le langage hip-hop, son côté animalier et compact, qui vient du ventre… ceci est nouveau pour nous”, affirme à l’AFP Axel Ibot, un des dix danseurs sélectionnés.

Dans une compagnie très hiérarchique, la personnalité du chorégraphe a amusé les danseurs. “Dès le premier jour, il nous appelait mes petits coeurs, mes petits chats, on était un peu surpris”, sourit Axel Ibot. “C’est la première fois que le rapport (avec un chorégraphe) est aussi spontané”.

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