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Le sociologue Michel Wieviorka analyse l’ampleur de la mobilisation du 5 novembre en France

Invité de l’émission 10 minutes info le jeudi 5 novembre, jour de mobilisation et de grève en France, le sociologue et directeur d’études à l’EHESS Michel Wieviorka s’est dit surpris par l’ampleur du mouvement social, à six mois de l’élection présidentielle.

Le gouvernement prévoyait jusqu’à 700 000 manifestants dans les rues. Selon Michel Wieviorka, la mobilisation témoigne d’une accumulation de colères plutôt que d’une convergence des luttes. Il a également relevé un décalage entre l’appel à la grève lancé par les syndicats et la place centrale prise par les manifestations, alors que l’ampleur du mouvement dans les entreprises restait difficile à évaluer.

Un syndicalisme davantage tourné vers la rue

Le sociologue a estimé que les syndicats jouaient désormais un rôle plus politique, en portant l’expression de la colère sociale. Il a toutefois mis en garde contre un possible rapprochement avec le mouvement des Gilets jaunes. Si la mobilisation se déplaçait des entreprises vers la rue et entraînait des débordements, elle pourrait, selon lui, rappeler cette période.

Michel Wieviorka a également évoqué la participation des lycéens. Leur mobilisation traduirait notamment une volonté de pouvoir se construire et se projeter dans l’avenir, ainsi qu’une contestation de Parcoursup. Il a néanmoins craint que les revendications liées à l’éducation et à l’université ne soient reléguées au second plan.

Une crise sociale et institutionnelle

Le sociologue a souligné que le pouvoir d’achat mobilisait des catégories très diverses, des lycéens aux retraités, en passant par les salariés du public et du privé. Cette diversité rendrait la réponse gouvernementale particulièrement difficile.

Il a par ailleurs décrit une crise à la fois sociale et institutionnelle, marquée notamment par les difficultés liées à l’absence de budget et par les incertitudes sur le fonctionnement du Parlement. Selon lui, le gouvernement ne disposait ni du temps ni des moyens nécessaires pour engager de grandes réformes. Il a aussi regretté que sa proposition d’organiser des États généraux sur l’avenir de l’université n’ait pas été retenue.

Interrogé sur le déploiement des forces de l’ordre autour des mobilisations lycéennes, Michel Wieviorka a estimé que cette réponse avait contribué à renforcer la colère. Il a toutefois rappelé que les réalités variaient selon les établissements, soulignant les différences entre un lycée du quartier Latin et un lycée professionnel situé en périphérie.

Le risque d’une montée de la radicalité politique

L’ampleur de la mobilisation à quelques mois de l’élection présidentielle a surpris le sociologue. Il a toutefois estimé que le vide politique entre les deux extrêmes pouvait contribuer à expliquer le mouvement. Certains électeurs pourraient ainsi choisir d’attendre le scrutin pour exprimer leur mécontentement, notamment en votant pour La France insoumise ou le Rassemblement national.

Michel Wieviorka a enfin averti que la crise actuelle risquait de nourrir la radicalité et l’extrémisme politique. Il a appelé le gouvernement à répondre aux revendications concernant le Smic, qu’il a jugées essentielles pour de nombreux Français.

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