Algérie: la chute du puissant magnat de la presse Anis Rahmani

Tout puissant sous l’ère Bouteflika, le journaliste et PDG du premier groupe de médias privé algérien Ennahar, Anis Rahmani, a fini par être rattrapé par la justice. 

Tout puissant sous l’ère Bouteflika, le journaliste et PDG du premier groupe de médias privé algérien Ennahar, Anis Rahmani, a fini par être rattrapé par la justice. Il a été condamné dimanche à cinq ans de prison ferme, selon Ennahar, une peine d’une sévérité sans précédent à l’encontre d’un patron de presse en Algérie.

“Cinq ans de prison ferme#Anis Rahmani (…)”, a indiqué son groupe sur Twitter.

Anis Rahmani, 49 ans, proche de l’entourage de l’ex-président déchu Abdelaziz Bouteflika, était poursuivi pour avoir enregistré et diffusé en octobre 2018 une communication téléphonique qu’il avait eue avec un colonel des services de renseignement.

De son vrai nom Mohamed Mokaddem, Anis Rahmani, 49 ans, était accusé d'”outrage à un officier durant l’exercice de ses fonctions”, “diffamation à l’encontre de l’armée”, “outrage à corps constitué” et “atteinte à la vie privée en enregistrant une communication sans l’accord du concerné”, selon le site en ligne du groupe Ennahar.

Le directeur de la populaire Ennahar TV était également poursuivi pour “atteinte à l’unité nationale” et “atteinte à l’intégrité du territoire”.

En détention depuis février dernier, M. Rahmani a également écopé d’une amende de 100.000 dinars (près de 700 euros).

Lors de son procès, qui s’est tenu par visioconférence depuis la prison de Koléa près d’Alger, le procureur avait requis une peine de 10 ans ferme.

Durant les débats, M. Rahmani a clamé son innocence et nié les faits qui lui sont reprochés. Il a assuré que sa “responsabilité morale et juridique (l’) avait poussé à défendre ses journalistes en prenant certaines dispositions”.

Parmi ces dispositions, il a reconnu “avoir enregistré la communication avec l’officier supérieur et l’avoir diffusé lors de l’arrestation du journaliste qui avait écrit sur le sujet”.

 

 Grandeur et décadence

 

Le 15 octobre, le magnat déchu avait déjà été condamné à six mois de prison ferme pour diffamation dans une autre affaire qui l’opposait au directeur de la revue arabophone Echourouk El-Arabi, Yassine Fodil.

Autrefois proche du clan Bouteflika, en particulier de Saïd Bouteflika, frère et puissant conseiller de l’ex- homme fort de l’Algérie, Anis Rahmani fait également l’objet d’une enquête pour “corruption”.

Il est aussi poursuivi dans plusieurs dossiers, notamment pour “acquisition d’avantages indus” et de “détention de comptes bancaires à l’étranger”.

Il a été visé par d’autres plaintes pour diffamation, selon les médias algériens.

Connu comme un spécialiste des questions sécuritaires, Anis Rahmani est devenu célèbre grâce à Ennahar TV.

Lancée en 2012, cette chaîne d’information en continu se targue d’être “la première chaîne d’info en Algérie”.

Mais elle a été critiqués pour être une arme contre les opposants au “système” Bouteflika.

Lors de la campagne électorale pour la présidentielle de décembre 2019, la chaîne avait attaqué le candidat Abdelmadjid Tebboune, devenu président.

La chute d’Anis Rahmani paraissait alors inéluctable.

Après la démission d’Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir en avril 2019 par un soulèvement populaire, la justice algérienne a lancé une série d’enquêtes pour corruption.

Les condamnations en série à de sévères peines de prison ont dévoilé l’ampleur de la corruption dans le sérail de l’ancien chef d’Etat, touchant anciens ministres, hauts fonctionnaires et hommes d’affaires.

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