Le chef du Polisario tergiverse, écrit à l’ONU pour accuser le Maroc
Acculé, le chef du Polisario réclame le maintien de la MINURSO et rejette l’autonomie comme seule base.

Le chef du Polisario, Brahim Ghali, a écrit au Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, avant le vote du Conseil de sécurité sur la MINURSO. Le mandat de la mission expire le 31 octobre. Sa lettre arrive au lendemain de la diffusion du premier projet de résolution américain, qui va dans le sens contraire de ce qu’il demande.
Le premier projet américain change la nature de la mission
Les États-Unis, qui rédigent le texte, ont diffusé le 22 octobre un premier projet daté du 20 octobre, comme l’a rapporté Atlasinfo. Le draft avance des changements majeurs sur la seule base du plan d’autonomie marocain
La MINURSO devient la MINUSO, et le mot « référendum » disparaît de son nom. Le maintien de la paix s’arrête le 30 avril 2027, puis la mission devient une mission politique spéciale, du 1er mai au 31 octobre 2027. Le plan d’autonomie marocain devient la seule base des négociations, et l’autonomie sous souveraineté marocaine la seule solution viable.
La résolution 2797 jugeait qu’une autonomie véritable pouvait représenter une solution des plus réalisables, sans la déclarer seule viable. Le projet ne cite enfin que la résolution 2797 et fait disparaître la résolution 690 de 1991, qui avait créé la MINURSO pour organiser un référendum.
Le Polisario rejette ce texte. Pour être adopté, il doit recueillir 9 voix et aucun veto d’un membre permanent.
Le titre de « président » ne vaut rien à l’ONU
Brahim Ghali écrit en sa qualité de président de la pseudo-RASD. Cette entité s’est autoproclamée et n’est pas membre de l’ONU. À l’ONU, ce titre n’a donc aucune valeur juridique. Sa seule qualité reste celle de chef du Polisario, si tant est que ce soit une qualité. Les résolutions 34/37 et 35/19 de l’Assemblée générale le reconnaissent comme représentant du peuple du territoire. Elles ne font de lui ni un chef d’État ni une autorité souveraine.
Cessez-le-feu : c’est le Polisario qui l’a déclaré terminé
Brahim Ghali accuse le Maroc d’avoir violé le cessez-le-feu le 13 novembre 2020, or les faits sont bien connus. Le Secrétaire général de l’ONU a lui-même écrit que des hommes armés du Polisario et des véhicules militaires étaient installés dans la zone tampon de Guerguerate dès octobre 2020. La MINURSO les avait prévenus que leur présence violait l’accord militaire. Le Polisario a ensuite lui-même déclaré le cessez-le-feu terminé. Le porte-parole de l’ONU l’a relevé le jour même. Le Conseil de sécurité n’a pas condamné l’opération marocaine.
On ne peut pas casser un accord, puis reprocher à l’autre de ne plus le respecter. Le dernier rapport du Secrétaire général, daté du 1er octobre, relève que le Polisario continue de rejeter les appels de la MINURSO à cesser les violations. Il a aussi refusé une trêve pendant le Ramadan.
Brahim Ghali demande au Conseil de faire rendre des comptes au Maroc. Peut-être semble-t-il oublier que le Conseil n’est pas un tribunal. Celui-ci a pour vocation de chercher une solution entre les parties et non à condamner l’une d’elles parce que l’autre le demande.
Autodétermination : le Polisario n’a aucun veto sur la base des négociations
Le chef du Polisario rejette toute négociation limitée à l’autonomie. Le Conseil de sécurité a pourtant déjà tranché. La résolution 2797 a été adoptée le 31 octobre 2025 par 11 voix pour, aucune contre et 3 abstentions. Elle soutient des négociations qui prennent comme base le plan d’autonomie marocain. Elle ne mentionne plus de référendum. Le premier projet américain va plus loin, mais il n’est pas voté.
Brahim Ghali présente l’indépendance comme seule issue possible. L’ONU ne le dit nulle part. Pour l’ONU, l’autodétermination n’est pas égale à l’indépendance. L’Assemblée générale admet plusieurs issues : indépendance, association ou intégration. La Cour internationale de Justice a aussi rappelé en 1975 que l’ONU choisit librement la forme de la consultation.
Mandat de la MINURSO : personne n’a de droit acquis
Brahim Ghali veut garder le mandat de 1991, conçu pour organiser un référendum. Ce mandat appartient au Conseil de sécurité. Le Conseil le renouvelle, le modifie ou y met fin quand il le décide. La résolution 2797 a déjà demandé un examen du futur mandat de la mission. Le Secrétaire général recommande de prolonger la mission jusqu’au 31 octobre 2027 et lie tout changement au processus politique. Le premier projet américain veut aller plus vite et mettre fin au maintien de la paix le 30 avril 2027. Brahim Ghali demande donc de garder ce que Washington veut transformer.
Droits humains : le Polisario restreint lui aussi l’accès de la MINURSO
Le chef du Polisario reproche au rapport de passer sous silence les restrictions d’accès de la MINURSO dans les provinces du sud. Il reproche aussi au Maroc de refuser l’accès au Haut-Commissariat aux droits de l’homme. Le rapport appartient au Secrétaire général seul. Aucune partie ne le rédige. La résolution 2703 a d’ailleurs salué le rôle du Conseil national des droits de l’homme à Dakhla et à Laâyoune. Elle a aussi salué la coopération du Maroc avec les experts de l’ONU.
Le rapport de 2026 indique aussi que la MINURSO n’a pas reçu l’autorisation du Polisario pour enquêter sur un incident présumé. Dans un rapport précédent, le Secrétaire général notait que les vols de reconnaissance de la MINURSO à l’est du mur n’étaient plus autorisés depuis novembre 2020. Le Polisario se plaint donc d’un blocage qu’il organise lui-même.
Réfugiés : le Polisario refuse l’information et le recensement
Brahim Ghali refuse les visites « go and see ». Elles permettent aux réfugiés sahraouis de voir sur place les conditions dans les provinces du sud et le plan d’autonomie marocain. Il affirme que l’occupation du territoire par le Maroc est la cause de leur exil. Pourtant, le Conseil de sécurité demande depuis des années un recensement des camps de Tindouf, en Algérie. Il n’a jamais eu lieu. Personne ne sait donc combien de personnes y vivent. L’ONU prévoit l’aide pour 90 000 personnes. Une autre estimation onusienne en compte 173 600.
Priver les réfugiés d’information va à l’encontre d’un principe de base de l’ONU. Le choix d’une solution durable doit être libre et éclairé. La cause de leur exil se détermine aussi après un recensement. Brahim Ghali ne peut pas la fixer seul.
Brahim Ghali demande enfin que sa lettre soit transmise au Conseil de sécurité. Une lettre d’une des parties n’oblige ni le Secrétaire général ni le Conseil. Le Conseil a déjà pris position dans la résolution 2797 et examine maintenant le projet américain.



