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Sahara marocain: la négociation change de nature

Le dernier rapport du Secrétaire général des Nations Unies ne permet pas d’annoncer un règlement immédiat du dossier du Sahara marocain. Mais il met en évidence une évolution stratégique majeure. La négociation ne porte plus seulement sur les principes de la solution, elle commence à porter sur son architecture, ses mécanismes de transition et ses garanties.

Au premier trimestre 2026, le Maroc, l’Algérie la Mauritaniele et le Polisario ont participé à trois séries de négociations directes, les premières de cette nature depuis environ sept ans. Les Nations Unies parlent d’une « nouvelle dynamique politique » et estiment que, malgré les divergences persistantes et les tensions sur le terrain, les perspectives d’une avancée demeurent réelles.

La nouveauté essentielle réside cependant moins dans la reprise du dialogue que dans le contenu des discussions.

À Washington, les 18 et 19 janvier, le Maroc a développé son Initiative d’autonomie de 2007 à partir d’un projet de statut communiqué aux négociateurs en janvier 2026. Ce document n’a pas été présenté comme un accord définitif, mais explicitement comme une base de négociation.

À Madrid, les 8 et 9 février, une étape supplémentaire a été franchie. Les participants ont examiné la création éventuelle d’un conseil de transition chargé de gérer la période transitoire et de fournir un cadre pour le règlement des questions de fond. Les discussions ont également porté sur les garanties de mise en œuvre, le partage des ressources, l’amnistie et la réconciliation, le désarmement, la démobilisation et la réintégration, les arrangements de sécurité et les systèmes électoraux. À l’issue de cette rencontre, les équipes de l’ONU et des Etas-Unis ont préparé un premier projet d’accord-cadre concernant une éventuelle transition.

Lors de la troisième série, à Washington les 23 et 24 février, les discussions ont porté de manière détaillée sur le conseil de transition. Les questions de souveraineté et d’autodétermination ont également été abordées, parfois séparément tant les divergences demeurent profondes.

C’est probablement là que se situe le principal changement stratégique. Le processus commence à passer d’une confrontation sur la définition de la solution à une négociation sur les mécanismes susceptibles de la rendre applicable.

Le conseil de transition, révélateur du changement

Le conseil de transition ne constitue ni un accord acquis ni une institution déjà arrêtée. Mais son examen montre que les négociateurs réfléchissent désormais à la manière d’organiser le passage entre la situation actuelle et un futur arrangement institutionnel.

Cette évolution est confirmée par la suite du processus. Après les trois séries de discussions, Staffan de Mistura et le coprésident américain ont retravaillé les éléments sur lesquels un consensus relatif semblait possible et élaboré un cadre transitoire révisé. S’il est accepté, celui-ci pourrait servir de base à l’élaboration détaillée d’un modèle d’autonomie ainsi qu’à une consultation significative de la population concernée.

La séquence devient ainsi plus lisible : autonomie comme la base de négociation, cadre transitoire, définition du modèle institutionnel, garanties, consultation et éventuelle mise en œuvre.

Pour le Maroc, cette évolution constitue un acquis diplomatique important. Le rapport indique explicitement que la proposition marocaine d’autonomie est la base des négociations conformément à la résolution 2797.

Ce déplacement est renforcé par plusieurs évolutions diplomatiques. La Suède et la Suisse ont exprimé leur soutien au plan marocain comme base crédible. L’Union européenne a actualisé sa position collective en janvier 2026 en indiquant que les négociations devraient prendre la proposition marocaine d’autonomie comme base. Le Mali et le Honduras ont, de leur côté, suspendu leur reconnaissance de la « RASD ».

La position marocaine ne progresse donc plus seulement dans les déclarations de soutien. Elle influence désormais le cadre même à l’intérieur duquel la négociation est conduite.

De l’autonomie de principe à l’autonomie à négocier

Cette évolution ne signifie toutefois pas que l’issue soit acquise. Staffan de Mistura rappelle que toute autonomie devrait répondre aux normes internationales les plus élevées et bénéficier de garanties internationales solides. Le Secrétaire général de l’ONU appelle les parties à explorer une « véritable autonomie », qu’il considère susceptible de représenter l’issue la plus réalisable dans le cadre de la résolution 2797. Il précise surtout que le cadre et les arrangements transitoires envisagés peuvent contribuer à rendre cette perspective concrète.

Il s’agit de moins en moins de déterminer si l’autonomie peut constituer le cadre du règlement. Elle sert déjà de base au processus. La négociation porte désormais davantage sur quelle autonomie, avec quelles compétences, quelles institutions, quelles garanties et selon quelle transition.

C’est un changement substantiel pour le Maroc. Son Initiative de 2007 n’est plus seulement défendue comme une proposition diplomatique : elle devient progressivement le point autour duquel sont discutées les modalités concrètes d’un futur règlement.

La participation de l’Algérie constitue un autre élément significatif. Même si elle se défend de na pas être partie prenante, Alger parraine, abrite et finance le Front Polisario. Sa présence confirme la dimension régionale du dossier et la difficulté d’envisager une stabilisation durable sans implication directe de tous les acteurs.

L’engagement américain est quant à lui notable. Washington ne se contente plus d’appuyer le processus conduit par les Nations Unies. Les discussions sont coprésidées par Staffan de Mistura et l’ambassadeur américain auprès de l’ONU, et les équipes américaines travaillent avec l’organisation onusienne à l’élaboration des éléments du cadre transitoire.

Les États-Unis passent ainsi du soutien diplomatique à une implication directe dans l’ingénierie du règlement. Un avantage politique.

Prorogation du mandat de la MINURSO

Les hostilités de faible intensité se poursuivent. La MINURSO continue de signaler des tirs du Front Polisario vers les Forces armées royales marocaines ainsi que des frappes de drones marocains à l’est du dispositif de défense. Antonio Guterres recommande en conséquence de maintenir la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2027, estimant que sa disparition augmenterait fortement le risque d’escalade et de débordement régional.

Rien ne permet donc d’affirmer que le conflit approche mécaniquement de sa conclusion. Les divergences restent importantes et la dynamique demeure réversible. Mais ne pas voir le déplacement en cours serait une autre erreur.

La proposition marocaine d’autonomie sert désormais de base aux négociations. Un conseil de transition est explicitement discuté. Un cadre transitoire a été élaboré. L’Algérie participe directement au processus. Washington intervient dans sa conduite. Et les Nations Unies examinent les conditions permettant de transformer le principe d’une autonomie en dispositif institutionnel négocié et applicable.

Le dossier du Sahara marocain est en train de passer d’une bataille sur la définition de la solution à une négociation sur son architecture, sa transition et ses garanties.

Pour le Maroc, le changement est majeur. Il  ne se trouve plus seulement en position de défendre une proposition. Son Initiative d’autonomie constitue désormais le point de départ autour duquel s’organise une part croissante de la négociation sur la solution elle-même.

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