Le président brésilien Lula affronte le sénateur Flávio Bolsonaro au second tour
Le Parti libéral a obtenu 121 députés et sera à 28 sénateurs dès 2027. L’Amazonie est restée absente de la campagne.

Un Brésil profondément polarisé se rend aux urnes dimanche 25 octobre pour départager le président sortant de gauche, Luiz Inácio Lula da Silva, et le sénateur conservateur Flávio Bolsonaro, fils de l’ancien président Jair Bolsonaro. Orientation politique du continent, relations avec Washington et Pékin, rapport de force au Parlement et avenir de l’Amazonie : quatre enjeux se dégagent.
Gauche ou droite
L’Amérique du Sud a amorcé un net virage à droite ces dernières années, de l’Argentine au Chili, en passant par la Bolivie, l’Équateur, la Colombie et le Pérou. Si Lula l’emporte, le Brésil, qui concentre près de la moitié du PIB et de la population de l’Amérique du Sud, demeurera un grand bastion de la gauche. À l’inverse, une victoire de Flávio Bolsonaro transformerait la vague conservatrice sur le continent en raz-de-marée.
Le politologue Fabio Albergaria de Queiroz estime que ce qui est en jeu, c’est avant tout l’avenir du Brésil, de l’orientation politique à l’équilibre des pouvoirs.
Un scrutin au coude-à-coude
Comme rapporté par Atlasinfo, les deux candidats se sont affrontés une dernière fois vendredi 23 octobre sur TV Globo, autour de l’économie, de la sécurité et de la corruption. Flávio Bolsonaro avait devancé Lula au premier tour du 4 octobre avec 47% des voix contre 45%. La dernière enquête Datafolha, publiée le 22 octobre, donne les deux candidats à égalité, avec 50% des votes valides chacun.
Relations avec Washington et Pékin
Le Brésil maintient une diplomatie pragmatique entre les États-Unis et la Chine, mais cet équilibre est mis à l’épreuve depuis le retour du président Donald Trump à la Maison-Blanche : droits de douane élevés, sanctions au titre de la loi Magnitsky et enquêtes commerciales. L’an dernier, Donald Trump avait dénoncé une « chasse aux sorcières » contre son allié Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État après sa défaite face à Lula.
Ces tensions se répercutent dans la campagne : Flávio Bolsonaro affiche sa proximité avec Washington, tandis que Lula fait de la souveraineté nationale son leitmotiv. Une présidence de Flávio Bolsonaro marquerait un alignement plus net sur les États-Unis, deuxième partenaire commercial du Brésil. Elle ne romprait pas pour autant les liens avec Pékin : le puissant lobby de l’agrobusiness, pilier de l’électorat conservateur, reste opposé à tout éloignement de la Chine, premier client du Brésil. Pour le professeur Marcus Vinicius de Freitas, de l’Université des Affaires étrangères de Chine, le prochain exécutif évoluera dans un contexte mondial plus compétitif, où les intérêts ne coïncident pas toujours.
Un Parlement déjà acquis à la droite
Le renouvellement des 513 sièges de la Chambre des députés et des deux tiers du Sénat au premier tour a tourné au triomphe pour les conservateurs. Le Parti libéral (PL), dirigé par Flávio Bolsonaro, s’impose comme la première force des deux chambres, avec la plus importante délégation obtenue par un parti depuis la Constitution de 1988. Il passe de 99 à 121 sièges à la Chambre des députés. Au Sénat, il remporte 19 des 54 sièges à pourvoir, pour atteindre 28 sénateurs sur 81 dès 2027.
Cette majorité décidera du sort du projet de loi d’amnistie en faveur de Jair Bolsonaro, que Flávio Bolsonaro a promis à son père, et des nominations à la Cour suprême. Le 29 avril, le Sénat a rejeté par 42 voix contre 34 la nomination de Jorge Messias, candidat de Lula, une première depuis 1894. Sénateur lui-même, Flávio Bolsonaro veut destituer le juge Alexandre de Moraes, qui a conduit le procès de son père à la Cour suprême. Pour Lula, s’il est réélu, ce Parlement serait un obstacle permanent.
L’Amazonie, grande oubliée
Le Brésil joue un rôle crucial dans la crise climatique en abritant la majeure partie de la plus grande forêt tropicale du monde, mais le sujet a été pratiquement absent des débats de campagne. La déforestation a fortement diminué sous le gouvernement Lula, qui promet de l’éradiquer d’ici 2030. Le président sortant reste critiqué pour son soutien à l’exploration pétrolière près de l’embouchure de l’Amazone.
Le groupe public Petrobras a confirmé le 17 août une découverte de pétrole dans le puits Morpho, à 175 kilomètres des côtes de l’Amapá, puis annoncé début octobre une deuxième découverte. Lula y voit un passeport pour l’avenir. Neuvième producteur mondial de pétrole l’an dernier, le Brésil défend la nécessité d’exploiter ces ressources pour financer son développement, alors que le déclin de ses gisements historiques du Sud-Est se profile à l’horizon de la prochaine décennie.



