Maroc/Fake News: Il n’existe aucun contrat entre le géant chinois des technologies Huawei et la DGSN

L’information est de taille : Huawei serait le “fournisseur préféré” de la police marocaine, selon un article de Africa Intelligence publié le 2 septembre. “Le chef de la Direction générale de la Sûreté Nationale (DGSN) a ordonné l’installation à grande échelle des systèmes de vidéosurveillance de Huawei , y compris la reconnaissance faciale, dans les principales villes du royaume”, peut-on lire dans la publication du groupe Indigo Publications. “Cette information est fausse”, déclare un haut cadre de la DGSN contacté par Atlasinfo.fr.

Dans un autre contexte, cette Fake news serait sans doute passée inaperçue mais le fait est que cet article, publié 48 heures après un contact de haut niveau entre le Maroc et la Chine, ne doit pas être pris à la légère.

Les chefs d’Etat du Maroc et de la Chine se sont en effet entretenus le lundi 31 août sur la coopération économique et le dialogue politique entre les deux pays, qui avaient conclu un partenariat stratégique paraphé par le Roi Mohammed VI et le président Xi Jinping à Pékin en mai 2016.

La lutte contre la pandémie de la Covid-19 a également tenu une bonne place lors de cet entretien entre les deux dirigeants. Ce contact est une illustration de la diversification des alliances stratégiques du Royaume chérifien. Il s’inscrit de manière pragmatique dans les bouleversements mondiaux , s’émancipant de ces alliances traditionnelles sans pour autant les renier ou leur tourner le dos.

Sur fond de tension sino-américaines

Au-delà de cette « coïncidence » dans le timing, l’article interpelle sur le contexte lié aux tensions sino-américaines dont pâtît le géant Huawei, sous le coup de mesures de rétorsion américaines, lesquelles mesures pourraient être étendues aux filiales du géant chinois dont Huawei Technologies Morocco, selon Africa Intelligence.

Le fait d’y associer l’un des principaux responsables des services de sécurité du pays, Abdellatif Hammouchi, de surcroît sur la base d’informations fausses d’une part et de la méconnaissance des lois qui régissent l’attribution des appels d’offres au Maroc, d’autre part, suscite des interrogations.

Ainsi, “le choix inapproprié mais volontairement malveillant du mot  “ordonner” interpelle lorsque l’on sait que toute acquisition, de quelque nature qu’elle soit, se fait par appel d’offres, dès que le montant de la transaction dépasse 200 000 dirhams (un peu plus de 18 300 euros)”, nous affirme le haut cadre de la DGSN, précisant qu'”Africa Intelligence n’a pas contacté les services en charge de la presse et de la communication de l’institution pour vérifier les informations contenues dans cet article.”

Ignorance des lois et réglementations marocaines

Ainsi donc, le directeur général de la police marocaine ne peut pas “ordonner l’installation à grande échelle des systèmes de vidéosurveillance (…) dans les principales villes du royaume”.Tout comme pour les mêmes raisons, il ne peut afficher de “préférence”, pour reprendre le verbe utilisé par l’auteur de l’article : “Huawei, fournisseur préféré d’Abdellatif Hammouchi”.

Par ailleurs, “si l’auteur de l’article avait pris la peine de vérifier ses informations”, poursuit notre interlocuteur en charge du dossier au sein des services de police marocains, “il aurait su pour ce qui est de la vidéo- protection urbaine, que tous les marchés sont lancés par les autorités gubernatoriales ou les Sociétés de Développement Locales (SDL). La DGSN n’intervient que pour définir le besoin technico-fonctionnel”.

Concernant le cas de Marrakech évoqué dans l’article, Atlasinfo.fr a vérifié l’information auprès du Conseil communal de la ville. C’est lui qui avait, en effet, accordé ce marché négocié en 2015, dans le cadre des préparatifs de la conférence des Nations-Unies pour le climat, la COP22, qui s’était tenue en novembre 2016.

La DGSN n’a aucun contrat direct qui la lie à Huawei

Pour ce qui est des informations erronées, il n’existe aucune possibilité pour que le bras de fer entre Huawei et les Etats-Unis produise  “quelques effets de bord imprévisibles pour le patron des services de sécurité du pays”, comme l’avance Africa Intelligence puisque la DGSN n’a aucun contrat direct qui la lie à Huawei .

Des responsables de Huawei avaient bien rendu visite à la DGSN pour présenter leur système national de vidéo-protection urbaine mais ils avaient été réorientés vers les services en charge du ministère de l’intérieur, lesquels chapeautent les gouverneurs qui détiennent la maîtrise d’ouvrage de ce type de projet.

Enfin, et après vérification par Atlasinfo.fr, pour ce qui concerne la radiocommunication, la société Huawei a été consultée dans le cadre d’un appel d’offre pour la modernisation du réseau radio national de la DGSN, l’offre financière du géant chinois étant plus élevée que ses concurrents sur cette consultation, c’est la société Nokia qui avait été finalement retenue.

Angle éditorial destiné à brosser le portrait d’un “VIP affairiste tout-puissant”

Au-delà des informations erronées dans cet article, la position que l’on souhaite donner au responsable de la DGSN dans des transactions commerciales, mérite qu’on s’y attarde, sur fond de tensions entre les deux puissances mondiales.

Il ne s’agit pas ici de prendre fait et cause pour une personne pour laquelle il se dégage clairement qu’il y a un objectif pour le présenter comme un affairiste “VIP”, qui “ordonne” et qui exprime des “préférences”. Il est question de s’interroger sur la ligne nourrie ces derniers mois pour projeter et maintenir au devant de la scène médiatique les responsables en charge de la sécurité du Maroc. Cette ligne s’inscrit dans le travail de sape méthodique orienté dans le sens d’affaiblir le Maroc .

Pour conclure et mieux appréhender l’article de Africa Intelligence , trois hypothèses doivent être considérées:

Dans le cas de Huawei, le Maroc serait un “dommage collatéral”, dans un contexte géostratégique en mutation, marqué par des tensions diplomatiques et commerciales entre les deux plus grandes puissances mondiales.
– Ces tentatives d’affaiblissement alimentées par des services de pays  “alliés” visent à faire monter la pression et mettre au pas le Maroc considéré comme “insolent” par certaines chancelleries européennes.
– C’est dans la continuité de la stratégie mise en œuvre par des cercles de la gauche radicale marocaine qui a fait alliance avec le mouvement islamiste qui vise la restauration du Califat, Al Adl Wal Ihssane (Justice et Bienfaisance), pour nourrir le portrait de ” services de sécurité tout-puissants et affairistes”, dans l’espoir d’imposer un projet insurrectionnel au Maroc.

D’aucuns diront que la réalité s’inspire de la combinaison d’un peu de tout cela.

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