La Cour suprême de Somalie juge illégal le maintien au pouvoir du président Hassan Sheikh Mohamud
La Cour suprême de Somalie a jugé illégal le maintien au pouvoir du président Hassan Sheikh Mohamud, au lendemain de son limogeage de son président. Cette crise s’ajoute au retrait annoncé des troupes ougandaises.

La Somalie entre en territoire politique inconnu. Jeudi 5 novembre, la Cour suprême a jugé « illégal » le maintien au pouvoir du président, Hassan Sheikh Mohamud. Le pays est déjà fragilisé sur le plan sécuritaire par l’annonce du retrait des troupes ougandaises, alors que la menace des shebab ne faiblit pas.
Une Cour suprême qui rejette la prolongation du mandat
Le gouvernement affirme que le maintien du président au pouvoir est rendu possible par la nouvelle Constitution, adoptée le 4 mars dernier. Elle a prolongé le mandat présidentiel de quatre à cinq ans et instauré l’élection des parlementaires au suffrage universel. La Cour suprême a jugé que les termes de cette Loi fondamentale « ne s’appliquent pas aux institutions élues (…) actuellement en fonction ».
Le Premier ministre, Hamza Abdi Barre, avait salué l’adoption de la Constitution comme une « victoire historique ». L’opposition avait dénoncé des articles écrits sur mesure pour permettre au président de demeurer aux affaires.
Jusqu’ici, les députés et les sénateurs somaliens étaient désignés par un système indirect et clanique : des personnalités reconnues des clans nommaient des délégués, qui choisissaient les parlementaires. Le président était ensuite élu par l’Assemblée nationale et le Sénat, et non par la population. La nouvelle Constitution maintient ce mode d’élection du président.
Un président qui se dit déterminé
L’exécutif n’a pas encore réagi sur le fond à la décision. Hassan Sheikh Mohamud s’est dit déterminé jeudi à organiser les futures élections au suffrage universel : « Nous avons promis au peuple somalien qu’il serait gouverné par des dirigeants. (…) Nous ne transigerons pas sur ce point. » La présidentielle est prévue le 15 mai 2027, avec un an de retard, dans un paysage politique toujours plus fragmenté.
L’experte somalienne en sécurité régionale Samira Gaid, du think-tank Balqiis Insights, a estimé sur X que le président aura du mal à écarter le fait que les cinq juges ont tous signé le jugement, sans opinion dissidente, « malgré les pressions évidentes exercées ».
Le limogeage du président de la Cour suprême annulé
Mercredi, le chef de l’État avait annoncé sur Facebook avoir « démis de ses fonctions » le président de la Cour suprême, Bashe Yusuf Ahmed. Il disait répondre aux préoccupations des juges, du personnel judiciaire et des professionnels du droit sur la nécessité d’un système judiciaire efficace et équitable. La Cour suprême a qualifié cette décision de « nulle et non avenue ». Elle a ordonné au président de « préserver l’indépendance du pouvoir judiciaire et de faire respecter l’État de droit, compte tenu de sa responsabilité en tant que garant et promoteur de la Constitution ».
Le retrait ougandais fragilise la sécurité
Le pouvoir somalien multiplie les revers cette semaine. Lundi, l’Ouganda a annoncé le retrait de ses troupes du pays. Un cadre de l’armée ougandaise indique qu’elle constitue entre un tiers et la moitié des quelque 12 000 soldats de la Mission de soutien et de stabilisation de l’Union africaine en Somalie (Aussom). Cette mission appuie le gouvernement face aux shebab, groupe armé lié aux jihadistes d’Al-Qaïda.
Les décisions du président se heurtent à l’hostilité croissante des autorités de plusieurs États fédérés, notamment le Puntland, au nord-est, et le Jubaland, au sud-ouest. Elles dénoncent une tendance centralisatrice qui empiète sur leurs pouvoirs, ce qui pèse aussi sur le terrain sécuritaire.
L’ancien gouverneur de l’État du Sud-Ouest, Abdiaziz Laftagareen, opposé à la réforme constitutionnelle, a été écarté du pouvoir par l’armée fédérale. Il a depuis tenté plusieurs fois de reconquérir la région et sa ville principale, Baidoa, au prix de lourds combats. Fin octobre, une embuscade des shebab a visé des soldats somaliens qui partaient prêter main-forte à des compagnons d’armes combattant les milices de Laftagareen.
La Somalie au Conseil de sécurité
Membre du Conseil de sécurité, la Somalie s’est abstenue le 30 octobre sur la résolution américaine concernant la MINURSO, qui a recueilli onze voix avant le veto de la Russie. Elle a voté pour le texte russe, qui n’a obtenu que trois voix.



